Publié le 4 novembre 2025 à 01h15. Une comète interstellaire, 3I/ATLAS, défie les attentes des astronomes en affichant une luminosité inhabituelle à l’approche du Soleil, offrant ainsi une opportunité unique d’étudier la composition des objets venus d’autres systèmes stellaires.
- La comète 3I/ATLAS a atteint son point le plus proche du Soleil le 29 octobre, révélant une augmentation de luminosité deux fois plus rapide que la normale.
- Des observations récentes suggèrent que les rayons cosmiques ont profondément modifié la surface de la comète au cours de son voyage interstellaire.
- La mission JUICE de l’Agence spatiale européenne observera la comète en novembre, espérant révéler la composition de son noyau.
La comète interstellaire 3I/ATLAS, découverte le 1er juillet par le réseau ATLAS au Chili, continue de surprendre la communauté scientifique. Ce troisième visiteur confirmé de l’extérieur de notre système solaire se distingue par son comportement atypique et sa trajectoire inhabituellement plate, se déplaçant à plus de 210 000 km/h (environ 68 km/s). Son périhélie – le point de son orbite le plus proche du Soleil – a été franchi le 29 octobre, déclenchant une flambée de luminosité qui intrigue les chercheurs.
Ce qui a particulièrement interpellé les astronomes, c’est la vitesse à laquelle la comète s’est illuminée à mesure qu’elle se rapprochait de notre étoile. Entre la mi-septembre et la fin octobre, alors qu’elle se trouvait à environ deux fois la distance Terre-Soleil (soit 1,36 unité astronomique), sa luminosité a augmenté de façon spectaculaire, dépassant les prévisions. Selon les calculs de Qicheng Zhang de l’observatoire Lowell et Karl Battams du laboratoire de recherche naval américain, la luminosité de la comète a augmenté en proportion inverse de la distance au Soleil élevée à la puissance 7,5, soit environ deux fois plus vite qu’une comète typique.
Pour contourner le fait que la comète était pratiquement invisible depuis la Terre en raison de sa position derrière le Soleil, les chercheurs ont utilisé les satellites de surveillance solaire – STEREO-A, SOHO et GOES-19 – pour capturer sa transformation. Le résultat a été saisissant : « La raison de l’augmentation rapide de la luminosité de 3I, qui dépasse de loin le taux d’augmentation de la luminosité de la plupart des comètes du nuage d’Oort à une distance radiale similaire, reste floue », ont déclaré Zhang et Battams dans un article publié sur le serveur de prépublications scientifiques arXiv, en attente d’une évaluation par les pairs.
Au-delà de sa luminosité, la couleur bleutée de la comète 3I/ATLAS est également inhabituelle. Contrairement au reflet doré habituel des comètes, cette teinte suggère que la lumière ne provient pas uniquement de la poussière, mais également de gaz libérés par la chaleur. Des observations antérieures avaient révélé une poussière rougeâtre, et ce changement de couleur indique une modification de la surface, potentiellement due à la libération de molécules telles que le cyanogène ou l’ammoniac.
Les images du satellite GOES-19 ont confirmé la présence d’une vaste enveloppe de gaz et de poussière – appelée coma – entourant la comète, s’étendant sur plusieurs minutes d’arc dans le ciel. Ce signe indique une forte activité et une libération rapide de matière à sa surface. À son point le plus proche du Soleil, sa luminosité atteignait une magnitude d’environ 9, la rendant visible avec de petits télescopes.
Une autre étude récente, basée sur les observations du télescope spatial James Webb, suggère que la surface de la comète a été profondément altérée par les rayons cosmiques au cours de son voyage d’un milliard d’années à travers la galaxie. Selon Romain Maggiolo, de l’Institut royal d’aéronomie spatiale de Belgique, « C’est très lent, mais sur des milliards d’années, l’effet est très fort ». Les rayons cosmiques auraient transformé le monoxyde de carbone en dioxyde de carbone, modifiant ainsi sa composition originale.
Les scientifiques envisagent plusieurs hypothèses pour expliquer ces phénomènes. La vitesse à laquelle la comète s’approche du Soleil pourrait jouer un rôle, mais sa composition interne pourrait également être déterminante. Si la composition de 3I/ATLAS diffère de celle des comètes du nuage d’Oort, cela pourrait indiquer que le système planétaire dont elle est issue avait une chimie différente.
De plus, le processus de sublimation – la transformation directe de la glace en gaz – pourrait se produire de manière inhabituelle. 3I/ATLAS continuerait à expulser du dioxyde de carbone même à une distance relativement proche du Soleil (environ trois fois la distance Terre-Soleil), alors que la vapeur d’eau serait normalement prédominante. Ce comportement pourrait expliquer sa luminosité intense.
La mission JUICE de l’Agence spatiale européenne observera la comète entre le 2 et le 25 novembre, avec une approche maximale le 4 novembre à 64 millions de kilomètres. Les données complètes de JUICE ne seront pas disponibles avant février 2026, en raison des faibles débits de transmission, mais elles pourraient révéler si l’érosion solaire a exposé la matière originelle du noyau de la comète.
Certaines études suggèrent que 3I/ATLAS pourrait être l’une des plus anciennes comètes jamais observées, formée environ 3 milliards d’années avant notre système solaire. Ce visiteur venu d’au-delà de notre système solaire pourrait donc apporter des indices précieux sur la formation des systèmes stellaires et la diversité chimique du cosmos.
Rédaction : Felipe Espinosa Wang avec des informations de Universe Today, Space.com et Live Science.
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