Home SantéUn spécialiste assure ce qui maintient la neuroplasticité en vieillissant

Un spécialiste assure ce qui maintient la neuroplasticité en vieillissant

by Sophie Martin

Publié le 28 décembre 2025 à 21h15. Les neurosciences confirment que le vieillissement n’est pas synonyme de déclin cognitif inéluctable. Des recherches récentes mettent en lumière la plasticité cérébrale et l’importance d’un mode de vie actif pour préserver ses facultés mentales.

  • Le cerveau conserve une capacité d’apprentissage tout au long de la vie grâce à sa plasticité.
  • De nombreux mythes sur le fonctionnement cérébral sont démystifiés par les dernières études scientifiques.
  • L’activité physique régulière, même modérée, est essentielle pour maintenir un cerveau en bonne santé.

Albert Einstein affirmait :

« L’esprit est comme un parachute. Il ne fonctionne que si nous l’avons ouvert. »

Albert Einstein

Cette métaphore illustre parfaitement les avancées scientifiques récentes en matière de développement cognitif et de neurosciences. Pendant longtemps, l’idée reçue voulait que le vieillissement s’accompagne inévitablement d’une perte de mémoire et de capacités intellectuelles. Aujourd’hui, les spécialistes démontrent qu’il est possible de prévenir la démence et de maintenir un cerveau vif et performant, même avec l’âge.

Corail Sanfeliu Pujol, biologiste et directrice du groupe Neurodégénérescence et vieillissement de l’Institut de recherche biomédicale de Barcelone, est au cœur de ces découvertes. Ses travaux portent notamment sur l’impact du mouvement sur le cerveau.

« Au cours de ces deux dernières décennies, nous avons assisté à une explosion des connaissances sur la structure moléculaire et fonctionnelle du cerveau, et sur son évolution tout au long de la vie. Un facteur décisif a été l’émergence de nouvelles technologies d’analyse moléculaire et de neuroimagerie, qui nous permettent d’étudier l’activité des neurones et des circuits neuronaux dans des conditions de santé et de maladie, chez l’homme et sur des modèles animaux. »

Corail Sanfeliu Pujol, directrice du groupe Neurodégénérescence et vieillissement de l’Institut de recherche biomédicale de Barcelone

Quels changements majeurs ont permis ces avancées ? Selon Corail Sanfeliu Pujol, l’étude du vieillissement cellulaire et des processus conduisant à la perte des fonctions des organes et des tissus a été considérablement facilitée par les nouvelles technologies d’analyse des gènes, des protéines et de la communication intercellulaire. On comprend également mieux les facteurs de risque associés à un vieillissement pathologique.

De nombreux mythes persistent quant au fonctionnement du cerveau. L’un des plus tenaces est l’idée que nous n’utiliserions que 10 % de nos capacités cérébrales, laissant supposer un potentiel inexploité pour développer une superintelligence ou des pouvoirs psychiques. Cette affirmation est fausse. Le cerveau est constamment actif, toutes ses zones étant interconnectées et travaillant en synergie. Un autre mythe courant est celui d’une prédominance d’un hémisphère cérébral sur l’autre, avec l’hémisphère gauche associé à la logique et à la méthode, et l’hémisphère droit à la créativité et à l’art. Or, les deux hémisphères sont fortement reliés par le corps calleux et agissent conjointement. Des études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont d’ailleurs réfuté ces distinctions.

L’ « effet Mozart », qui suggère que l’écoute de la musique classique favoriserait le développement de l’intelligence, est également remis en question. Si une première étude avait mis en évidence une amélioration temporaire du raisonnement spatial chez des lycéens après avoir écouté une sonate de Mozart, cette observation n’a pas été confirmée par la suite.

« Rien ne prouve qu’écouter de la musique classique favorise le développement de l’intelligence, que ce soit chez les bébés ou les écoliers. En revanche, apprendre à jouer d’un instrument peut avoir des bénéfices cognitifs. »

Corail Sanfeliu Pujol

L’idée selon laquelle les trois premières années de la vie seraient cruciales pour le développement cognitif est également nuancée. Si la plasticité neuronale est effectivement plus importante durant cette période, il est essentiel de laisser les bébés explorer le monde à travers l’affection, le jeu et les expériences sensorielles. La pensée abstraite n’est pas encore développée à cet âge.

Contrairement à une croyance répandue, la perte de neurones ne commence pas entre 20 et 30 ans. Bien qu’une diminution de certains circuits neuronaux puisse se produire à partir de cette décennie, cela n’affecte pas nécessairement les fonctions cérébrales. À 90 ans, on estime que seulement 10 % des 86 milliards de neurones que compte le cerveau ont disparu, ce qui reste négligeable. Le mythe selon lequel les personnes âgées ne peuvent plus apprendre est également infondé. L’apprentissage peut être plus difficile, mais la plasticité des connexions neuronales persiste tout au long de la vie.

Comment concilier les exigences de la vie moderne – travail, tâches ménagères, vie sociale – avec la nécessité de prendre soin de son cerveau ? Toute activité physique contribue à maintenir un cerveau en bonne santé, surtout si elle sollicite l’attention, la coordination et la prise de décision. Faire les courses, cuisiner ou jardiner sont des activités physiques bénéfiques, même à faible intensité. Il est recommandé de pratiquer une heure d’activité physique par jour, en se levant toutes les deux ou trois heures si l’on a un travail sédentaire.

La pratique régulière d’un sport, de préférence aérobique, combinée à des exercices de musculation, est également recommandée. Les sports collectifs offrent en outre un avantage social. Un mode de vie sédentaire, même s’il est cognitivement actif, est moins nocif qu’un mode de vie passif devant un écran.

La tendance à viser les 10 000 pas par jour, popularisée par les montres connectées, est une bonne approche pour rester actif, mais il ne faut pas en faire une obsession. Les bénéfices pour le cerveau commencent dès 4 000 pas par jour et augmentent progressivement jusqu’à environ 10 000 pas.

Enfin, il est important de prendre conscience de l’impact de l’environnement sur le vieillissement cérébral. Le cerveau humain a évolué dans un contexte de vie active, en contact étroit avec la nature. La vie moderne, avec son mode de vie sédentaire, son stress, sa pollution et son isolement social, peut accélérer le vieillissement cérébral. L’environnement urbain, en particulier, est une source de stress en raison du bruit, de la surpopulation et de la pollution.

« Le stress et l’isolement entraînent des troubles mentaux et une détérioration du cerveau. »

Corail Sanfeliu Pujol

Même lorsque le processus de détérioration a commencé, il est possible de le ralentir en adoptant un mode de vie sain et en stimulant son cerveau par des activités intellectuelles. Cependant, lorsqu’une maladie neurodégénérative est déclenchée, le processus est irréversible.

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