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Ce que nous avons appris sur la santé mentale en 2025

by Sophie Martin

Publié le 30 décembre 2025 à 05h00. Alors que l’année touche à sa fin, une réflexion sur la santé mentale révèle que les changements durables passent moins par des résolutions ambitieuses que par des ajustements progressifs et concrets dans notre quotidien.

  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que la santé mentale est influencée par des facteurs individuels et sociaux, nécessitant une action sur les habitudes, l’environnement et les relations.
  • L’évaluation de la santé mentale ne doit pas se concentrer sur les dernières tendances, mais sur les conditions quotidiennes favorisant un fonctionnement harmonieux du système nerveux.
  • L’importance de la régulation, du sommeil, de l’activité physique et de la gestion de l’attention face à la surcharge informationnelle sont mises en avant.

Décembre est traditionnellement le mois des bilans et des promesses d’amélioration personnelle. Pourtant, l’expérience montre que l’élan initial s’essouffle souvent rapidement. En matière de santé mentale, les observations de l’année écoulée confirment cette tendance : les grandes résolutions ne suffisent pas. Ce sont plutôt les petits changements, maintenus dans le temps, qui produisent des effets durables.

L’OMS rappelle que la santé mentale est déterminée par une multitude de facteurs, tant individuels que sociaux. Sa promotion implique donc d’agir sur les habitudes de vie, l’environnement et les réseaux sociaux, et pas seulement sur les attitudes ou les intentions. L’esprit, le cerveau, le corps, la société et l’environnement forment un système interconnecté. Lorsque ce système est en état d’alerte constant, la seule volonté ne suffit pas à rétablir l’équilibre.

Une évaluation sérieuse de la santé mentale ne consiste donc pas à rechercher la dernière « nouveauté » en la matière, mais à se poser une question plus pragmatique : quelles sont les conditions que je maintiens (ou non) au quotidien pour que mon système nerveux fonctionne harmonieusement, et lesquelles le poussent à l’hyperactivation ?

L’année écoulée a mis en lumière l’importance de retrouver des routines, de l’ordre et des limites. Ces éléments, parfois perçus comme contraignants, sont en réalité des outils essentiels pour améliorer la régulation émotionnelle. Il ne s’agit plus de les considérer comme des impératifs moraux, mais comme des éléments à intégrer consciemment dans l’organisation de la journée, de l’attention et des relations.

L’esprit ne se calme pas en « pensant positif », mais en retrouvant la capacité de se concentrer. Une grande partie de l’inconfort moderne ne provient pas de traumatismes majeurs, mais d’une attention constamment dispersée par les notifications, les comparaisons sociales et les micro-urgences, alimentées par une « dopamine bon marché ». C’est dans cette optique que le jeûne dopaminergique numérique, ou le passage du FOMO (Fear Of Missing Out) au ROMO (Relief Of Missing Out), peuvent être des stratégies efficaces.

La question des écrans est également centrale. Les restrictions d’accès aux smartphones dans les écoles, les recommandations concernant l’âge d’accès et la « protection numérique » ne sont pas de simples modes passagères. Le coût de l’utilisation excessive des écrans se traduit par une diminution de l’attention, des troubles du sommeil, une impulsivité accrue, des comparaisons sociales néfastes et une vulnérabilité émotionnelle accrue. Il est essentiel d’éviter les extrêmes : interdire sans accompagner ou accompagner sans limiter.

Il est également crucial de faire évoluer la conception de la résilience. Il ne s’agit pas d’une qualité innée, mais d’une stratégie concrète à mettre en œuvre. Beaucoup de personnes ne sont pas « mauvaises », mais se trouvent simplement dans un mode de survie, qui a des conséquences néfastes sur le sommeil, la tolérance à la frustration et la capacité cognitive. Sortir de cet état nécessite une planification moins axée sur l’auto-exigence et une intervention plus concrète sur le système nerveux : routines minimales, limites, pauses régulières et réduction du niveau de stress de base.

Le sommeil, la nutrition, l’activité physique et la réduction de la consommation de stimulants sont autant de leviers à actionner. Le système nerveux est régulé en mode « alerte pour survivre » et ce n’est qu’une fois ce mode désactivé que l’interprétation et la réflexion peuvent se faire sereinement.

L’importance du sommeil a été particulièrement soulignée cette année. Un sommeil de qualité est essentiel pour la santé physique et mentale, et les troubles du sommeil sont souvent liés à l’anxiété et à la dépression, créant un cercle vicieux. Il est donc primordial de considérer le sommeil comme une priorité.

Il est également important de distinguer les différents types de fatigue : émotionnelle, sociale et sensorielle, chacun nécessitant une approche spécifique. L’exercice physique, quant à lui, a cessé d’être une simple tendance pour redevenir une véritable intervention psychiatrique, soutenue par des preuves scientifiques. Des pratiques ancestrales comme le Chi Kung ou le Yoga, longtemps considérées comme alternatives, retrouvent ainsi leur place dans la prise en charge de la santé mentale.

Enfin, l’intelligence artificielle représente un défi supplémentaire. Il est tentant de l’utiliser comme confident ou comme substitut aux relations humaines, mais il est crucial de ne pas confondre soulagement et soin. L’IA peut être un outil utile pour organiser ses idées, mais elle ne doit pas se substituer au réseau humain ni au traitement professionnel, en particulier chez les personnes vulnérables.

Le défi pour 2026 sera d’apprendre à utiliser la technologie sans déléguer l’essentiel : la responsabilité de son propre bien-être et de celui des autres. Apprendre à utiliser la technologie sans déléguer l’essentiel.

* Le docteur Enrique De Rosa Alabaster est spécialisé dans les problèmes de santé mentale. Il est psychiatre, neurologue, sexologue et médecin légiste.

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