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Gel du crédit : l’incertitude électorale a stoppé les prêts au secteur privé

by Amélie Bernard

Publié le 7 novembre 2025 à 04:21:00. L’activité de crédit en Argentine a marqué le pas en octobre, plombée par l’incertitude politique et une politique monétaire hésitante, malgré une légère détente des taux d’intérêt en fin de mois. Seul le marché hypothécaire continue de faire preuve de dynamisme.

  • Le crédit au secteur privé n’a augmenté que de 2,6 % en valeur nominale mensuelle, une progression presque entièrement effacée par l’inflation.
  • Le financement des entreprises a légèrement progressé, mais la demande de prêts personnels a reculé pour la première fois depuis mars 2024.
  • Le crédit en devises s’est contracté, signe d’une anticipation de dévaluation du peso.

Le marché du crédit argentin reste englué dans une phase de prudence, selon le dernier rapport de First Capital Group. En octobre, les prêts consentis au secteur privé n’ont progressé que de 2,6 % en valeur nominale, atteignant 84 900 milliards de pesos (environ 84,9 milliards de dollars). Une augmentation qui se révèle presque imperceptible une fois l’inflation estimée à 2,5 % prise en compte. En termes réels, la croissance n’atteint que 0,1 %, confirmant un ralentissement marqué de l’activité financière.

Sur un an, la croissance de 83 % est largement due à une recomposition nominale plutôt qu’à une véritable expansion du crédit. L’amélioration réelle s’élève à 39,2 %, portée principalement par le segment hypothécaire.

Selon Guillermo Barbero, associé du cabinet de conseil First Capital Group, « Octobre a été un autre mois sans dynamisme : les taux ont commencé à se détendre juste après la clôture et les attentes du marché ne sont pas encore consolidées ». Il souligne également que « pour que le crédit rebondisse, il ne suffit pas de baisser les taux : il faut aussi allonger les durées des prêts ».

Le financement des entreprises, via les prêts commerciaux, a augmenté de 2,6 % en valeur nominale, pour atteindre 27 400 milliards de pesos. Cependant, la progression réelle reste faible. Après trois mois consécutifs de baisse, cette tendance négative semble s’être stabilisée. M. Barbero explique que « l’attente d’une dévaluation et la fuite des engagements en dollars ont légèrement réactivé les opérations en pesos ».

À l’inverse, les prêts personnels ont enregistré leur premier recul réel depuis mars 2024, avec une baisse de 0,5 % corrigée de l’inflation. Bien que le volume nominal ait atteint 18,5 milliards de pesos, la demande s’est affaiblie en raison d’une augmentation des impayés. Le rapport précise que les banques privilégient désormais la qualité de leurs portefeuilles. Malgré ce ralentissement, ce segment affiche une croissance de 127,6 % sur un an, la deuxième plus forte du système.

Les cartes de crédit n’ont pas bénéficié de l’impulsion habituelle de la « Fête des Mères », un pic saisonnier de consommation. Leur progression s’est limitée à 1,3 % en termes nominaux, et elles ont même reculé de 1,2 % en termes réels, atteignant un solde total de 21,9 milliards de pesos. Le recours au crédit est freiné par l’absence de plans de paiement échelonnés et par des plafonds qui ne sont pas ajustés au rythme de l’inflation.

Les prêts sur gage, destinés à l’acquisition de véhicules, ont également stagné après 17 mois de croissance. Avec un solde de 5 700 milliards de pesos et une augmentation nominale de 2,6 %, la progression réelle est quasi nulle. « Le raccourcissement des délais et l’augmentation des taux ont directement affecté la demande », explique M. Barbero.

Le marché hypothécaire constitue une exception notable. Les prêts au logement, y compris ceux indexés sur l’UVA (Unité de Valeur Argentine), ont augmenté de 10,8 % en valeur nominale mensuelle et de 8,1 % en valeur réelle, affichant une croissance impressionnante de 380,8 % sur un an. Le solde total s’élève à 5,8 milliards de dollars. Malgré la suspension des nouveaux placements ou l’augmentation des tarifs par certaines institutions financières, la demande reste soutenue. Le rapport souligne que « le public continue de manifester un fort intérêt pour l’accès au logement, même dans ce contexte d’incertitude ».

En parallèle, le crédit en devises s’est contracté de 2,5 % en un mois, pour un solde de 18,257 milliards de dollars. 73,5 % de ce recul est imputable aux prêts commerciaux, qui ont diminué de 3,6 %. Pour la première fois depuis près de deux ans, l’anticipation d’une dévaluation a entraîné une réduction significative des opérations en dollars.

Le solde financé avec des cartes en dollars a également diminué, de 16 %, pour atteindre 616 millions de dollars, confirmant une baisse généralisée.

Octobre illustre une attitude prudente au sein du système financier argentin. Dans un contexte politique dominant et une politique monétaire en transition, les banques et les entreprises préfèrent attendre. Seul le crédit hypothécaire maintient un certain dynamisme. Une stabilisation des conditions macroéconomiques dans les mois à venir pourrait permettre au marché de sortir de cette phase de stagnation.

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