Publié le 2026-01-01 00:23:00. Après des années d’isolement diplomatique, la Corée du Nord pourrait amorcer un virage stratégique en 2026, envisageant un retour au dialogue avec les États-Unis et une consolidation de son arsenal militaire. Un congrès du parti au pouvoir, prévu début d’année, devrait définir les orientations futures de Pyongyang.
- La Corée du Nord pourrait reprendre les négociations avec les États-Unis, potentiellement avec une nouvelle rencontre entre Kim Jong Un et Donald Trump.
- Pyongyang devrait annoncer l’achèvement de son plan quinquennal de développement militaire et poursuivre le développement simultané d’armes nucléaires et conventionnelles.
- Le rapprochement avec la Russie et la Chine pourrait permettre à la Corée du Nord de rééquilibrer ses relations internationales et de renforcer sa position face aux États-Unis.
Après une période de repli sur elle-même, la Corée du Nord semble préparer un retour sur la scène internationale. La participation de Kim Jong Un à un défilé militaire à Pékin le 3 septembre, aux côtés de Xi Jinping et Vladimir Poutine, a marqué un premier pas dans cette direction. En octobre, Pyongyang a organisé son propre défilé militaire, accueillant des délégations étrangères de haut niveau, dont le Premier ministre chinois Li Qiang et l’ancien président russe Dmitri Medvedev.
Selon Chad O’Carroll, PDG de Korea Risk Group, une société de conseil spécialisée dans la péninsule coréenne, une reprise du dialogue avec les États-Unis reste envisageable, mais dépendra de la consolidation de la stratégie de Pyongyang lors du prochain congrès du parti. Il estime qu’une rencontre entre Trump et Kim est « plausible, voire probable » une fois cette ligne stratégique définie.
Donald Trump, de retour à la Maison Blanche en janvier 2025, a déjà exprimé son souhait de renouer avec Kim Jong Un, après leurs trois sommets entre 2018 et 2019. Cependant, aucune rencontre n’a eu lieu lors de sa tournée asiatique de l’automne dernier, Pyongyang n’ayant pas manifesté d’intérêt.
Le prochain congrès du Parti du travail de Corée, qui se réunit tous les cinq ans, devrait officialiser l’achèvement du plan quinquennal de défense nationale adopté en 2021. Ce plan, axé sur la diversification de l’arsenal nucléaire (armes hypersoniques, satellites de reconnaissance militaire, sous-marins à propulsion nucléaire), devrait être prolongé par une politique de développement simultané d’armes nucléaires et conventionnelles.
Selon Tong Zhao, chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace, Pyongyang se concentrera probablement sur les ogives nucléaires tactiques, destinées à une utilisation en cas de crise avec la Corée du Sud, et sur la modernisation de ses forces conventionnelles, notamment les drones. Il souligne qu’il serait « stratégiquement logique » pour Pyongyang de renforcer ses capacités conventionnelles après avoir considérablement amélioré sa dissuasion nucléaire.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre les deux Corées, Pyongyang qualifiant Séoul de « hostile », malgré les tentatives de rapprochement du président sud-coréen Lee Jae Myung. Noboru Yamaguchi, professeur invité à l’Université internationale du Japon, se montre toutefois sceptique quant à la capacité de la Corée du Nord à moderniser significativement ses armes conventionnelles, compte tenu de sa faiblesse économique et de ses priorités en matière de développement nucléaire.
Shunji Hiraiwa, professeur à l’Université de Nanzan, estime que Pyongyang a choisi de privilégier sa coopération avec la Russie en attendant la mise en œuvre complète de son plan de défense quinquennal. Ces dernières années, les relations entre Pyongyang et Moscou se sont renforcées, notamment dans le domaine militaire, avec l’envoi de troupes nord-coréennes pour soutenir la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine et des livraisons de technologies militaires russes à la Corée du Nord.
Ce rapprochement avec Moscou permettrait également à Pyongyang de rééquilibrer ses relations avec la Chine, son principal partenaire économique, et d’obtenir un soutien international plus large. Selon Hiraiwa, la Corée du Nord, forte de ses avancées en matière de dissuasion nucléaire et du soutien de la Russie et de la Chine, se positionne désormais pour un affrontement potentiel avec les États-Unis.
À l’approche du sommet américano-chinois prévu en avril, Hiraiwa anticipe une possible rencontre entre Trump et Kim, le président américain considérant la gestion des relations avec la Chine comme une priorité. Quant aux objectifs d’éventuelles négociations entre les États-Unis et la Corée du Nord, Zhao estime que Trump pourrait se contenter d’objectifs « plus limités » que la dénucléarisation complète, la Russie et la Chine ayant de fait accepté le statut nucléaire de Pyongyang.
Selon Zhao, une nouvelle rencontre au sommet servirait les intérêts de Kim Jong Un en réduisant l’isolement international de la Corée du Nord, en normalisant son statut nucléaire, en atténuant les menaces américaines et en créant un environnement plus favorable au développement économique. O’Carroll tempère toutefois cet optimisme, soulignant qu’une convergence substantielle reste difficile et qu’un sommet serait probablement davantage politique que transformationnel.
Les précédentes négociations sur la dénucléarisation entre les États-Unis et la Corée du Nord, qui avaient échoué lors du sommet de Hanoï en 2019 après une première rencontre à Singapour en 2018, illustrent les difficultés à concilier les exigences américaines et les demandes nord-coréennes d’allègement des sanctions.
Hiraiwa souligne enfin que la reprise du dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord pourrait ouvrir la voie à des négociations intercoréennes et à des contacts entre Pyongyang et Tokyo, à condition que les conditions soient réunies. La Corée du Nord pourrait être disposée à dialoguer avec le Japon, notamment dans le cadre des Jeux asiatiques co-organisés par la préfecture d’Aichi et Nagoya en septembre et octobre, afin d’obtenir une aide financière, à condition que Tokyo ne soulève pas la question des enlèvements de ressortissants japonais.
Comme lors des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018, Pyongyang pourrait utiliser cet événement sportif pour améliorer ses relations avec Tokyo. Kim Yong Nam, ancien chef d’État nord-coréen, et Kim Yo Jong, sœur de Kim Jong Un, avaient d’ailleurs assisté à la cérémonie d’ouverture de ces Jeux et rencontré le président sud-coréen de l’époque, Moon Jae In.
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