Home AffairesL’économie mondiale ne peut pas faire face à une main-d’œuvre en diminution

L’économie mondiale ne peut pas faire face à une main-d’œuvre en diminution

by Amélie Bernard

La démographie mondiale est à un tournant : alors que la population continue de croître, un déclin de la fécondité dans de nombreuses régions du monde pourrait avoir des conséquences économiques majeures, voire plus graves que la déflation. La Chine, le Japon et l’Europe sont déjà confrontés à des défis démographiques qui menacent leur croissance future.

Les démographes s’accordent à dire qu’un indice synthétique de fécondité (ISF) d’au moins 2,1 naissances par femme est nécessaire pour maintenir une population stable, en tenant compte de la mortalité infantile. En 2023, l’ISF mondial était de 2,24, mais ce chiffre est trompeur : hors Afrique, il descend en dessous de 2,0. La plupart des pays industrialisés avancés affichent déjà un ISF inférieur à ce seuil, et la tendance s’accentue. En 2025, on prévoit que ce sera le cas pour l’ensemble de ces nations.

Aucun pays développé n’a réussi à maintenir un ISF supérieur à 2,1 sur le long terme. Depuis 1995, les pays les plus riches du monde ont vu leur taux de fécondité chuter à une moyenne de 1,6 naissance par femme, atteignant un point bas historique de 1,5 entre 2020 et 2025. Si l’Afrique connaît une croissance démographique soutenue, le reste du monde voit sa population se réduire.

Cette situation est particulièrement préoccupante en Asie. La Chine, après avoir abandonné sa politique de l’enfant unique, peine à inverser la tendance. Les jeunes couples chinois privilégient désormais leur carrière et leurs revenus à la parentalité. De plus, la politique de l’enfant unique a eu des conséquences inattendues : un déséquilibre démographique avec une surreprésentation des hommes, due à des pratiques de sélection du sexe par avortement. Entre 2002 et 2008, on comptait 118 naissances de garçons pour 100 naissances de filles. En 1996, un foyer chinois typique était composé de sept personnes – quatre grands-parents, deux parents et un enfant unique – une structure financièrement insoutenable à long terme.

Le Japon connaît également un déclin démographique, limitant sa capacité de croissance économique. Le vieillissement de la population pose un problème majeur : moins de jeunes travailleurs sont disponibles pour financer les retraites et les soins de santé d’une population âgée et de plus en plus dépendante.

L’Europe n’est pas en meilleure posture, avec un ISF moyen de seulement 1,4 enfant par femme. Bien que disposant de systèmes de protection sociale plus généreux, elle dépend de plus en plus des États-Unis pour assurer sa sécurité, une situation qui pourrait évoluer avec la politique isolationniste du président Trump.

Les États-Unis, grâce à une assimilation plus rapide des immigrés et à des taux de natalité plus élevés dans certaines régions conservatrices, affichent une situation plus favorable. Cependant, les nouvelles restrictions à l’immigration et l’expulsion des travailleurs sans papiers pourraient créer une pénurie de main-d’œuvre pour les industries qui se relocalisent.

Au-delà de ces tendances, un autre défi se profile : la pérennité des systèmes de sécurité sociale. Ces systèmes reposent sur un pacte intergénérationnel, où les travailleurs actifs financent les prestations des retraités. Or, avec la baisse de la fécondité et l’évolution des modes de vie – moins de mariages, moins d’enfants, et une précarisation de l’emploi – il devient de plus en plus difficile de garantir le financement de ces prestations futures.

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