Publié le 27 octobre 2025 15:40:00. Face à un afflux touristique record, le Japon met en place une taxe de séjour inédite à Kyoto, une mesure destinée à faire participer les visiteurs aux coûts engendrés par leur présence massive et à préserver l’équilibre des villes.
- Kyoto va instaurer, à partir de mars 2026, une taxe de séjour pouvant atteindre 10 000 yens (environ 65 euros) par personne et par nuit dans les hôtels de luxe.
- Cette mesure vise à générer des revenus supplémentaires pour améliorer les infrastructures et les services, tout en encourageant un tourisme plus responsable.
- Le Japon se positionne ainsi comme un précurseur dans la gestion des défis posés par le tourisme de masse.
Le Japon connaît un véritable boom touristique. Au cours des neuf premiers mois de 2025, le pays a dépassé les 30 millions d’arrivées de visiteurs étrangers, avec des records mensuels établis chaque mois. En septembre seul, 3,26 millions de touristes ont foulé le sol japonais. Si cette affluence est une aubaine économique, elle met à rude épreuve les villes, notamment Kyoto, et les sites emblématiques comme le Mont Fuji, où l’on observe des embouteillages, une accumulation de déchets et des risques accrus pour la sécurité.
La demande touristique submerge les infrastructures existantes et perturbe la vie quotidienne des habitants. Des écoles sont contraintes d’éviter les voyages scolaires, et des restrictions de circulation sont envisagées dans des quartiers comme Gion, où l’essor du tourisme menace l’équilibre entre résidents et visiteurs. Les usages touristiques supplantent les usages civiques fondamentaux, modifiant profondément le tissu social et culturel des villes.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement japonais a autorisé Kyoto à instaurer une taxe de séjour différenciée. À partir de mars 2026, les voyageurs séjournant dans les hôtels de luxe devront s’acquitter d’une taxe pouvant atteindre 10 000 yens par personne et par nuit, un montant bien supérieur au plafond précédent de 1 000 yens. Les voyageurs disposant d’un budget plus modeste bénéficieront de tarifs plus avantageux.
Cette mesure devrait doubler les revenus municipaux liés à l’hébergement, passant de 5,2 à 12,6 milliards de yens. L’objectif affiché est de faire en sorte que les touristes contribuent aux coûts engendrés par leur présence, plutôt que de les faire supporter uniquement par les impôts locaux. Pour les voyageurs fortunés, le surcoût est considéré comme marginal par rapport au prix total du voyage, mais pour la ville, il représente une source de revenus stable qui permet de transformer la pression touristique en une ressource.
Les fonds collectés grâce à cette taxe seront affectés au renforcement des infrastructures urbaines, à l’amélioration des transports en commun, au financement de services d’assistance linguistique, à la mise en place de campagnes de sensibilisation au respect des usages locaux et à la préservation du patrimoine culturel qui attire les touristes à Kyoto. La ville a déjà mis en œuvre des mesures disciplinaires, telles que des amendes dans le quartier de Gion et des fermetures sélectives de sites, mais elle doit désormais financer une stratégie de résilience à long terme.
Ce qui se passe à Kyoto n’est pas un cas isolé, mais un aperçu des défis auxquels sont confrontées les grandes capitales touristiques du monde lorsque la croissance du tourisme cesse de générer des bénéfices nets et commence à avoir des effets négatifs : congestion urbaine, mécontentement social, déplacement des populations locales, dégradation des sites touristiques et difficultés à gérer un phénomène dont la demande est plus élastique que la capacité à supporter les coûts.
En adoptant une réponse budgétaire explicite, le Japon crée un précédent réglementaire pour d’autres villes confrontées au même paradoxe : le tourisme ne peut plus être financé par ceux qui en souffrent, mais doit l’être par ceux qui le provoquent, afin d’éviter qu’il ne finisse par détruire l’attrait qui le justifie.
Le boom touristique se poursuit (21,5 millions de visiteurs au premier semestre 2025 et 56 millions de visiteurs à Kyoto en 2024), et rien ne laisse présager d’un ralentissement de la demande. La taxe de séjour ne vise donc pas à décourager les touristes, mais plutôt à corriger les déséquilibres et à assurer la pérennité du tourisme.
Ce changement de paradigme reconnaît un fait fondamental : dans les destinations touristiques matures, le tourisme cesse d’être un « don » et devient une activité économique qui doit contribuer à l’entretien de l’écosystème urbain qu’elle consomme, afin de ne pas le détruire.
Images | Pixels
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