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Débat : L’alcool – notre préjudice social le plus normalisé

by Sophie Martin

Publié le 2024-10-27 14:35:00. L’alcool, souvent perçu comme un élément banal de notre société, génère en réalité des coûts sociaux et sanitaires considérables en Suède, touchant bien au-delà des seuls consommateurs. Steffen Olsen, président de l’Association de sobriété du Värmland, plaide pour une remise en question fondamentale de notre acceptation de cette substance.

  • L’alcool est une cause majeure de maladies, de violences et d’exclusion sociale en Suède.
  • Les coûts socio-économiques liés à l’alcool dépassent largement les revenus fiscaux qu’il génère.
  • Les conséquences de la consommation d’alcool sont particulièrement graves pour les enfants, qui subissent souvent les effets indirects sans avoir choisi cette situation.

L’alcool est profondément ancré dans les habitudes suédoises : un verre de vin avec le repas, une bière après le travail, une boisson festive le week-end. Pourtant, derrière cette normalité apparente se cache un problème de santé publique majeur, dont l’ampleur est souvent sous-estimée. Selon Steffen Olsen, il est temps de ne plus se demander si l’alcool pose problème, mais pourquoi la société continue de l’accepter sans remettre en question ses conséquences.

Les chiffres sont éloquents. L’alcool est aujourd’hui l’une des principales causes de maladies graves, telles que le cancer, les lésions hépatiques, les maladies cardiovasculaires et les troubles mentaux. Les services d’urgence sont régulièrement sollicités, en particulier les soirs et les week-ends, en raison d’incidents liés à l’alcool. La consommation excessive contribue également aux arrêts de travail prolongés et aux décès prématurés. Au-delà des conséquences sur la santé, l’alcool est impliqué dans une part importante des agressions, des violences conjugales et des agressions sexuelles.

Ce n’est pas un problème individuel, mais un enjeu de société. Les coûts socio-économiques de l’alcool s’élèvent chaque année à plusieurs dizaines de milliards de couronnes suédoises (environ X milliards d’euros). Ces coûts englobent les dépenses de santé, de justice, les aides sociales, les allocations d’assurance et les pertes de productivité. En réalité, la société finance collectivement les dommages causés par l’alcool, sous prétexte de la liberté de choix individuelle.

Les enfants sont particulièrement vulnérables. Des centaines de milliers d’enfants en Suède grandissent dans des foyers où l’alcool crée un climat d’insécurité, de peur et d’imprévisibilité. Ces enfants, innocents, sont souvent les premières victimes des conséquences de la consommation d’alcool par leurs parents et peuvent en porter les séquelles tout au long de leur vie. Steffen Olsen souligne l’importance de prendre en compte le point de vue des enfants lors de l’élaboration des politiques en matière d’alcool.

L’argument souvent avancé selon lequel « les interdictions ne fonctionnent pas » est remis en question par l’auteur. Il rappelle que des interdictions de fumer, l’obligation du port de la ceinture de sécurité et les réglementations concernant les substances dangereuses ont permis de sauver d’innombrables vies. La société intervient régulièrement pour limiter les comportements à risque, même si cela implique de restreindre la liberté individuelle. La différence, selon lui, réside dans le fait que l’alcool est culturellement accepté, sans que sa nocivité soit pour autant moindre.

L’idée que chacun doit être libre d’assumer les conséquences de ses choix est également contestée. La liberté de choix a des limites lorsqu’elle porte préjudice à autrui.

« L’alcool n’est pas une drogue dont les conséquences restent confinées au consommateur. Elle frappe les familles, les enfants, les victimes de crimes et les ressources communautaires. »

Steffen Olsen, Président, Association de sobriété du Värmland

L’alcool est d’ailleurs classé comme cancérigène, et il n’existe pas de niveau de consommation considéré comme sûr. Si l’alcool était découvert aujourd’hui, avec les connaissances actuelles, il est peu probable qu’il serait autorisé sur le marché.

Pour beaucoup, une interdiction totale de l’alcool peut sembler une mesure radicale. Mais Steffen Olsen rappelle que les changements sociétaux importants commencent souvent par une remise en question des normes établies. La question à se poser n’est donc pas de savoir pourquoi l’alcool devrait être interdit, mais pourquoi on continue à tolérer les dégâts considérables qu’il cause chaque année.

Une société avec moins d’alcool, voire sans alcool, n’est pas synonyme de moralisme et de contrôle excessif. C’est une société plus sûre, plus saine, où moins d’enfants sont victimes de maltraitance, où moins de femmes sont agressées et où les ressources de santé peuvent être allouées à des besoins plus urgents.

L’alcool est la drogue la plus normalisée de notre société. Il est temps de la traiter en conséquence.

Steffen Olsen

Président, Association de sobriété du Värmland

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