Le Conseil d’État vaudois a rencontré les syndicats de la fonction publique le 28 octobre 2026 à Lausanne pour leur présenter des coupes budgétaires de 100 millions de francs. Face au refus du gouvernement d’utiliser ses réserves financières, les organisations syndicales ont annoncé leur intention de saisir l’organe de conciliation.
L’acceptation par les urnes, le 27 septembre 2026, de l’initiative populaire pour une baisse de 12 % de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune a provoqué une onde de choc financière dans le canton de Vaud. Ce scrutin, qui a recueilli un taux de participation de 49,9 % et une approbation de 53,1 %, prive le canton de 272 millions de francs de recettes fiscales. Le Conseil d’État vaudois a rencontré mercredi les représentants des syndicats de la fonction publique afin d’exposer les mesures d’ajustement élaborées pour combler ce manque à gagner sans retarder le calendrier budgétaire.
Le bras de fer entre le Conseil d’État et les syndicats
La rencontre entre la délégation gouvernementale et les trois syndicats de la fonction publique — la Fédération des Sociétés de fonctionnaires (FSF), le Syndicat des services publics (SSP) et la Fédération syndicale SUD — n’a permis aucun rapprochement. Les syndicalistes reprochent au gouvernement de maintenir intégralement 100 millions de francs de coupes budgétaires supplémentaires tout en refusant de négocier sur le fond.

Il n’y a pas grand-chose de nouveau sous le soleil. Le Conseil d’Etat nous a informés sur les coupes prévues. Mais il n’y a pas vraiment eu d’échanges et encore moins de négociations en tant que telles. On est en désaccord, notamment sur notre exigence que l’Etat utilise ses réserves financières avant toute réduction des prestations.
Raphaël Ramuz, secrétaire syndical au SSP Vaud
Le gouvernement cantonal a opposé une fin de non-recevoir à la demande syndicale d’utiliser les réserves financières de l’État pour éponger la baisse des rentrées fiscales. Le Conseil d’État précise que le dialogue social se poursuit. Il rappelle également que les mesures d’économies annoncées le 7 octobre ne prévoient aucune baisse de salaires et préservent les annuités du personnel de l’administration cantonale, tout en envisageant une indexation des salaires dont le taux sera fixé après la publication de l’indice des prix à la consommation d’octobre.
La conciliation saisie et la manifestation du 5 novembre en préparation
Faute d’avoir obtenu gain de cause lors des discussions, la riposte syndicale s’organise sur le plan institutionnel et dans la rue. Les représentants du personnel ont confirmé leur intention de saisir l’organe de conciliation et d’arbitrage dès la semaine de la réunion. Cette démarche précède une mobilisation d’envergure prévue le 5 novembre à Lausanne, date à laquelle la fonction publique et le secteur parapublic manifesteront pour faire entendre leurs revendications avant les débats du Grand Conseil.
Du côté du gouvernement, l’incertitude autour de la décision concernant l’indexation des salaires, attendue le 4 novembre, fait planer le risque d’un envenimement du conflit social, un an après la mobilisation historique qui avait rassemblé de nombreuses personnes dans les rues de la capitale vaudoise.

Le Grand Conseil s'oppose sur le budget 2027
Les répercussions du scrutin de septembre continuent d’agiter l’hémicycle cantonal. Le projet de budget 2027, qui présente un déficit initial de 356 millions de francs, intègre déjà 65 millions de coupes d’économies de sa première mouture, auxquels s’ajoutent les 100 millions d’économies supplémentaires et 172 millions de revenus extraordinaires mobilisant réserves et tranche de la Banque nationale suisse (BNS).
Au Grand Conseil, les visions s’opposent frontalement sur la méthode à suivre pour absorber le choc des 272 millions de francs de pertes fiscales.
- La gauche radicale, par la voix du député Pierre Conscience (Ensemble à gauche & POP), soutient que la population n’a pas exprimé la volonté de réduire les recettes globales de l’État et exige de compenser le manque à gagner par de nouvelles hausses fiscales sur les bénéfices, les capitaux, les successions ou les droits de mutation.
- La droite parlementaire s’oppose fermement à toute hausse d’impôts additionnelle. Le chef du groupe PLR Nicolas Suter a rejeté une interprétation qu’il juge discutable du vote populaire, tandis que le député UDC Romain Belotti estime que ce scrutin constitue un signal clair pour que le canton cesse de vivre au-dessus de ses moyens et maîtrise ses charges.