Publié le 12 janvier 2026 à 14h15. L’évolution imprévisible de la politique étrangère américaine sous l’administration Trump suscite de vives inquiétudes en Australie, poussant d’anciens ministres des Affaires étrangères à remettre en question les fondements de l’alliance australo-américaine et le projet de sous-marins AUKUS.
- Deux anciens ministres australiens des Affaires étrangères appellent à une réévaluation urgente de l’alliance avec les États-Unis.
- Les actions récentes de Donald Trump, notamment son intervention au Venezuela et ses menaces envers le Groenland, sont citées comme sources de préoccupation.
- Le pacte AUKUS est particulièrement visé, certains estimant qu’il engage l’Australie dans des conflits qui ne servent pas ses intérêts.
L’Australie doit sérieusement envisager de prendre ses distances avec une Amérique jugée de plus en plus erratique et peu fiable, alertent Bob Carr et Gareth Evans, d’anciens chefs de la diplomatie australienne. Ces critiques interviennent après l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis et les récentes déclarations de Donald Trump concernant le Groenland.
Bob Carr, ministre des Affaires étrangères de 2012 à 2013, estime que l’administration Trump a abandonné toute prétention à défendre des valeurs universelles ou un ordre mondial fondé sur des règles. Il décrit les États-Unis comme un allié « farouchement imprévisible » qui privilégie sans complexe ses propres intérêts nationaux.
« Notre allié américain est farouchement imprévisible et se consacre impitoyablement aux intérêts nationaux américains, sans aucune prétention d’être attaché aux valeurs universelles ou à un ordre mondial fondé sur des règles. »
Bob Carr, ancien ministre australien des Affaires étrangères
Gareth Evans, qui a dirigé le ministère des Affaires étrangères entre 1988 et 1996, partage ces inquiétudes. Il dénonce un manque de respect flagrant du droit international et des intérêts des alliés de la part de l’administration américaine. Il appelle à une réévaluation du pacte AUKUS, estimant qu’il engage l’Australie dans des dépenses considérables pour une capacité de défense qui pourrait, paradoxalement, susciter des conflits plutôt que de les prévenir.
« C’est un signal d’alarme qui ne peut plus être ignoré par le gouvernement australien. Il est maintenant plus que temps d’abandonner le projet de sous-marin AUKUS et de construire notre capacité de défense dans nos propres intérêts, et non dans ceux d’États-Unis désormais totalement peu fiables. »
Gareth Evans, ancien ministre australien des Affaires étrangères
Les actions récentes de Donald Trump, notamment le lancement de frappes aériennes et d’un raid au Venezuela qui ont conduit à la capture de Nicolás Maduro début janvier, ainsi que ses menaces d’annexion du Groenland, ont particulièrement alarmé les observateurs. Trump a déclaré que les États-Unis prendraient des mesures en Groenland « qu’ils le veuillent ou non ».
Le gouvernement australien, dirigé par Anthony Albanese, n’a pas publiquement critiqué ces actions ou ces déclarations. Il s’est contenté de suivre la situation de près et d’appeler au respect du droit international et à une « transition pacifique et démocratique » au Venezuela.
Carr a également exprimé son scepticisme sur les réseaux sociaux, suggérant que l’alliance avec les États-Unis pourrait avoir atteint sa limite. Evans, quant à lui, souligne que les actions récentes de Trump « mettent hors de tout doute que son Amérique n’a aucun respect pour le droit international, la moralité et les intérêts de ses alliés et partenaires ».
L’accord AUKUS, conclu entre les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, a été approuvé par Trump lors d’une rencontre avec Albanese à Washington en octobre. Cependant, il fait l’objet d’un examen par le Pentagone depuis l’arrivée de la nouvelle administration américaine. L’Australie s’est engagée à investir plus de 4,5 milliards de dollars (environ 3,3 milliards d’euros) pour renforcer la capacité de construction navale des États-Unis.
Par ailleurs, les États-Unis se sont retirés de 66 organisations internationales et de traités en janvier, y compris des commissions des Nations Unies chargées du maintien de la paix et du droit international.
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