Home SantéLes scientifiques ont testé le jeûne intermittent sans manger moins et n’ont trouvé aucun bénéfice métabolique

Les scientifiques ont testé le jeûne intermittent sans manger moins et n’ont trouvé aucun bénéfice métabolique

by Sophie Martin

Publié le 3 janvier 2024 09:12:00. Une nouvelle étude allemande remet en question l’efficacité du jeûne intermittent pour améliorer la santé métabolique, soulignant que l’impact du moment des repas sur l’organisme est réel, mais ne se traduit pas nécessairement par des bénéfices directs sur le poids ou les marqueurs de santé.

  • Le jeûne intermittent, plus précisément la restriction temporelle de l’alimentation (TRE), n’apporte pas d’amélioration significative de la santé métabolique ou cardiovasculaire si l’apport calorique quotidien reste inchangé.
  • Le moment des repas influence l’horloge biologique interne, décalant les rythmes circadiens d’environ 40 minutes en cas de fenêtre de repas tardive.
  • L’étude suggère que les bénéfices observés dans des recherches antérieures pourraient être liés à une réduction involontaire des calories plutôt qu’à la restriction temporelle elle-même.

Une croyance tenace associe le jeûne intermittent à une meilleure santé. La restriction temporelle de l’alimentation (TRE), qui consiste à concentrer la prise alimentaire sur une fenêtre de 10 heures maximum, suivie d’une période de jeûne d’au moins 14 heures, a gagné en popularité comme stratégie simple pour gérer le poids et améliorer la santé métabolique. Des études menées sur des animaux ont montré que le TRE pouvait protéger les rongeurs contre l’obésité et les troubles métaboliques liés à l’alimentation. Chez l’humain, des recherches préliminaires avaient suggéré des effets positifs sur la sensibilité à l’insuline, les taux de sucre et de cholestérol, ainsi que de légères réductions du poids et de la masse grasse.

Cependant, les résultats de ces études étaient parfois contradictoires. Il était difficile de déterminer si les améliorations observées étaient dues à la durée réduite des repas, à une diminution spontanée de l’apport calorique, ou à une combinaison des deux. De plus, la plupart des essais antérieurs ne contrôlaient pas rigoureusement l’apport calorique ni d’autres facteurs susceptibles d’influencer les résultats métaboliques.

Pour lever ces ambiguïtés, le professeur Olga Ramich, responsable du département de métabolisme moléculaire et de nutrition de précision au Deutsches Institut für Ernährungsforschung Potsdam-Rehbruecke (DIfE) et professeure à la Charité – Universitätsmedizin Berlin, a conçu l’étude ChronoFast. L’objectif était de déterminer si une fenêtre de repas de huit heures pouvait améliorer la sensibilité à l’insuline et d’autres marqueurs métaboliques, tout en maintenant un apport calorique constant.

L’étude, menée selon un protocole croisé randomisé, a impliqué 31 femmes en surpoids ou obèses. Chaque participante a suivi deux horaires de repas différents pendant deux semaines : un horaire avec des repas pris entre 8h et 16h (eTRE), et un autre entre 13h et 21h (lTRE). Durant les deux phases, les participantes ont consommé des repas similaires en termes de calories et de nutriments (isocaloriques).

Les chercheurs ont collecté des échantillons de sang lors de quatre visites cliniques et réalisé des tests de tolérance au glucose par voie orale pour évaluer le métabolisme du glucose et des graisses. La glycémie a été surveillée en continu sur 24 heures, et l’apport alimentaire a été enregistré de manière détaillée. L’activité physique a été suivie à l’aide d’un accéléromètre. En collaboration avec le professeur Achim Kramer de la Charité – Universitätsmedizin Berlin, l’équipe a également analysé les modifications de l’horloge biologique interne à partir de cellules sanguines isolées.

L’étude a utilisé le test BodyTime, développé par le professeur Kramer, qui permet d’évaluer objectivement le rythme interne d’une personne à partir d’un simple échantillon de sang. Cette méthode a confirmé que les horaires de repas peuvent effectivement modifier l’horloge biologique humaine.

Contre toute attente, l’étude ChronoFast n’a révélé aucune amélioration cliniquement significative de la sensibilité à l’insuline, de la glycémie, des taux de lipides sanguins ou des marqueurs inflammatoires après deux semaines d’intervention.

« Nos résultats suggèrent que les bénéfices pour la santé observés dans des études antérieures étaient probablement dus à une réduction involontaire des calories, plutôt qu’à la période de repas raccourcie elle-même. »

Olga Ramich, professeure au DIfE et à la Charité – Universitätsmedizin Berlin

Bien que les paramètres métaboliques soient restés globalement stables, le moment des repas a bel et bien influencé les rythmes circadiens. L’analyse des cellules sanguines a montré que l’horloge interne se décalait en moyenne de 40 minutes lors de l’horaire de repas tardif par rapport à l’horaire de repas précoce. Les participantes qui ont suivi la fenêtre de repas la plus tardive se sont également couchées et se sont réveillées plus tard.

« Le moment de la prise alimentaire agit comme un signal pour nos rythmes biologiques, de la même manière que la lumière. »

Beeke Peters, premier auteur de l’étude

Ces résultats soulignent l’importance de l’équilibre calorique pour obtenir des bénéfices sur la santé grâce au jeûne intermittent.

« Ceux qui souhaitent perdre du poids ou améliorer leur métabolisme doivent faire attention non seulement à l’horloge, mais aussi à leur bilan énergétique. »

Olga Ramich, professeure au DIfE et à la Charité – Universitätsmedizin Berlin

Les recherches futures devront déterminer si la combinaison d’une restriction temporelle de l’alimentation et d’une réduction de l’apport calorique produit des effets synergiques. Les scientifiques souhaitent également mieux comprendre comment des facteurs individuels, tels que le chronotype et la génétique, peuvent influencer la réponse des individus aux différents horaires alimentaires.

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