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Des chercheurs appellent à une action urgente contre la progression des aliments ultra-transformés dans une nouvelle série du Lancet

by Sophie Martin

Publié le 18 novembre 2025 à 23h30. Une étude majeure publiée par la prestigieuse revue médicale The Lancet alerte sur l’impact croissant des aliments ultra-transformés sur la santé publique mondiale, pointant du doigt une augmentation des maladies chroniques et appelant à des politiques publiques plus strictes.

  • Les aliments ultra-transformés, désormais omniprésents dans l’alimentation, sont liés à une augmentation significative du risque d’obésité, de diabète, de cancers et de troubles mentaux.
  • L’étude révèle une progression alarmante de la consommation de ces produits dans de nombreux pays, notamment en Espagne, en Chine, au Mexique et au Brésil.
  • Des chercheurs internationaux plaident pour des mesures telles que l’étiquetage clair, la restriction de la publicité ciblée et une taxation accrue de ces aliments.

Une série d’articles coordonnée par l’épidémiologiste brésilien Carlos Monteiro, professeur à la Faculté de santé publique de l’Université de São Paulo (USP), a été publiée ce mardi soir par The Lancet. Cette recherche, menée par 43 chercheurs de différents pays, met en évidence la détérioration de la qualité de l’alimentation à l’échelle mondiale, due au remplacement des habitudes alimentaires traditionnelles par des produits ultra-transformés.

Selon les nouvelles études, ces aliments ne sont pas seulement un problème de santé publique majeur, mais leur consommation ne cesse de croître. « Des études montrent que les aliments ultra-transformés constituent non seulement un problème de santé grave, augmentant le risque de nombreuses maladies chroniques, mais que leur consommation est en augmentation dans le monde entier. Ils confirment la nécessité d’interventions pour changer ce scénario maintenant », explique Carlos Monteiro, fondateur du Centre de recherche épidémiologique sur la nutrition et la santé à l’USP (Nupens) et créateur du terme « ultra-transformé » en 2009.

Les données analysées par les chercheurs révèlent une augmentation significative de la proportion de calories provenant d’aliments ultra-transformés au cours des trois dernières décennies. En Espagne, cette proportion est passée de 11 % à 32 %, et en Chine, de 4 % à 10 %. Au Mexique et au Brésil, elle a doublé, passant de 10 % à 23 % en 40 ans. Dans des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, ces aliments représentent déjà plus de 50 % de l’alimentation.

Ces produits se caractérisent par leur faible valeur nutritionnelle, leur teneur élevée en sucres et en graisses, leur faible apport en fibres et en protéines, ainsi que par la présence de nombreuses substances chimiques ajoutées, telles que des additifs et des arômes. Leur densité calorique élevée favorise également la prise de poids.

Une revue systématique analysant 104 études à long terme a identifié que 92 d’entre elles rapportaient un risque accru d’une ou plusieurs maladies chroniques. Des associations significatives ont été établies avec au moins 12 problèmes de santé, y compris la mortalité précoce toutes causes confondues.

« Nous disposons déjà de suffisamment de données pour élaborer des politiques publiques efficaces pour lutter contre ce problème », affirme Monteiro. « Les aliments ultra-transformés sont à l’origine de l’épidémie de maladies chroniques que nous connaissons aujourd’hui dans le monde : obésité, cancer, diabète et même troubles mentaux. Je dirais qu’ils constituent le principal facteur modifiable lié au fardeau mondial de ces maladies. »

Les auteurs de la série préconisent plusieurs mesures, notamment l’apposition d’avertissements clairs sur les emballages des aliments ultra-transformés, la restriction de la publicité pour ces produits, en particulier celle ciblant les enfants, ainsi qu’une augmentation des taxes sur ces aliments, les recettes étant destinées à subventionner les aliments frais ou peu transformés.

D’autres recommandations incluent l’interdiction de ces produits dans les institutions publiques, telles que les écoles et les hôpitaux, et la limitation de leur exposition et de leur espace de stockage dans les supermarchés. Le Brésil est cité en exemple pour son initiative visant à garantir que 90 % des aliments proposés dans les écoles soient frais ou peu transformés d’ici 2026.

Phillip Baker, chercheur à l’Université de Sydney en Australie et l’un des coordinateurs de la série, a déclaré dans un communiqué qu’« une réponse mondiale forte et coordonnée est nécessaire, à l’instar des efforts déployés pour lutter contre l’industrie du tabac ». Il souligne l’importance de protéger le processus politique des pressions exercées par les entreprises et de construire des coalitions solides pour défendre des systèmes alimentaires sains, équitables et durables.

Les auteurs ont décidé de créer un embryon d’alliance mondiale, baptisée « UPF Network Action », afin de diffuser les résultats de cette recherche, de surveiller les impacts des aliments ultra-transformés et de réfléchir à des stratégies de politiques publiques pour faire face à la situation actuelle.

Marion Nestlé, chercheuse à l’université de New York aux États-Unis, rappelle que « l’amélioration des régimes alimentaires à l’échelle mondiale nécessite des politiques adaptées à la réalité de chaque pays et au degré de pénétration des aliments ultra-transformés dans les habitudes alimentaires ».

La série de The Lancet souligne que les aliments ultra-transformés représentent aujourd’hui le secteur le plus rentable de l’industrie alimentaire, avec des ventes annuelles mondiales de 1,9 billion de dollars américains (environ 1,76 billion d’euros). Il est donc illusoire d’attendre des entreprises qu’elles prennent des mesures volontaires pour réduire l’impact de leurs produits. L’industrie utilise d’ailleurs des tactiques sophistiquées, telles que le lobbying auprès des politiciens et le financement de recherches visant à remettre en question les preuves concernant les aliments ultra-transformés. Les auteurs insistent sur le fait que ce sont les grandes entreprises, et non les choix individuels, qui favorisent l’expansion de ces aliments dans le monde.

Que sont les aliments ultra-transformés ?

La classification Nova, un modèle créé par Nupens/USP, divise les aliments en quatre groupes. Les aliments naturels ou peu transformés sont ceux obtenus directement de la nature ou qui subissent des processus simples sans ajout de substances, conservant ainsi leurs caractéristiques originales, comme la viande, les céréales, le lait, les fruits et les légumes.

Le deuxième groupe est composé des ingrédients culinaires transformés, extraits des aliments ou directement de la nature et utilisés en petites quantités pour préparer des repas, tels que les huiles, le sel et le sucre.

Les aliments transformés, qui représentent le troisième groupe, sont ceux qui ont subi des modifications simples avec des ingrédients culinaires transformés pour augmenter leur durabilité et leur variété, comme les pains, les fromages et les conserves.

Enfin, le quatrième groupe englobe les aliments ultra-transformés, qui sont des formulations industrielles composées de divers additifs, tels que des colorants, des arômes et des ingrédients modifiés. Ces produits ont une faible valeur nutritionnelle, un attrait commercial élevé et ne ressemblent guère à des aliments naturels. Quelques exemples sont les boissons gazeuses, les collations, les sucreries, les glaces, les barres de céréales, le pain emballé, la margarine et les nouilles instantanées.

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