Publié le 19 décembre 2023 19h14. L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur est au point mort, bloqué par l’opposition de plusieurs États membres, dont la France, l’Italie, la Hongrie et la Pologne. Les inquiétudes des agriculteurs européens face à une concurrence jugée déloyale sont au cœur des tensions.
- L’accord commercial avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) ne sera pas signé dans l’immédiat.
- L’Italie, sous la direction de Giorgia Meloni, s’est jointe à l’opposition franco-hongroise-polonaise, formant une minorité de blocage au sein du Conseil européen.
- Les agriculteurs européens craignent une arrivée massive de produits sud-américains, notamment de viande bovine, de volaille, de sucre et de riz.
La signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, initialement prévue le 20 décembre, est compromise. Plusieurs États membres, menés par la France, l’Italie, la Hongrie et la Pologne, ont manifesté leur opposition lors du sommet européen de Bruxelles, empêchant ainsi sa finalisation.
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a récemment rejoint les rangs des opposants, invoquant la nécessité de renforcer la protection des agriculteurs européens face à une concurrence qu’elle qualifie de « déloyale ». Elle a d’ailleurs échangé avec le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva à ce sujet, quelques jours avant le sommet. Lula a rapporté que Meloni lui avait assuré ne pas être opposée à l’accord en lui-même, mais se trouvait dans une situation délicate en raison des préoccupations des agriculteurs italiens, qu’elle espérait pouvoir convaincre.
L’embarras de Meloni est lié à son alliance politique avec Coldiretti, la puissante association agricole italienne. Son président, Ettore Prandini, est un visiteur fréquent du ministère de l’Agriculture, et Meloni ainsi que le ministre Francesco Lollobrigida sont régulièrement présents aux événements organisés par l’association.
Les agriculteurs mettent en garde contre les produits latino-américains
L’accord du Mercosur prévoit une réduction significative des droits de douane, d’environ 90 %, entre les quatre pays d’Amérique du Sud et l’UE, tant pour les produits industriels que pour les produits agricoles. Cette perspective suscite l’inquiétude des agriculteurs européens, qui ont manifesté leur opposition lors de violentes protestations à Bruxelles, rassemblant plus de 10 000 personnes. Ils craignent une inondation des marchés européens par des produits sud-américains moins chers, tels que la viande bovine, la volaille, le sucre et le riz.
Coldiretti dénonce un « manque de réciprocité » dans l’accord, estimant qu’il crée une concurrence déloyale et présente des « risques potentiels pour la santé des consommateurs ». L’association critique notamment l’utilisation d’antibiotiques et d’autres substances favorisant la croissance dans les élevages sud-américains, ainsi que l’utilisation massive de pesticides interdits en Europe. Le port de Rotterdam, où transite 90 % des produits agricoles du Mercosur, est pointé du doigt pour ses contrôles jugés insuffisants.
Si Meloni obtient gain de cause, l’accord du Mercosur devra être amendé pour inclure des clauses plus protectrices pour les agriculteurs européens. Cependant, elle se heurtera à l’opposition non seulement des partisans du traité en Europe, comme l’Allemagne et l’Espagne, mais aussi d’autres groupes d’intérêt nationaux tout aussi puissants que Coldiretti.
Parmi ces groupes figurent l’association industrielle Confindustria et sa branche agroalimentaire, Federalimentari. Les produits alimentaires transformés, notamment les pâtes et les tomates en conserve, constituent une part importante des exportations italiennes. Federalimentari a d’ailleurs jugé les clauses de sauvegarde prévues dans l’accord « solides et efficaces », ce qui suscite l’ire de Coldiretti. Il incombe désormais à Meloni de trouver un compromis, tant sur la scène internationale qu’au sein de son propre pays.
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