Publié le 17 octobre 2025 01:27:00. Les femmes sont deux fois plus susceptibles de souffrir de dépression sévère que les hommes, et des recherches menées à Graz et Ratisbonne explorent un lien potentiel avec des différences dans la barrière hémato-encéphalique, une protection cruciale pour le cerveau.
- Une équipe de scientifiques étudie les variations de la barrière hémato-encéphalique chez les personnes souffrant de dépression, en accordant une attention particulière aux différences entre les sexes.
- Des modèles numériques du cerveau et de ses composants sont créés pour simuler la communication cellulaire et identifier des marqueurs spécifiques à la dépression.
- Cette recherche s’inscrit dans une tendance croissante à prendre en compte les différences biologiques entre les sexes dans l’étude des troubles neurologiques.
Des chercheurs de l’Institut d’ingénierie neuronale de la TU Graz (Université de technologie de Graz), en collaboration avec des collègues de l’Université de Ratisbonne, se penchent sur une question cruciale : pourquoi les femmes sont-elles plus vulnérables à la dépression sévère que les hommes ? Leur travail explore le rôle potentiel de la barrière hémato-encéphalique, une structure complexe qui protège le cerveau des substances nocives présentes dans la circulation sanguine. Cette barrière est constituée d’astrocytes, des cellules cérébrales aux ramifications étendues, et de cellules endothéliales, qui tapissent les vaisseaux sanguins. Un affaiblissement ou une « fuite » de cette barrière peut favoriser le développement de maladies cérébrales.
Le projet de recherche, intitulé « Fuite de la barrière hémato-encéphalique dans le trouble dépressif majeur » et financé par le Fonds scientifique autrichien FWF et la Fondation allemande pour la recherche, vise à déterminer si et comment le fonctionnement de cette barrière est altéré en cas de dépression. L’équipe de Ratisbonne mène des expériences sur des cultures cellulaires pour observer l’interaction entre les astrocytes et les cellules endothéliales dans des cerveaux sains et malades, en utilisant des techniques biomoléculaires, biochimiques et pharmacogénétiques pour identifier les mécanismes spécifiques impliqués dans le développement de la dépression.
Kerstin Lenk, de la TU Graz, et son équipe utilisent les données expérimentales pour créer des « jumeaux numériques » de ces cellules et de la barrière hémato-encéphalique. Ces modèles informatiques permettent de simuler la diffusion de molécules messagères entre les cellules et d’étudier plus en détail les processus en jeu. L’intelligence artificielle est également utilisée pour identifier des schémas dans les données qui pourraient révéler des différences spécifiques au sexe.
« Avec nos recherches, nous souhaitons contribuer à une meilleure compréhension à la fois du développement des troubles dépressifs et des différentes évolutions de la maladie chez les femmes et les hommes. Ces connaissances ouvrent de nouvelles possibilités pour des thérapies plus ciblées. »
Kerstin Lenk, Institut d’ingénierie neuronale de la TU Graz
Cette étude s’inscrit dans un mouvement plus large de la neuroscience qui accorde une importance croissante aux différences biologiques entre les sexes. Kerstin Lenk a récemment co-écrit un article de synthèse, publié dans la revue Nature Reviews Bio-ingénierie (doi.org/10.1038/s44222-025-00355-w), intitulé « Modélisation des différences sexuelles dans les troubles neurologiques in vitro ». Cet article souligne l’importance de prendre en compte le sexe biologique dans la recherche sur les maladies neurologiques et met en avant le potentiel des modèles in vitro, tels que les cellules souches artificielles, les organoïdes 3D et les systèmes d’organes sur puce, pour mieux comprendre ces différences et améliorer la pertinence des résultats de la recherche pour la pratique clinique. Ces modèles sont de plus en plus complétés par des simulations informatiques et l’intelligence artificielle.
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