Home Affaires“Il a toujours dit qu’il ne vieillirait pas”

“Il a toujours dit qu’il ne vieillirait pas”

by Amélie Bernard

Publié le 16 mai 2024 14:35:00. Après un diagnostic de cancer foudroyant, une femme raconte comment elle a vécu les derniers mois de son mari, et comment elle a reconstruit sa vie avec leur fille, tout en honorant sa mémoire et en embrassant de nouveaux horizons.

  • Patrick, décédé à l’âge de 40 ans des suites d’un cancer de l’œsophage, est mort quelques mois après le diagnostic.
  • Sa veuve a trouvé un nouveau bonheur avec un ami, Malang, tout en gardant vivant le souvenir de son mari.
  • Elle a publié un livre pour enfants aidant à surmonter le deuil et a déménagé en Gambie pour réaliser un rêve commun avec Patrick.

C’est en travaillant dans un centre d’appels qu’elle a rencontré Patrick. Un hasard amusant : ils partageaient le même nom de famille sans être liés. De cette simple coïncidence est née une amitié qui s’est transformée en amour. « Patrick était doux, attentionné et très protecteur. Je me sentais en sécurité avec lui », se souvient-elle.

Neuf ans plus tard, leur bonheur s’est agrandi avec la naissance de leur fille, Catlijn. Ensemble, ils nourrissaient de nombreux projets : vendre leur maison pour s’installer à la campagne avec un potager, et transformer un fourgon en camping-car pour voyager. Des rêves qui allaient brutalement s’interrompre.

En juillet 2022, Patrick a commencé à avoir des difficultés à avaler. Pensant à un simple ulcère, il a consulté son médecin traitant qui n’a pas jugé la situation urgente, mais l’a orienté vers des examens complémentaires à l’hôpital, avec une liste d’attente de deux mois. L’attente s’est avérée fatale.

Quelques semaines plus tard, après un barbecue, Patrick a vomi. Puis, il a eu besoin de boire un verre d’eau à chaque bouchée, avant de ne plus pouvoir ni manger ni boire du tout. L’urgence a été reconnue et les examens ont été accélérés.

Un diagnostic dévastateur

« L’examen a pris beaucoup plus de temps que prévu, et j’ai commencé à m’inquiéter », raconte-t-elle. Après une heure d’attente, une infirmière l’a fait entrer seule dans la salle de consultation, laissant Catlijn patienter dans le bureau du personnel. « C’était un mauvais signe, je le savais. »

Le verdict est tombé : « Il y a des épaississements dans l’œsophage et nous supposons qu’il s’agit d’un cancer. » Patrick, à peine quarante ans et en pleine forme, était abasourdi. « Notre monde s’est effondré. Patrick a commencé à pleurer et a crié qu’il ne voulait pas nous quitter, ni moi, ni Catlijn. »

Patrick a entamé un traitement lourd : dix séances de radiothérapie suivies de trois cures de chimiothérapie. La première cure a été particulièrement difficile, mais la deuxième s’est mieux passée. Cependant, la veille de la troisième, elle a remarqué un changement inquiétant : Patrick ne pouvait plus parler clairement, traînait la jambe et avait perdu l’usage de son bras. Il a été transporté d’urgence à l’hôpital.

Un scanner a révélé la présence de métastases au cerveau. Un coup fatal. « Sa mentalité a changé. Patrick a réalisé qu’il ne pourrait plus jamais travailler comme programmeur, même s’il avait toujours été très responsable de subvenir aux besoins de sa famille. » Quelques jours plus tard, il fêtait son quarante ans, une étape qu’il avait toujours redoutée. « Patrick avait toujours dit qu’il ne pensait pas vivre jusqu’à quarante ans. Je n’ai jamais pris ça au sérieux, mais il avait raison. »

Des adieux déchirants

Deux semaines plus tard, Catlijn fêtait ses six ans. Patrick voulait absolument être présent, sa fille était tout pour lui. Il est brièvement venu dans la chambre d’hôpital, mais la douleur était trop forte et il n’a pu retenir que quelques instants.

Lors du dernier rendez-vous à l’hôpital, les médecins ont annoncé que seul son cœur n’était pas encore touché par le cancer. Patrick a reçu des analgésiques et a exprimé son souhait de mourir à la maison. « Il était devenu une ombre, chaque contact lui faisait mal, il était épuisé. » Trois mois et demi après le diagnostic initial, Patrick a bénéficié d’une euthanasie.

« J’aime Malang, mais cela n’exclut pas le fait que j’aime toujours Patrick », confie-t-elle. Après le décès de son mari, elle a reçu un soutien important de son entourage. Elle se souvient avec émotion d’avoir été invitée au dîner de Noël chez l’employeur de Patrick, où un bel hommage lui a été rendu. « Cela m’a donné beaucoup de force. »

Un nouveau départ

Trois ans après sa mort, elle et Catlijn vont bien. Ensemble, elles ont créé un livre pour enfants destiné à aider les enfants à surmonter le deuil, un projet dont elles sont très fières. Elle a vendu sa maison et vit désormais la majeure partie de l’année dans sa maison de vacances aux Pays-Bas, et le reste du temps en Gambie, où elle a acheté un terrain et fait construire une maison. C’est là-bas qu’elle a rencontré Malang, un nouvel ami cher.

« Nous gardons la mémoire de Patrick vivante en parlant souvent de lui. Catlijn et moi regardons aussi souvent des photos de lui. Il nous manque tous les jours. J’aime Malang, mais cela n’exclut pas que j’aime toujours Patrick. Notre amour est toujours intact et ne disparaîtra jamais. »

Vivre pleinement

« La perte de Patrick m’a appris que je ne veux plus attendre pour faire ce que je veux faire. J’ai toujours voulu voyager, maintenant je le fais. Ma devise dans la vie est qu’il ne faut rien reporter et surtout, faire ce dont on rêve. Patrick est dans mon cœur. »

Elle ne veut plus jamais perdre un grand amour et essaie de profiter au maximum de chaque instant avec sa fille. Elle espère également inspirer les autres en partageant son histoire. « Malgré les mauvaises choses que vous vivez, la vie peut à nouveau vous sourire. »

Jamais plus ?

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