Publié le 6 janvier 2026 à 14h00. Des chercheurs suédois ont mis au point une technologie d’affichage révolutionnaire, surnommée « papier électronique Retina », capable d’atteindre une résolution comparable à celle de l’œil humain, ouvrant la voie à des écrans de réalité virtuelle et augmentée plus performants et moins énergivores.
- Le « papier électronique Retina » affiche des images couleur réalistes avec plus de 25 000 pixels par pouce (environ 635 pixels par centimètre).
- Cette technologie électrochrome consomme très peu d’énergie (1,7 milliwatts par centimètre carré en lecture vidéo) et conserve les couleurs affichées pendant des dizaines de minutes même après extinction.
- Les chercheurs ont démontré la capacité de cette technologie en reproduisant avec une résolution exceptionnelle « Le Baiser » de Gustav Klimt sur une surface minuscule.
L’histoire de la réalité virtuelle est jalonnée d’innovations prématurées. Au milieu des années 1990, Nintendo avait tenté de lancer le Virtual Boy, une console présentée comme une expérience de réalité virtuelle. Cet appareil projetait des images stéréoscopiques en rouge et noir dans deux ouvertures, créant une illusion de profondeur grâce à des écrans linéaires et des miroirs de 1 x 224 pixels. Malgré son caractère novateur pour l’époque, le Virtual Boy n’a été commercialisé qu’à 22 000 exemplaires et a disparu après seulement un an de production.
Il a fallu attendre le milieu des années 2010 et l’arrivée d’Oculus VR et de son casque Rift pour assister à l’émergence de systèmes de réalité virtuelle de haute qualité accessibles au grand public. Au cours de la dernière décennie, la technologie a connu des progrès considérables, tant en réalité virtuelle qu’en réalité augmentée. L’Apple Vision Pro, récemment équipé de la puce M5 pour une puissance accrue, représente l’un des fleurons de ce secteur, bien que son prix reste prohibitif pour de nombreux consommateurs. Néanmoins, même les écrans les plus performants restent encore en deçà de la capacité de perception de l’œil humain.
C’est dans ce contexte que les travaux de l’équipe suédoise prennent tout leur sens. Le « papier électronique Retina » est capable d’afficher des images couleur réalistes avec des pixels plus petits qu’un seul photorécepteur humain. Jusqu’à présent, les ingénieurs rencontraient des difficultés à compresser les pixels, ce qui entraînait une fusion des couleurs, une réduction de la luminosité et des coûts de fabrication élevés. Les écrans émissifs, utilisés dans la plupart des appareils actuels, sont particulièrement sensibles à cette problématique lorsque la taille des pixels est réduite à environ un micromètre.
L’objectif des scientifiques était de développer un affichage capable de rivaliser avec la précision de l’œil humain, nécessitant la production de plus de 23 000 pixels par pouce (environ 635 pixels par centimètre), soit la densité de photorécepteurs présente dans la rétine humaine. L’équipe a non seulement atteint cet objectif, mais l’a dépassé, en atteignant une densité de plus de 25 000 pixels par pouce. Ce résultat a été obtenu grâce à l’utilisation de disques de trioxyde de tungstène (WO₃) qui reflètent des couleurs spécifiques (rouge, vert et bleu) lorsqu’ils sont activés par de faibles impulsions électriques.
Le WO₃ est un matériau électrochrome, c’est-à-dire qu’il modifie ses propriétés optiques en fonction de la présence d’ions, comme le lithium. Cette propriété permet d’activer ou de désactiver un pixel, modifiant ainsi sa couleur ou sa luminosité sans consommer d’énergie supplémentaire. Ainsi, le « papier électronique Retina » ne consomme que 1,7 milliwatts par centimètre carré lors de la lecture d’une vidéo, et environ 0,5 milliwatt pour les images fixes.
Pour démontrer l’efficacité de leur technologie, les chercheurs ont reproduit « Le Baiser » de Gustav Klimt sur une surface de 1,4 x 1,9 millimètre (soit un quatre millième de la surface d’un écran de smartphone), avec une résolution exceptionnelle. Ils ont également imprimé une image en couleur d’un papillon et créé une illusion 3D avec des canaux de couleur différents pour chaque œil, prouvant ainsi la capacité du système à gérer des images complexes et dynamiques.
Selon Andreas Dahlin, professeur à l’Université de technologie Chalmers,
« Chaque pixel équivaut approximativement à un photorécepteur dans l’œil. Les humains ne peuvent rien voir au-delà de cette résolution. »
Andreas Dahlin, professeur à l’Université de technologie Chalmers
Kunli Xiong, auteur principal de l’étude et professeur agrégé à l’Université d’Uppsala, estime que cette technologie
« pourrait élargir les horizons créatifs, faciliter la collaboration à distance et même accélérer la recherche scientifique. »
Kunli Xiong, professeur agrégé à l’Université d’Uppsala
Grâce à ses caractéristiques, le « papier électronique Retina » présente un fort potentiel pour les systèmes de réalité virtuelle et augmentée, où la faible consommation d’énergie et la légèreté des écrans sont des atouts essentiels. Les chercheurs envisagent déjà des appareils miniatures dont l’écran ne serait pas plus grand que la pupille humaine, mais capables d’offrir un large champ de vision avec une acuité comparable à celle de l’œil humain.


Des yeux humains sur les écrans de télévision | Image à titre indicatif
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