Publié le 21 octobre 2025 00:09:00. Alors que l’Argentine est confrontée à une crise économique persistante et à quelques jours des élections législatives, le gouvernement a annoncé des négociations pour restructurer sa dette souveraine via un mécanisme innovant impliquant JP Morgan, dans l’espoir d’obtenir des financements à moindre coût et de libérer des fonds pour l’éducation.
- Le gouvernement argentin négocie un rachat de dette souveraine avec JP Morgan, visant à réduire les coûts de financement.
- L’opération, surnommée « Dette pour l’Éducation », prévoit de réinvestir les économies réalisées dans le secteur éducatif.
- Cette annonce intervient dans un contexte de tensions sur les marchés des changes et de craintes liées au remboursement de la dette à court terme.
Dans un contexte de réserves de trésorerie limitées et à l’approche cruciale des élections législatives de dimanche, l’administration actuelle mise sur une opération financière complexe pour apaiser les inquiétudes des marchés et démontrer son engagement envers les priorités sociales. L’objectif principal est de réduire le fardeau de la dette et de dégager des ressources pour l’éducation, un secteur souvent négligé dans les budgets récents.
Selon Pablo Quirno, secrétaire aux Finances, cette initiative, communément appelée « Dette pour l’Éducation », consiste à racheter la dette souveraine argentine sur le marché et à la remplacer par un financement à des taux plus avantageux, grâce au soutien d’agences et d’organisations multilatérales. JP Morgan a été désignée comme la banque chargée de faciliter ce processus.
« Cette opération consiste à racheter la dette souveraine argentine sur le marché et à la remplacer par un financement à des taux plus bas, grâce au soutien d’agences et d’organisations multilatérales. JPMorgan a été nommé en tant que banque qui nous aidera dans ce processus. »
Pablo Quirno, secrétaire aux Finances
Des discussions sont en cours avec la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) pour obtenir des garanties de remboursement, bien que ces négociations soient encore à un stade préliminaire. JP Morgan serait chargée d’identifier les prêteurs potentiels. Le ministère de l’Économie et la banque américaine ont tous deux décliné tout commentaire sur cette opération.
L’annonce a eu un impact immédiat sur les marchés. Le dollar de gros a clôturé à 1 477 pesos argentins et le dollar de détail à 1 495 pesos argentins, enregistrant des augmentations respectives de 5,9 % et 1,4 %. Les obligations ont initialement baissé, mais ont ensuite rebondi après les déclarations de Quirno, clôturant avec des variations mitigées, allant de +1,8 % à -2 %. Un analyste privé a qualifié la situation de « gifle de noyade ».
Depuis trois semaines, le gouvernement multiplie les annonces pour tenter d’éviter une dévaluation et de calmer les craintes de défaut de paiement, notamment en prévision du remboursement de 4,5 milliards de dollars de dette en janvier prochain. L’intervention du Trésor américain, à hauteur d’environ 400 millions de dollars, n’a cependant pas suffi à enrayer la hausse du dollar.
L’équipe de Sergio Massa, candidat à la présidence, cherche à annuler la dette en empruntant à des taux inférieurs auprès de Wall Street. Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, avait déjà évoqué la possibilité d’un rachat de dette argentine il y a quelques semaines, une proposition qui avait suscité des critiques aux États-Unis. Cette nouvelle approche implique désormais l’intervention directe des banques.
Le mécanisme envisagé pourrait prendre la forme d’émissions de garanties de remboursement par des organisations multilatérales, de prêts garantis à l’Argentine ou d’émissions d’obligations par des banques commerciales, permettant ainsi au gouvernement de racheter sa dette sur le marché à un coût réduit. Les bénéfices réalisés grâce à cette opération seraient ensuite alloués à des fonds dédiés à l’éducation.
Miguel Kiguel, ancien secrétaire aux Finances et directeur d’Econviews, a expliqué que
« La dette qu’ils vont acheter est en dollars, ils vont leur donner des dollars et ils vont réduire la dette en dollars. Cela leur fera un profit parce qu’ils achètent une obligation 2035 à prix réduit, aujourd’hui elle est cotée à 58 dollars, ils gagnent 42 cents pour la plus-value et cet argent, lorsqu’ils le calculent comme profit et excédent budgétaire, ils l’utilisent pour financer les dépenses d’éducation. »
En juin dernier, la Banque centrale avait conclu un prêt REPO de 2 milliards de dollars auprès de cinq banques, dont JP Morgan, à un taux annuel de 8,25 % en dollars sur deux ans. À l’époque, le risque pays était d’environ 666 points de base, tandis qu’il dépasse aujourd’hui les 1 000 points, ce qui équivaut à un taux de 14 % en dollars. Face à ces conditions défavorables, le gouvernement explore désormais d’autres voies pour obtenir des financements en dollars.
Un précédent similaire existe avec le prêt quinquennal de 400 millions d’euros accordé à la Côte d’Ivoire en décembre dernier, dans le but d’améliorer son profil d’endettement et d’investir dans l’éducation. Il s’agissait du premier échange de dette de ce type soutenu par la Banque mondiale, permettant de racheter une dette à taux d’intérêt élevé par un prêt commercial à des taux plus bas, avec une échéance et un délai de grâce plus longs. D’autres cas similaires ont été observés au Salvador avec l’Espagne, au Cameroun avec la France et en Égypte avec l’Allemagne. En 2022, l’Uruguay a émis sa première obligation souveraine arrivant à échéance en 2034, liée à la réalisation d’objectifs climatiques, et en 2023, l’Équateur a procédé à un échange de « dette contre conservation » aux Galapagos, impliquant l’achat d’obligations pour 1,63 milliard de dollars avec un prêt garanti par la BID.
Selon Quirno, les économies réalisées grâce à cette opération seront consacrées à la consolidation des investissements éducatifs à long terme, réaffirmant ainsi l’engagement du gouvernement envers le développement du capital humain et l’avenir des Argentins. À sept jours des élections, cette annonce met l’accent sur l’éducation, un domaine qui, selon l’IARAF, connaîtra une réduction de 45 % de ses dépenses réelles en 2026 par rapport à 2023, en tenant compte de l’inflation.
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