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Créons-nous les mêmes problèmes habituels sur web3? – NewsView News

by Amélie Bernard

Publié le 27 septembre 2025 à 06h48. La finance décentralisée (DeFi) promettait une alternative plus juste et transparente au système bancaire traditionnel, mais elle reproduit déjà les mêmes schémas d’endettement et les mêmes risques de crise. L’essor fulgurant de l’économie de la dette dans cet écosystème numérique soulève des questions sur sa véritable résilience.

  • La DeFi, malgré son fonctionnement transparent et automatisé, n’échappe pas aux cycles d’euphorie et de panique qui caractérisent les marchés financiers classiques.
  • L’endettement, historiquement moteur de croissance économique, peut devenir une source de fragilité si mal géré, que ce soit dans la finance traditionnelle ou décentralisée.
  • La sur-collatéralisation des prêts en DeFi offre une protection contre l’insolvabilité systémique, mais ne supprime pas les risques liés à l’interconnexion des protocoles et aux erreurs de conception.

La finance décentralisée (DeFi) a vu le jour avec l’ambition de révolutionner le monde financier. Promettant un système plus équitable, accessible et transparent, elle se voulait libérée des inefficacités et des risques systémiques qui affligent les banques traditionnelles. Rapidement, cet écosystème a reproduit une grande partie des fonctionnalités de Wall Street, notamment grâce à l’essor de l’économie de la dette via des protocoles de prêt et de levier.

Mais cette croissance rapide pose une question cruciale : en construisant un nouveau système financier dans le cyberespace, recréons-nous involontairement les mêmes cycles d’excès et les mêmes dangers liés à l’endettement qui ont jalonné l’histoire des finances classiques ?

Pour beaucoup, en particulier ceux qui adhèrent à des philosophies libertaires ou conservatrices, la dette est perçue avec une profonde méfiance. Elle est souvent considérée comme un fardeau négatif, voire comme un échec moral pour l’emprunteur. Cette vision, bien que répandue, est biaisée et ne rend pas justice à la complexité de l’histoire économique. S’il est vrai que la dette peut engendrer des cycles de boom et de récession, et que ses risques sont bien réels, elle est également un moteur silencieux du progrès.

Une approche nuancée de la dette est donc essentielle. Historiquement, l’endettement a été un outil indispensable à l’expansion économique. Les sociétés n’auraient pas atteint leur niveau de développement actuel sans la capacité de mobiliser des capitaux futurs pour financer le présent. La dette permet aux entreprises de financer l’innovation, de construire des infrastructures et aux particuliers d’acquérir des biens ou de financer leur éducation. Sans la possibilité de s’endetter, l’économie stagnerait, limitée aux ressources disponibles à un moment donné.

La dette n’est donc pas intrinsèquement négative ; c’est un outil de levier dont la valeur dépend de l’utilisation qui en est faite. Le problème ne réside pas dans l’existence de la dette elle-même, mais dans sa gestion imprudente, son effet de levier excessif et le manque de transparence qui l’entoure – des facteurs qui conduisent inévitablement à des crises.

L’écosystème DeFi a embrassé la culture de la dette avec enthousiasme. Les protocoles de prêt permettent aux utilisateurs de déposer leurs actifs cryptographiques en garantie pour contracter des emprunts, souvent dans le but de réinvestir ce capital afin d’obtenir des rendements plus élevés. Il s’agit, en substance, d’utiliser l’argent pour tenter d’amplifier les gains potentiels.

La principale différence que propose DeFi est que ces prêts et ces effets de levier sont exécutés de manière transparente et algorithmique. Les contrats intelligents définissent les conditions de prêt, gèrent la garantie et exécutent automatiquement les règlements lorsque la valeur de la garantie tombe en dessous d’un seuil prédéterminé. Cette automatisation élimine le besoin de faire confiance à une banque centrale et, en théorie, réduit le risque que les contribuables soient amenés à renflouer le système.

Cependant, malgré la transparence du code, la nature humaine et le risque de marché restent inchangés. Les utilisateurs de DeFi sont tout aussi susceptibles d’être emportés par l’euphorie et la panique qui animent les cycles financiers traditionnels. L’utilisation excessive de l’effet de levier, même si elle est encadrée par le code, amplifie les mouvements du marché. Lorsqu’une forte baisse des prix des actifs cryptographiques se produit, le mécanisme de liquidation automatique se déclenche à grande échelle, forçant la vente des garanties et créant une cascade de ventes qui accélère la chute.

