Publié le 31 décembre 2025 10h20. Le Myanmar est plongé dans une crise humanitaire et sécuritaire de plus en plus profonde, marquée par l’intensification des combats à l’approche des élections militaires et par des conséquences désastreuses suite au séisme de mars 2025.
- Près de 3,6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, un chiffre qui pourrait atteindre 4 millions en 2026.
- La situation humanitaire se détériore, avec plus de 16 millions de personnes devant recevoir une aide en 2026, mais un financement limité et des obstacles à l’accès aux populations.
- Une frappe aérienne militaire sur l’hôpital de Mrauk-U, le 10 décembre, a fait au moins 33 morts et a suscité une condamnation internationale.
La situation au Myanmar continue de se dégrader depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu. Les protestations qui ont suivi ont été réprimées avec une violence extrême par la junte militaire, connue sous le nom de Conseil d’administration de l’État (SAC), entraînant des violations massives des droits humains et une résistance armée généralisée. L’instabilité politique et sécuritaire a plongé le pays dans une crise économique et humanitaire sans précédent.
En décembre 2025, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du Myanmar a atteint environ 3,6 millions, contre seulement 300 000 avant 2021. Les affrontements se concentrent particulièrement dans les régions de Sagaing, Magway, dans le nord de l’État Shan, à Kayah et à Mandalay, où l’armée a lancé de nouvelles offensives terrestres et aériennes en prévision des élections militaires prévues à partir du 28 décembre 2025. L’armée d’Arakan contrôle désormais la quasi-totalité de l’État de Rakhine (14 des 17 townships), tandis que les forces de résistance, dont l’Armée de libération nationale Karen, renforcent leur influence dans le centre et le sud-est du pays.
Le séisme qui a frappé le Myanmar en mars 2025 continue d’avoir des conséquences importantes. Environ 3,5 millions de tonnes de débris bloquent les routes et les marchés, entravant la reconstruction. Le manque de matériel lourd (43 %) et de main-d’œuvre qualifiée (40 %) constitue un obstacle majeur. Près de 24 200 maisons ont été endommagées (dont 24 % complètement détruites) et 132 établissements de santé ont subi des dégâts, dont la moitié à Mandalay. De nombreuses communautés touchées, notamment à Magway, Sagaing et Mandalay, vivent encore dans des abris temporaires, et l’accès aux services essentiels reste limité.
La crise des Rohingyas s’aggrave, la junte imposant un blocus à l’État de Rakhine depuis fin 2023, empêchant l’acheminement de l’aide internationale. Des centaines de milliers de personnes déplacées se retrouvent dans une situation désespérée. Le 10 décembre 2025, une frappe aérienne militaire a détruit l’hôpital général de Mrauk-U, tuant au moins 33 personnes et en blessant entre 76 et 80. Cet événement a suscité une vive condamnation de la part de la communauté internationale.
« Cette attaque odieuse contre un établissement de santé est inacceptable et pourrait constituer un crime de guerre. »
Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS
La situation économique est également alarmante. Plus de 80 % de la population vit désormais dans la pauvreté. La Banque mondiale prévoit une contraction du PIB de 2,0 % pour l’exercice 2025/26, et l’inflation reste supérieure à 20 %. L’insécurité alimentaire s’est aggravée en raison des perturbations du marché. Le Plan de réponse et de besoins humanitaires de l’ONU pour 2026, publié le 10 décembre, estime que plus de 16 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire, pour un coût estimé à 890 millions de dollars, mais le financement reste insuffisant et l’accès aux populations est limité. Seulement 2,6 millions de personnes, celles qui ont les besoins les plus urgents, pourront bénéficier d’une aide prioritaire, pour un montant de 521 millions de dollars.
La communauté internationale a intensifié ses critiques suite à la frappe aérienne sur l’hôpital de Mrauk-U. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a demandé une enquête, tandis qu’Amnesty International et le Burma Human Rights Network ont appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à traduire le Myanmar devant la Cour pénale internationale, à imposer un embargo sur les armes et à autoriser l’aide humanitaire transfrontalière d’urgence. Les négociations de paix sont au point mort, les dirigeants de la résistance ayant rejeté les conditions proposées par la Chine pour l’État Shan. La junte a annulé le vote dans de nombreux quartiers où elle ne peut garantir le contrôle, et des « grèves silencieuses » à l’échelle nationale témoignent du rejet populaire des élections militaires.
