La future première ministre du Japon pourrait bien incarner un paradoxe : une femme à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), un parti traditionnellement dominé par les hommes, affichant des convictions ultra-conservatrices sur les questions de genre et de société. Sanae Takaichi, 64 ans, a été élue présidente du PLD et pourrait succéder à Yoshihide Suga au poste de Premier ministre.
Mme Takaichi, première femme à occuper ce poste au sein du PLD, parti au pouvoir depuis près de soixante-dix ans, a minimisé les questions de genre durant sa campagne. Cependant, lors de sa première apparition publique en tant que nouvelle présidente, elle a déclaré : « Maintenant que le PLD a sa première présidente, son paysage va un peu changer. »
Élue pour la première fois au Parlement en 1993, dans sa ville natale de Nara, elle a occupé plusieurs postes clés au sein du gouvernement, notamment celui de ministre de la Sécurité économique, de l’Intérieur et de l’Égalité des sexes. Pourtant, les femmes du PLD qui ont accédé à des postes ministériels ont souvent été dissuadées de s’exprimer sur les questions de diversité et d’égalité. Mme Takaichi semble donc s’aligner sur les positions traditionnelles des figures influentes du parti.
Connue pour son éthique de travail acharnée – elle préfère étudier à domicile plutôt que de socialiser – Mme Takaichi a promis de travailler sans relâche pour reconstruire le parti et regagner la confiance du public. Elle a même affirmé qu’elle abandonnerait la notion d’« équilibre entre vie professionnelle et vie privée », déclarant : « Je vais travailler, travailler, travailler et travailler. » Cette déclaration a rapidement suscité des réactions contrastées sur les réseaux sociaux, entre soutien à son enthousiasme et inquiétude face à son approche.
La représentation des femmes en politique japonaise reste faible : elles ne représentent qu’environ 15 % de la Chambre basse du Parlement. Seules deux des 47 préfectures japonaises sont dirigées par des femmes.
Au-delà des questions de genre, Mme Takaichi affiche des positions politiques marquées. Ancienne batteuse dans un groupe de heavy metal et motarde passionnée, elle plaide pour une augmentation des dépenses militaires, une politique fiscale favorisant la croissance, le développement de la fusion nucléaire, le renforcement de la cybersécurité et une politique d’immigration plus stricte. Elle a promis d’augmenter le nombre de femmes ministres dans son gouvernement, mais les experts craignent que cette promesse ne soit pas tenue, compte tenu de sa nécessité de s’aligner sur les poids lourds du parti.
Mme Takaichi a également soutenu des mesures de soutien financier à la santé des femmes et aux traitements de fertilité, dans le cadre d’une politique visant à encourager les femmes à assumer leur rôle traditionnel de mères et d’épouses. Récemment, elle a reconnu ses propres difficultés liées aux symptômes de la ménopause et souligné la nécessité d’éduquer les hommes sur la santé des femmes.
Sur les questions de société, elle soutient la succession masculine au trône impérial, s’oppose au mariage homosexuel et à une révision du Code civil datant du XIXe siècle qui permettrait aux couples mariés de conserver des noms de famille différents. Elle est également considérée comme une révisionniste de l’histoire de la guerre et une fervente défenseure d’une ligne dure envers la Chine.
Ses opinions révisionnistes sur l’histoire pourraient compliquer les relations avec Pékin et Séoul. Sa position belliciste pourrait également fragiliser l’alliance de longue date du PLD avec le Komeito, un parti modéré soutenu par une organisation bouddhiste. Bien qu’elle affirme que la coalition actuelle est cruciale pour son parti, elle se dit ouverte à collaborer avec des groupes d’extrême droite.