Ce phénomène observé sur Web3 fait écho aux crises de la dette que nous avons connues à maintes reprises dans la finance traditionnelle, qu’il s’agisse de la crise immobilière ou des bulles technologiques. Le problème n’est pas la technologie elle-même, mais la confiance excessive dans la poursuite de la hausse des prix, qui incite les participants à prendre des risques qu’ils ne peuvent pas supporter. Les outils sont nouveaux, mais les cycles de crédit et les risques liés à l’effet de levier restent les mêmes.

Une vision optimiste suggère que l’automatisation et la transparence des liquidations en DeFi permettent d’éviter le risque systémique inhérent aux banques traditionnelles, où les pertes peuvent rester cachées dans des bilans complexes jusqu’à ce qu’il soit trop tard. En DeFi, les liquidations sont publiques et immédiates, ce qui, en théorie, empêche une accumulation silencieuse des risques.

Cependant, cette atténuation algorithmique présente ses propres vulnérabilités. L’interconnexion des protocoles DeFi est immense : un prêt accordé dans un protocole utilise souvent un actif généré dans un autre, qui dépend à son tour de la stabilité d’un tiers. Ce réseau complexe de dépendances crée un risque de contagion qui peut se propager à la vitesse de l’éclair. Une défaillance du code d’un seul protocole, ou une liquidation massive causée par une chute des prix, peut avoir un effet domino qui affecte l’ensemble de l’écosystème.

En conséquence, l’économie de la dette en DeFi n’a pas éliminé les problèmes de la finance traditionnelle ; elle les a simplement déplacés vers un nouveau support avec de nouvelles règles. L’opacité des bilans bancaires a été remplacée par la complexité de l’interconnexion des contrats intelligents. Le risque de mauvaise foi humaine est remplacé par le risque d’erreur de codage ou de défaillance de la conception économique.

Le défi pour DeFi n’est donc pas d’éliminer la dette, ce qui serait impossible pour tout système financier en croissance, mais d’encourager une culture de l’effet de levier responsable et de concevoir des protocoles robustes capables de résister à la volatilité inévitable des marchés. La dette, utilisée à bon escient, est une force positive ; l’effet de levier excessif, quelle que soit la technologie, est une recette pour le désastre.

Bien que l’essor de l’effet de levier en DeFi suscite des inquiétudes quant à la reproduction d’anciens problèmes, un facteur distingue cette nouvelle économie de la dette de ses prédécesseurs traditionnels. Les protocoles de prêt en DeFi exigent une sur-collatéralisation, ce qui signifie que la valeur de la garantie déposée doit toujours être considérablement supérieure au montant de l’emprunt contracté. Cette exigence, imposée par le code, constitue une barrière de sécurité qui est rarement présente dans le système bancaire traditionnel, où les prêts sont souvent insuffisamment garantis ou accordés sur la base de promesses.

Cette différence structurelle signifie que, bien que le risque de liquidation soit élevé pour l’emprunteur individuel en période de volatilité, le risque d’insolvabilité pour le système dans son ensemble est considérablement plus faible que dans la finance traditionnelle. Le système traditionnel s’effondre en raison de l’insolvabilité massive d’institutions qui n’ont pas suffisamment de capital pour couvrir leurs dettes. DeFi, grâce à la sur-collatéralisation et à l’exécution algorithmique, est conçu pour absorber immédiatement les pertes, en redistribuant la garantie pour couvrir la dette, ce qui lui confère une résilience fondamentale contre la propagation de l’insolvabilité systémique, même s’il ne peut éviter les chutes de prix.

Note : Les informations et/ou opinions exprimées dans cet article ne représentent pas nécessairement les vues ou la ligne éditoriale de Cointelegraph. Les informations présentées ici ne doivent pas être considérées comme des conseils financiers ou une recommandation d’investissement. Tout investissement et mouvement commercial comporte des risques et il est de la responsabilité de chacun de mener ses propres recherches avant de prendre une décision d’investissement.

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