Installé rue du Château à Dijon depuis plus de quarante ans, PhotoExpress est un laboratoire photographique qui résiste à l’ère numérique en misant sur la qualité, la réactivité et un savoir-faire rare, notamment dans le développement argentique. Loin d’être un commerce dépassé, l’établissement attire aujourd’hui une nouvelle clientèle, séduite par l’authenticité de la photographie sur pellicule.
Si le nombre de bobines à développer a diminué depuis l’âge d’or de l’argentique, l’activité reste soutenue, portée par un regain d’intérêt, notamment chez les jeunes. « Aujourd’hui, à 90%, ce sont des jeunes qui découvrent la pellicule », constate Jérôme, le dirigeant actuel. Ils sont attirés par le caractère unique et concret de l’image capturée sur film, où l’imprévu devient partie intégrante du processus. « Ils sont nés dans un monde virtuel, et là, ils ont un objet concret, avec seulement 36 poses. L’accident photographique qui serait effacé d’un clic en numérique, devient une part de l’histoire. »
PhotoExpress ne se limite pas aux amateurs. L’établissement travaille également avec des professionnels, notamment dans les domaines médical et judiciaire. « On voyait de tout à l’époque », se souvient Muriel, employée polyvalente depuis de nombreuses années. Autopsies pour la police, clichés médicaux pour l’hôpital, ou encore photos d’escarres pour l’entreprise Urgo : « Les agents de police arrivaient parfois en disant ‘on vous réquisitionne’. Dans ce cas-là, tout passait en priorité. »
Fred, quant à lui, est spécialisé dans le développement noir et blanc, une pratique de plus en plus rare. Il reçoit chaque semaine plusieurs dizaines de pellicules qu’il trie, prépare et développe manuellement. « C’est un vrai casse-tête : il faut penser à chaque film, mais aussi aux autres, car certains produits ou certaines vieilles pellicules des années 50 ne peuvent pas être mélangés », explique-t-il. Il insiste sur l’importance de l’expérience et de l’équilibre technique pour préserver l’image.
Jérôme a repris l’entreprise il y a une vingtaine d’années, après y avoir effectué son CAP. Il souligne la singularité de PhotoExpress, à la frontière entre le laboratoire professionnel et le laboratoire grand public. L’établissement se distingue par sa capacité à réaliser rapidement des tirages, des développements et des numérisations, tout en offrant un accompagnement personnalisé. « Les gens viennent avec leurs souvenirs, parfois fragiles. On ne fait pas que cliquer sur ‘imprimer’ : on les conseille et on prend soin de leurs images. »
L’entreprise attire désormais une clientèle au-delà de la région dijonnaise, séduite par la proximité et la confiance qu’elle inspire. « On n’est pas les moins chers, mais on est identifiés et disponibles », conclut Jérôme. « On joue avec le souvenir, pas seulement avec la mémoire numérique. »
