Home SantéConsultation en bordure de rue avec le Dr Jayne 12/8/25 – HIStalk

Consultation en bordure de rue avec le Dr Jayne 12/8/25 – HIStalk

by Sophie Martin

L’ambition affichée par le département américain de la Santé et des Services sociaux (HHS) d’intégrer massivement l’intelligence artificielle (IA) dans le système de santé suscite des interrogations, notamment quant à la protection des données des patients et à la priorité accordée à la rigueur scientifique. Un récent document de 20 pages détaille cette stratégie, mais met davantage l’accent sur le potentiel de l’IA que sur les risques potentiels.

Le plan du HHS s’articule autour de cinq axes principaux : la mise en place d’une gouvernance pour gérer les risques liés à l’IA, le développement d’une gamme d’outils basés sur l’IA, la formation du personnel à leur utilisation, le financement de programmes pour établir des normes en matière de recherche et développement, et l’intégration de l’IA dans la santé publique et les soins aux patients. L’administration semble déjà avancer sur la voie de la formation, ayant rendu l’outil ChatGPT accessible à tous ses employés.

Cependant, l’idée d’utiliser l’IA pour fournir des conseils de santé personnalisés en accédant aux dossiers médicaux des patients en temps réel soulève des inquiétudes. Plusieurs médias rapportent que le HHS envisage cette application, ce qui alimente les craintes concernant l’accès de tiers aux informations sensibles et la sécurité de ces données. Des précédents, comme la transmission d’informations protégées (dates de naissance, numéros de sécurité sociale) de bénéficiaires de Medicaid au département de l’immigration et des douanes, ne rassurent pas, surtout pour ceux qui connaissent l’importance de la loi HIPAA.

Des experts cliniques s’inquiètent de la capacité du HHS à privilégier la protection des patients par rapport aux considérations politiques. Ils pointent également du doigt un certain mépris pour la méthode scientifique observé dans la politique vaccinale américaine, avec le départ d’experts reconnus du processus décisionnel. « Nous n’avons aucune raison de penser que les choses seront différentes avec l’IA », souligne une source proche du dossier.

Un point soulevé dans le document concerne la sécurité des données agrégées utilisées par les outils d’IA, pour lesquelles aucune garantie comparable à celles prévues pour les informations individuelles des patients n’est mentionnée.

L’approche du HHS contraste avec les publications antérieures du département. Le document se présente avec une page de couverture soignée et une photo pleine page du secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, accompagnée de la citation suivante : « Nous faisons du HHS le modèle pour l’utilisation de l’IA. » Cette emphase sur l’image et le slogan a surpris certains observateurs.

Dans une lettre d’introduction, le secrétaire adjoint du HHS, Jim O’Neill, affirme que « en orientant l’innovation vers des résultats axés sur les patients, cette administration a le potentiel de générer des victoires historiques pour le public – des victoires qui conduisent à des vies plus longues et plus saines ». Cette déclaration a suscité l’interrogation : les professionnels de la santé et des technologies de la santé ne se sont-ils pas toujours concentrés sur le patient et les résultats ?

Clark Minor, directeur de l’information du HHS et directeur par intérim de l’IA, va plus loin en déclarant : « Ce changement de paradigme ouvrira une nouvelle ère de bien-être pour une Amérique plus saine. » Lorsqu’il a partagé cette phrase avec une douzaine de médecins généralistes, aucun d’entre eux n’a cité l’IA comme facteur déterminant pour améliorer le bien-être de la population. Ils ont plutôt évoqué des solutions telles que l’accès universel aux soins, la réduction des inégalités, l’investissement dans les services sociaux, la lutte contre les déserts alimentaires, et le renforcement de l’éducation nutritionnelle.

Cette divergence de points de vue soulève la question de savoir si les responsables du HHS consultent suffisamment les professionnels de la santé publique et des soins primaires pour comprendre leurs besoins et leurs défis. Une approche rigoureuse d’analyse des problèmes et de recherche de solutions, comme celle utilisée dans les hôpitaux, semble plus appropriée qu’une confiance aveugle dans le potentiel de l’IA.

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