Publié le 10 octobre 2025 à 17h07. Après six ans de bataille juridique, l’émission d’investigation Zembla a obtenu gain de cause contre le producteur de granulite Granite Import Benelux (GIB), confirmant le droit des journalistes à enquêter sur les pratiques environnementales controversées.
- La Cour suprême a validé les reportages de Zembla sur le déversement de granulite dans les lacs naturels et les risques potentiels pour la santé et l’environnement.
- L’entreprise GIB avait contesté les déclarations d’un expert cité dans l’émission, estimant qu’elles portaient atteinte à sa réputation.
- Cette décision est perçue comme une victoire pour le journalisme d’investigation et la liberté de la presse.
La longue saga judiciaire entre Zembla et GIB a pris fin avec la confirmation par la Cour suprême de la légitimité des reportages diffusés en 2020. L’émission avait mis en lumière les préoccupations concernant le déversement de granulite, un produit résiduel issu du traitement du granit, dans les lacs naturels aux Pays-Bas.
Selon les reportages de Zembla, le liant ajouté à la granulite pour accélérer son dépôt au fond des lacs pouvait présenter des risques pour la santé humaine et l’environnement. L’émission avait également soulevé des questions sur la validité du certificat de produit délivré à GIB par les autorités, estimant qu’il était inapproprié d’appliquer une réglementation relative aux “sols” à ce type de matériau.
Dans un reportage intitulé La décharge près du Rijkswaterstaat (l’administration néerlandaise des voies navigables et des autoroutes), un ancien procureur environnemental avait même affirmé que GIB s’était rendu coupable d’infractions pénales passibles de lourdes sanctions. Suite à ces déclarations, l’entreprise avait intenté une action en justice contre l’expert et contre Zembla, cherchant à faire reconnaître un préjudice à sa réputation.
En 2022, GIB avait remporté une première bataille juridique devant le tribunal de La Haye, qui avait ordonné à Zembla de publier une correction. Le Conseil du journalisme avait également émis un avis critique sur l’émission à cette époque. Cependant, Zembla avait fait appel de cette décision, arguant qu’elle avait agi avec prudence et que la liberté de la presse et l’intérêt public prévalaient sur les intérêts commerciaux de l’entreprise.
Roelof Bosma, rédacteur en chef de Zembla, s’est réjoui de la décision de la Cour suprême :
« La justice, enfin. C’est une grande victoire, non seulement pour l’expert et pour nous, mais pour le journalisme d’investigation dans son ensemble. Cette affaire le montre : on peut avoir les poches aussi profondes en tant qu’entreprise et essayer par tous les moyens de faire taire les médias critiques, mais en fin de compte, la justice et donc la vérité prévalent. »
La Cour suprême a confirmé le verdict en faveur de Zembla, soulignant l’importance de protéger la liberté de la presse et le droit d’enquêter sur des questions d’intérêt public.
