Publié le 27 novembre 2025 09h34. Face à des tensions géopolitiques et économiques croissantes, les investisseurs sont confrontés à un double paradoxe : une déconnexion entre les marchés financiers et les réalités du monde, et une allocation de capitaux qui privilégie la volatilité à la résilience.
- Les marchés financiers semblent de plus en plus déconnectés des réalités macroéconomiques et écologiques.
- Les investissements continuent de favoriser des secteurs nuisibles à long terme, tels que les énergies fossiles et l’armement, au détriment des énergies renouvelables et des infrastructures sociales.
- Une nouvelle approche, axée sur la stabilité, la résilience et la paix, est nécessaire pour réaligner le capital sur les besoins réels de l’économie.
Le paysage économique mondial est marqué par une instabilité persistante, alimentée par des tensions géopolitiques, une fragmentation économique, des bouleversements technologiques, des crises écologiques et des inégalités croissantes. Ces défis interconnectés créent un réseau complexe d’incertitudes, obligeant les investisseurs à repenser leurs stratégies.
Selon Hans Stegeman, économiste en chef de la banque Triodos, un double paradoxe se manifeste actuellement. D’une part, les marchés financiers semblent s’éloigner des fondamentaux économiques et environnementaux. D’autre part, les flux d’investissement mondiaux continuent de privilégier des secteurs qui compromettent la stabilité future, tels que les bulles technologiques spéculatives, l’industrie de l’armement et l’expansion des actifs liés aux combustibles fossiles. Les secteurs essentiels au bien-être à long terme – énergies renouvelables, infrastructures sociales, systèmes alimentaires durables et éducation – restent, quant à eux, sous-financés.
Ce premier paradoxe est d’ordre psychologique et comportemental. Les marchés financiers affichent souvent un optimisme excessif, même face à des signaux d’alerte. La croissance de la productivité est faible dans de nombreuses économies avancées, les contraintes écologiques s’intensifient et les inégalités persistent, mais les valorisations restent élevées. Cette myopie pourrait déclencher une crise financière généralisée.
Le second paradoxe est structurel. Le système financier continue de récompenser les rendements à court terme au détriment de la résilience à long terme. Les modèles d’allocation du capital s’écartent systématiquement des besoins sociaux et environnementaux. En 2024, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 700 milliards de dollars (soit environ 3 000 milliards d’euros), marquant la dixième année consécutive d’augmentation (SIPRI 2025). Un montant qui pourrait suffire à éliminer l’extrême pauvreté dans le monde (estimée à moins de 300 milliards de dollars par an) ou à combler le déficit de financement mondial de la biodiversité (environ 711 milliards de dollars par an d’ici 2030).
Au cœur de ces turbulences se trouvent des points de bascule potentiels : des systèmes écologiques déstabilisés, une érosion de la légitimité institutionnelle et des sociétés menacées de changements irréversibles. Les conséquences dépassent largement le cadre du prochain trimestre ou du prochain cycle électoral, déterminant si nos économies soutiennent la vie ou la consomment.
Investir pour pérenniser ce qui compte
Pour surmonter ces paradoxes, il est essentiel de comprendre que l’économie est un système adaptatif complexe, caractérisé par des changements non linéaires et des boucles de rétroaction. Les investisseurs doivent se concentrer sur les points de bascule, qui reflètent la manière dont le changement se produit de manière non linéaire. Des points de bascule écologiques surviennent lorsque des pressions cumulatives poussent les écosystèmes vers de nouveaux états, souvent irréversibles. Des points de bascule sociaux se produisent lorsque des changements dans la prise de conscience et le soutien institutionnel font passer les comportements des marges vers le courant dominant.
La meilleure stratégie consiste à ancrer les portefeuilles dans des actifs et des entreprises capables de résister aux tensions. Cela implique de soutenir des secteurs tels que les énergies renouvelables, la production régénératrice, les sociétés inclusives et les systèmes alimentaires durables. Triodos Investment Management s’engage sur trois axes : gérer les transitions à long terme, renforcer la résilience de l’économie réelle et restaurer les fondements institutionnels et normatifs.
La finance a un rôle crucial à jouer dans cette transition. Elle peut soit accélérer les transitions positives, soit exacerber les ruptures systémiques. L’investissement durable n’est plus une option, mais une nécessité urgente, orientant le capital vers ce qui soutient la vie. Comme le souligne l’analogie entre le débit et le bien-être, il est essentiel de privilégier la prévention à la réparation. Investir dans la paix, au sens large du terme – un équilibre entre l’homme et la nature, entre les rendements immédiats et la prospérité durable – est la clé d’un avenir résilient.
Pour en savoir plus sur les perspectives d’investissement de Triodos IM, consultez leurs Perspectives d’investissement 2026.
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