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La Fed et la BCE en bonne position

by Amélie Bernard

La Réserve fédérale américaine va intensifier ses achats de bons du Trésor pour ajuster ses réserves, une stratégie qui n’a pas eu d’impact significatif sur les taux d’intérêt à long terme jusqu’à présent. Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) maintient le cap, sans prévoir de changements de politique monétaire à court terme.

La Fed prévoit désormais d’accroître ses achats de bons du Trésor afin de gérer plus activement ses réserves, une approche qui s’inscrit dans la continuité de sa réflexion actuelle. Cette mesure permettra de poursuivre la réduction de son portefeuille d’obligations adossées à des créances hypothécaires (MBS), tout en compensant cet effet par l’acquisition de bons du Trésor, afin de maintenir un équilibre global sur les réserves bancaires. La Fed dispose d’une marge de manœuvre importante, ses avoirs en bons du Trésor étant actuellement faibles. En réalité, la réduction des MBS se poursuivra, bien que lentement, à un rythme de 15 à 20 milliards de dollars par mois.

Cette stratégie ne constitue pas un véritable resserrement quantitatif (QT), mais plutôt un arrêt de la contraction du bilan de la Fed. L’achat de bons du Trésor agit comme un contrepoids, empêchant le bilan de diminuer. La situation actuelle est marquée par une émission nette importante de bons du Trésor, qui a affecté les conditions du marché monétaire. Les excédents de trésorerie ont augmenté, tandis que les réserves ont diminué, entraînant une pression sur les pensions et une hausse du taux des fonds, en raison de la concurrence pour les placements.

La pression à la hausse sur les pensions – et par conséquent sur le taux de financement au jour le jour garanti (SOFR) – crée une situation de liquidité tendue. Cependant, la position des réserves reste globalement équilibrée, et la Fed ne retire pas de grandes quantités de liquidités du système. Le président Powell a toutefois souligné une augmentation progressive du recours aux opérations de pension, bien que cette tendance reste modérée.

Les taux longs n’ont pas favorablement accueilli ces développements. L’achat de bons du Trésor, pris isolément, n’a pas eu d’effet bénéfique sur les obligations à plus long terme. De plus, les échéances plus longues ont réagi à l’anticipation d’une possible pause dans le cycle de hausse des taux de la Fed en décembre, signalée par le président Powell. Les taux ont légèrement augmenté, passant de presque 4 % à 4,05 %, et semblent orientés à la hausse.

Du côté de la BCE, les marchés ne s’attendent pas à des changements de politique significatifs. La BCE a déjà indiqué qu’elle se considérait dans une « bonne position », avec un taux de dépôt à 2 %. La réunion de la BCE devrait être relativement calme, l’institution ne fournissant pas de nouvelles prévisions. Il est peu probable que la BCE dispose de suffisamment de données nouvelles depuis sa dernière réunion pour justifier une modification de sa politique.

L’hypothèse de travail du marché penche vers un léger assouplissement, mais ce scénario pourrait être trop optimiste. Les prix du marché prévoient une probabilité de 50 % que la BCE réduise ses taux de 25 points de base au cours des 12 prochains mois. Si la BCE devait assouplir sa politique monétaire, que ce soit en raison des conséquences des tarifs douaniers américains, d’un renforcement de l’euro, de la politique française ou d’un retard dans la relance budgétaire allemande, elle ne se contenterait probablement pas d’une seule baisse.

En ce qui concerne son bilan, la BCE dispose encore de temps avant que la question de la réduction des réserves excédentaires ne devienne urgente. Les réserves excédentaires du système bancaire s’élèvent toujours à plus de 2,5 milliards d’euros, ce qui maintient le taux interbancaire à court terme de l’euro (ESTR) en dessous du taux de dépôt. Bien que le dernier taux fixé soit le plus élevé depuis 2021, la pression à la hausse sur les taux courts semble graduelle, et la demande des banques pour les opérations de refinancement de la BCE reste stable. Les opérations de refinancement hebdomadaires s’élèvent à 13,5 milliards d’euros, tandis que les opérations à long terme totalisent 10 milliards d’euros.

Jeudi, la réunion de la BCE sera l’événement central, mais les données économiques pourraient avoir un impact plus important sur les perspectives du marché. La zone euro publiera les données préliminaires du PIB du troisième trimestre, ainsi que les indicateurs de confiance économique. L’Allemagne et l’Espagne publieront également leurs premiers chiffres pour le mois d’octobre. Aux États-Unis, la publication des données du troisième trimestre est retardée en raison de la fermeture administrative, l’attention se portant sur les commentaires de la Fed, notamment ceux du gouverneur Bowman et du président de la Fed de Dallas, Logan. L’Italie lancera une nouvelle émission d’obligations de référence et rouvrira des obligations existantes, pour un total pouvant atteindre 9,5 milliards d’euros, tandis que le Royaume-Uni lancera une adjudication de 1,5 milliard de livres sterling.

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