Home SantéHOPE-B montre que le contrôle des saignements tient toujours après 5 ans

HOPE-B montre que le contrôle des saignements tient toujours après 5 ans

by Sophie Martin

Publié le 2024-12-13 18:32:00. Cinq ans après un traitement innovant, les patients atteints d’hémophilie B participant à l’étude HOPE-B continuent de bénéficier d’une réduction significative de leurs saignements, avec une diminution drastique, voire une suppression, des injections de facteur de coagulation.

  • Une seule perfusion de thérapie génique a permis de réduire de 63 % le taux de saignement annualisé chez les patients.
  • L’activité du facteur IX reste stable et élevée chez la majorité des participants, les plaçant dans une catégorie de sévérité de la maladie plus faible.
  • Les résultats sont encourageants même chez les patients présentant des anticorps neutralisants préexistants contre le vecteur viral utilisé.

L’étude HOPE-B, présentée lors de la 67e réunion annuelle de l’American Society of Hematology (ASH)1 et publiée dans la revue Blood2, confirme la durabilité des effets positifs de l’étranacogène dezaparvovec, une thérapie génique destinée aux adultes souffrant d’hémophilie B sévère ou modérément sévère. Dirigée par le Dr Steven Pipe de l’Université du Michigan, cette recherche répondait à une question cruciale : les bénéfices de la thérapie génique sont-ils maintenus à long terme ?

L’étude a inclus 54 hommes adultes présentant un faible taux de facteur IX (inférieur ou égal à 2 unités internationales/dL) et recevant une prophylaxie régulière avant le début de l’essai. Après une période d’observation initiale de six mois pour établir les taux de saignement de base, chaque participant a reçu une seule perfusion intraveineuse de la thérapie génique, basée sur un vecteur viral adéno-associé de sérotype 5 (AAV5) à une dose de 2 × 1013 copies du génome par kilogramme de poids corporel. Les patients ont ensuite été suivis pour évaluer l’évolution de leurs saignements, de leurs niveaux de facteur IX, de leur consommation de facteur et pour surveiller les effets secondaires.

Les résultats montrent une diminution notable des saignements. Entre le 7e et le 60e mois suivant la perfusion, le taux de saignement annualisé ajusté pour tous types de saignements était de 1,52, contre 4,16 pendant la période de prophylaxie standard. Cela représente une réduction relative d’environ 63 %. Des améliorations similaires ont été observées pour les saignements spontanés et les saignements articulaires, qui sont restés significativement plus faibles tout au long de la période de suivi. L’absence de stabilisation des courbes après quatre et cinq ans est particulièrement encourageante, car la durabilité est un enjeu majeur dans le domaine des thérapies géniques.

L’activité du facteur IX a également suivi une trajectoire positive. L’activité endogène moyenne est restée supérieure à 36 % jusqu’à la fin du suivi, permettant à la majorité des patients de sortir de la catégorie des formes sévères de la maladie et d’atteindre des niveaux généralement associés à des formes bénignes ou modérées. En conséquence, la consommation de facteur IX a diminué d’environ 96 % par rapport aux valeurs initiales. Un seul patient, soit environ 2 % de la cohorte, a dû reprendre une prophylaxie régulière après une baisse de ses taux de facteur et une réapparition de saignements, environ deux ans et demi après le traitement.

L’étude HOPE-B a également inclus des patients présentant des anticorps neutralisants préexistants contre l’AAV5. Les résultats obtenus chez ces patients étaient globalement comparables à ceux des patients sans anticorps détectables au départ. Cependant, deux participants n’ont pas atteint une expression durable du facteur IX, l’un présentant le titre d’anticorps neutralisants initial le plus élevé de l’étude et l’autre ayant reçu une dose inférieure à la dose prévue.

En termes de sécurité, les événements indésirables liés au traitement se sont concentrés dans les quatre premiers mois suivant la perfusion. Des élévations transitoires de l’alanine aminotransférase ont été observées chez 10 participants et ont été gérées avec des corticostéroïdes. Après cinq ans de suivi, les chercheurs n’ont signalé aucune hépatotoxicité tardive, aucun cancer ou d’autres signaux de sécurité préoccupants attribuables à l’étranacogène dezaparvovec.

Ces données confirment qu’une seule perfusion peut apporter un bénéfice durable à de nombreux patients atteints d’hémophilie B. Cependant, elles soulèvent également de nouvelles questions. Combien de temps l’expression du facteur IX persistera-t-elle au-delà de cinq ans, alors que les patients entreront dans une phase de suivi prolongé jusqu’à 15 ans ? Les cliniciens pourront-ils identifier à l’avance les patients susceptibles de perdre leur réponse ? Et, face à l’amélioration continue des thérapies sans facteur et des produits à action prolongée, comment les patients pourront-ils évaluer les avantages d’un traitement ponctuel par rapport à des options plus flexibles ?

Pour l’instant, l’étude HOPE-B renforce l’idée que la thérapie génique peut permettre aux patients atteints d’hémophilie B de s’affranchir du cycle des perfusions pendant de nombreuses années. La question de savoir si cet effet se maintiendra sur des décennies reste ouverte.

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