Publié le 26 octobre 2025 à 07h00. La Chine lance une vaste campagne de censure en ligne visant à réprimer les opinions jugées négatives et les mouvements de contestation discrète, notamment après l’interdiction de plusieurs influenceurs populaires et la suppression de contenus liés à la précarité des jeunes.
- L’Administration du cyberespace chinois (CAC) a lancé une campagne de deux mois pour lutter contre les contenus qui incitent à l’antagonisme et à la violence, ainsi que ceux qui diffusent un sentiment pessimiste.
- Quatre influenceurs majeurs, Hu Chenfeng, Zhang Xuefeng, Lan Zhanfei et Fangzhang, ont été bannis des plateformes chinoises, leurs publications ayant été supprimées.
- La campagne cible également des mouvements comme le « mensonge à plat » (tang ping), les communautés de fans et les trolls en ligne, perçus comme des foyers de négativité.
Pékin intensifie son contrôle sur l’espace numérique, en réponse à un contexte socio-économique difficile marqué par un taux de chômage des jeunes particulièrement élevé. L’Administration du cyberespace chinois (CAC) a annoncé le 22 septembre le lancement d’une campagne de deux mois destinée à éradiquer les contenus jugés incitant à l’antagonisme, à la violence et diffusant un sentiment général de pessimisme. Cette initiative intervient dans un contexte de mécontentement croissant de la jeunesse chinoise face aux difficultés économiques et aux perspectives d’avenir limitées.
Selon le CAC, la campagne s’étend à tous les canaux en ligne, y compris les réseaux sociaux, les plateformes de diffusion vidéo et en direct, les hashtags, les commentaires et les forums de discussion. L’objectif affiché est de stopper la « vente » de l’antagonisme et des sentiments négatifs, comme l’a souligné un commentaire publié par la télévision centrale chinoise.
Dès la semaine suivant l’annonce, quatre influenceurs majeurs ont été interdits d’antenne : Hu Chenfeng, Zhang Xuefeng, Lan Zhanfei et Fangzhang. Ces personnalités, comptant des dizaines de millions d’abonnés sur des plateformes comme Weibo, Weixin, Xiaohongshu, Kuaishou, Douyin et Bilibili, ont vu leurs publications et vidéos supprimées. Le CAC les accuse de promouvoir l’anxiété et l’antagonisme au sein de la société.
Parallèlement, les autorités ont également pris des mesures contre le mouvement du « mensonge à plat » (tang ping), une forme de résistance passive face à la pression sociale et économique. Plusieurs blogueurs vidéo qui documentaient leur mode de vie minimaliste et frugal ont été censurés, leurs contenus ayant été supprimés. Le « mensonge à plat », apparu en 2021, encourage les jeunes à refuser la course à la performance et à adopter un mode de vie plus simple.
Des analystes estiment que cette campagne de censure vise principalement les sous-cultures en ligne de la jeunesse chinoise, en lien direct avec le taux de chômage des jeunes record, qui a atteint 18,9% en août 2025. Ce chiffre, bien que calculé selon une nouvelle méthodologie depuis décembre 2023, témoigne d’une situation économique préoccupante et d’un sentiment de frustration croissant chez les jeunes.
Les influenceurs sous le feu des critiques
Hu Chenfeng, un créateur de contenu populaire, a été critiqué pour avoir divisé les consommateurs en fonction de leur pouvoir d’achat, opposant les utilisateurs d’Apple à ceux d’Android. Ses remarques sur les critères à remplir pour choisir une ville où s’installer – la présence d’un club Sam’s Club, d’un magasin Apple, d’un aéroport international avec des vols directs vers des destinations occidentales et d’au moins dix lignes de métro – ont été perçues comme élitistes et encourageant l’adoption de valeurs occidentales.
Zhang Xuefeng, consultant en éducation et représentant du Congrès populaire provincial du Jiangsu, a été accusé de promouvoir une philosophie éducative utilitariste en proposant une « carte de rêve » coûteuse (17 999 RMB, soit environ 2 530 USD) pour aider les enfants de la classe moyenne à intégrer des universités prestigieuses. Ses critiques voient dans cette approche une exacerbation de l’anxiété et une remise en question des politiques nationales de développement des talents.
Lan Zhanfei, devenu célèbre grâce à ses streams de jeux vidéo, a été critiqué pour avoir transformé son activité en un vlog de voyage ostentatoire, faisant la promotion de l’hédonisme et de la richesse.
Enfin, Fangzhang, dont le vrai nom est Jiang Yucheng, a gagné en popularité sur la plateforme vidéo Kuaishou grâce à ses vidéos humoristiques, mais a ensuite été impliqué dans des querelles et des cyberharcèlements, ce qui a conduit à son interdiction pour intimidation en ligne.
Répression des communautés en ligne
Outre les influenceurs, les communautés en ligne, y compris les adeptes du « mensonge à plat », les trolls et les fan clubs, ont également été visés par la répression. Les autorités chinoises tentent depuis des années de supprimer la propagation du « mensonge à plat », perçu comme une critique du système et des inégalités sociales. Plusieurs blogueurs vidéo promouvant ce mode de vie ont été censurés quelques semaines avant l’annonce de la campagne du CAC.
Le CAC a également mis en garde contre les groupes de trolls, accusés d’organiser et d’inciter à l’antagonisme et à la violence par le biais de pratiques telles que le doxxing (la divulgation d’informations personnelles en ligne). En juillet 2025, un média chinois a révélé l’existence d’une industrie de cyberintimidation structurée en groupes hiérarchiques.
La campagne de censure s’étend également aux discussions sur des sujets sensibles, tels que les conflits domestiques et les relations hommes-femmes. Des commentaires tels que « restez célibataire et sans enfant pour la tranquillité d’esprit » ou « tous les hommes se ressemblent » ont été supprimés, illustrant l’ampleur de la répression.
Selon Simon Luo, professeur singapourien de politique publique, cité par BBC News, cette campagne pourrait se retourner contre elle-même, car le sentiment négatif en Chine est enraciné dans de réels problèmes socio-économiques. Il craint que le contrôle idéologique ne puisse résoudre la stagnation économique ou la concurrence féroce sur le marché du travail, et qu’il ne puisse même aggraver le pessimisme des jeunes.
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