La fin d’année est traditionnellement un moment de bilan, mais cette pratique a pris une nouvelle dimension avec l’essor des réseaux sociaux et des outils numériques. Des résumés musicaux personnalisés aux “highlights” Instagram, en passant par le “journaling”, les Français scrutent de plus en plus leur année écoulée, cherchant à comprendre ce qui compte vraiment.
Pour beaucoup, l’outil “Wrapped” de Spotify est devenu un rituel incontournable. La découverte de son “ère musicale” peut parfois surprendre : les amateurs de rock classique ou des Beatles se voient ainsi attribuer un âge bien supérieur à celui de leur carte d’identité. Cette fonctionnalité, comme les récapitulatifs annuels sur Instagram ou TikTok, invite à la rétrospective.
Mais cette tendance à faire le point n’est pas nouvelle. Elle trouve ses racines dans des traditions plus anciennes, comme les mystiques Rauhnächte (ou Nuits de Rauhn) d’Europe centrale, une période particulière entre Noël et l’Épiphanie. « De nombreux rituels y sont associés », explique Christine Dohler, auteure et professeure de méditation. Un rituel populaire consiste à écrire 13 vœux sur des morceaux de papier et à en brûler un chaque soir, le dernier souhait étant censé se réaliser après les douze nuits.
Aujourd’hui, les préoccupations ont évolué. « Dans le passé, les questions portaient beaucoup plus sur la survie, sur la récolte. À quoi ressemblera la vie ? », souligne Christine Dohler. « Aujourd’hui, il s’agit plutôt de s’assurer de ce qui est important, de ce que l’on veut aborder ou peut-être changer. C’est le bon moment pour simplement désencombrer, dans votre propre maison, mais aussi dans l’esprit, afin de commencer la nouvelle année avec fraîcheur et clarté. »
Le “désencombrement” passe aussi par un bilan annuel sur les réseaux sociaux, souvent partagé avec les hashtags #yearinreview ou #recap. Les utilisateurs y exposent des moments forts, des photos de vacances et des étapes importantes de leur vie. La psychologue Stefanie Stahl nuance toutefois cette image, notant que de nombreux utilisateurs partagent également leurs peurs, leurs besoins et leurs faiblesses.
« Notre cerveau aime la structure et l’ordre. L’orientation et le contrôle font partie de nos besoins psychologiques fondamentaux », explique Stefanie Stahl. La fin de l’année offre ainsi une opportunité de s’orienter et de repartir sur de nouvelles bases. « La question se pose souvent : qu’ai-je vécu cette année, qu’est-ce qui a été bien, que pourrais-je faire de mieux ? »
Le “journaling”, ou tenue d’un journal intime, est également en plein essor. Le hashtag #journaling compte près de dix millions d’entrées sur Instagram, et le sous-forum dédié sur Reddit compte plus de deux millions d’abonnés. L’objectif est d’organiser son quotidien, de gérer ses émotions et de mieux comprendre son propre développement personnel.
Stefanie Stahl suggère d’adopter une approche plus constructive : « Peut-être devriez-vous moins vous poser la question : où ai-je encore réussi ? Qu’est-ce que j’ai bien fait ?, mais plutôt la question : qu’ai-je appris ? Ai-je pu grandir cette année ? » L’accent devrait être mis sur la croissance intérieure plutôt que sur la simple réussite.
Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans un journal ou simplement dans son esprit, prendre le temps de faire le point sur l’année écoulée peut être bénéfique. Comme l’a chanté Frank Sinatra, il est parfois bon de pouvoir dire : « Je l’ai fait à ma manière ».
À lire aussi
