L’or a connu une flambée spectaculaire cette année, alimentant un débat intense sur les raisons de cette hausse. Si beaucoup attribuent cette progression à une supposée dépréciation du dollar américain, une analyse approfondie des données économiques suggère que cette explication pourrait être remise en question, ouvrant la voie à un possible ajustement des prix.
La théorie de la dépréciation du dollar, de plus en plus évoquée dans les médias, repose sur trois piliers principaux : une augmentation excessive de la masse monétaire, une baisse du pouvoir d’achat et une perte de confiance dans la monnaie américaine. Cependant, examiner ces affirmations à la lumière des faits révèle un tableau plus nuancé.
Contrairement à une idée reçue, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne crée pas directement de la monnaie. L’argent est principalement créé par le biais de prêts bancaires, en fonction de la demande et de la capacité d’emprunt des consommateurs. Actuellement, la Fed met en œuvre une politique monétaire restrictive, avec des taux d’intérêt supérieurs à l’inflation et à la croissance économique, et réduit son bilan de 40 milliards de dollars par mois, limitant ainsi la capacité des banques à accorder des prêts. Par ailleurs, les emprunts massifs de l’État n’entraînent pas nécessairement une augmentation de la masse monétaire, car les banques doivent utiliser leurs réserves limitées pour acquérir de la dette publique, réduisant leur capacité à financer l’économie réelle. Les données montrent que le ratio entre la masse monétaire (M2) et le produit intérieur brut (PIB) se situe actuellement à son niveau de 2016, sans signe de croissance excessive.
L’argument de la baisse du pouvoir d’achat, illustré par l’augmentation du prix des billets de cinéma depuis 1950, est également sujet à débat. Si le coût de la vie a augmenté, les salaires et le revenu disponible ont également progressé, permettant aux ménages de maintenir, voire d’améliorer, leur niveau de vie. De plus, la plupart des actifs financiers ont historiquement surpassé l’inflation, compensant ainsi la perte de pouvoir d’achat de la monnaie.
En ce qui concerne la perte de confiance dans le dollar, les données contredisent cette affirmation. Les rendements obligataires américains ont baissé malgré les discours alarmistes sur la dépréciation du dollar, et la dette fédérale détenue par des investisseurs étrangers atteint des niveaux records, signe d’une confiance persistante dans la capacité des États-Unis à honorer leurs engagements.
Si la hausse du prix de l’or est souvent présentée comme la preuve d’une dépréciation du dollar, cette logique est remise en question par l’évolution d’autres matières premières, comme le pétrole, dont le prix a stagné. De plus, l’augmentation des réserves d’or des banques centrales étrangères est principalement due à la revalorisation de l’or en pourcentage de leurs réserves totales, et non à un afflux massif d’or physique.
L’environnement d’investissement actuel est caractérisé par une forte spéculation, et l’or, à l’instar des cryptomonnaies et des actions à la mode, bénéficie d’un engouement excessif. Le volume des achats d’options d’achat sur l’or atteint des sommets inégalés, témoignant d’une prise de risque importante et d’une focalisation sur les tendances plutôt que sur les fondamentaux.
En conclusion, l’analyse des données économiques ne confirme pas la théorie de la dépréciation du dollar comme justification fondamentale de la hausse du prix de l’or. Bien que ce discours puisse continuer à soutenir les prix à court terme, un retour à la normale pourrait se produire lorsque la spéculation s’essoufflera. Une correction de 25 à 50 %, voire plus, n’est pas à exclure, et une prise de bénéfices prudente semble conseillée aux niveaux actuels. Il est possible que le prix de l’or revienne vers sa moyenne mobile sur 200 jours, ou vers le niveau de 2 000 dollars (environ 1 800 euros) atteint début 2024.
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