Publié le 25 novembre 2025 à 03h46. Une vague de tests de paternité ADN submerge l’Ouganda, révélant des taux de non-paternité biologiques alarmants et ébranlant les structures familiales traditionnelles.
- Près de 98 % des hommes ayant effectué un test ADN au Laboratoire d’analyse gouvernemental (GAL) ont découvert qu’ils n’étaient pas le père biologique de l’enfant qu’ils pensaient être le leur.
- L’engouement pour ces tests a été déclenché par des affaires de célébrités révélant des paternités contestées, alimentant une crise de confiance nationale.
- Cette situation met en lumière un conflit entre les valeurs traditionnelles africaines et la recherche de certitude scientifique.
L’Ouganda est confronté à une crise silencieuse, mais profonde, liée à la paternité. Les chiffres officiels sont sans appel : le Laboratoire d’analyse gouvernemental (GAL) constate que jusqu’à 98 % des hommes se soumettant à un test ADN découvrent qu’ils ne sont pas le père biologique de l’enfant qu’ils ont élevé. Simon Peter Mundeyi, porte-parole des Affaires intérieures, a confirmé une augmentation significative du nombre de demandes de tests, soulignant le caractère souvent douloureux et tragique des résultats.
Cette flambée des tests de paternité a été amorcée par des révélations fracassantes impliquant des personnalités publiques. L’affaire du député Muhammad Ssegirinya, dont cinq enfants sur neuf se sont avérés ne pas être les siens, a particulièrement marqué les esprits et a semé le doute dans l’opinion publique. Depuis, les centres de tests ADN se multiplient à travers le pays, et la publicité pour ces services est omniprésente. Malgré un coût moyen de 300 dollars américains (environ 9 430 NT$) par test, la quête de la vérité persiste, souvent motivée par des questions d’héritage ou de garde d’enfants en cas de divorce.
Cependant, cette certitude scientifique se heurte à des traditions profondément ancrées. Moses Kutoi, chef de tribu, intervient depuis des années dans des mariages en crise. Il témoigne de la difficulté de remettre en question la filiation dans la culture africaine, où l’on considère que « l’enfant né dans la maison est votre enfant ». Il partage même une expérience personnelle : « Même moi, je ne suis pas comme mon père. » Remettre en question la paternité est un tabou, pouvant même être puni.
Face à cette situation, les chefs religieux appellent à la tolérance. Stephen Kaziimba, archevêque de l’Église anglicane d’Ouganda, a cité des exemples bibliques pour encourager les croyants à faire preuve de compassion et à accepter les enfants, quelles que soient leurs origines.
L’impact de cette crise dépasse le cercle des pères. Des enfants demandent désormais à effectuer des tests pour confirmer leur ascendance, et, plus rarement, des mères se soumettent à ces examens. Simon Peter Mundeyi met en garde : « À moins d’avoir une forte endurance psychologique, ne vous soumettez pas facilement à ces tests. » Cette phrase résume le dilemme déchirant auquel sont confrontées de nombreuses familles ougandaises, tiraillées entre la vérité et l’harmonie. Même Moses Kutoi, en regardant son petit-fils à la peau claire, s’interroge avec un sourire amer : « Est-ce qu’il me ressemble ? » Cette question incarne la lutte contemporaine de l’Ouganda entre tradition et modernité.
(La première image est un diagramme schématique, source : Unsplash)