Un plan de paix en 28 points pour l’Ukraine, proposé par les États-Unis, suscite des réactions mitigées au sommet du G20 en Afrique du Sud. Si les dirigeants occidentaux y voient une base de discussion, l’Ukraine exprime de vives inquiétudes face aux concessions territoriales et à la remise en question de ses alliances.
Les représentants de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, des Pays-Bas, de l’Espagne, de la Finlande, de l’Italie, du Japon et de la Norvège ont déclaré dans un communiqué commun que ce projet, transmis à Kyiv et à Moscou cette semaine, contenait « des éléments importants qui seront essentiels pour une paix juste et durable ». Ils estiment toutefois qu’il « nécessitera un travail supplémentaire ».
Selon un document divulgué par un politicien ukrainien de l’opposition et confirmé par un responsable de la Maison Blanche, le plan de paix américain impliquerait une renonciation de l’Ukraine à la région du Donbass et à la Crimée, ainsi qu’à son ambition d’adhérer à l’OTAN. Il répondrait ainsi à plusieurs revendications de longue date de Moscou, tout en offrant des garanties de sécurité limitées à Kyiv.
Cette proposition a immédiatement provoqué des remous. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti vendredi que son pays pourrait être confronté à un choix difficile : défendre sa souveraineté ou conserver le soutien américain indispensable. « Nous savons tous comment et pourquoi des millions de nos concitoyens sont morts, sont morts de faim et des millions ne sont jamais nés. Et nous nous défendons une fois de plus contre la Russie, qui n’a pas changé et qui apporte à nouveau la mort », a-t-il déclaré samedi, lors de la commémoration de l’Holodomor, la grande famine imposée par Staline dans les années 1930.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a souligné lors du sommet que « les grandes puissances ne peuvent pas mettre fin aux guerres au-dessus des têtes des pays touchés », insistant sur la nécessité de garanties solides pour l’Ukraine.
L’ancien président américain Donald Trump, qui a boycotté le sommet, a déclaré qu’il souhaitait une réponse de Zelensky d’ici le jour de Thanksgiving (23 novembre 2023), tout en laissant la porte ouverte à une prolongation. Il a affirmé que son administration avait élaboré un plan pour mettre fin au conflit, mais a ajouté que Zelensky devait l’accepter. « À un moment donné, il devra accepter quelque chose », a-t-il déclaré, laissant entendre que l’Ukraine pourrait devoir faire des concessions.
Cependant, des sénateurs américains ont semé le doute sur l’origine réelle du plan. Selon le secrétaire d’État Marco Rubio, cité par les sénateurs Jeanne Shaheen, Mike Rounds et Angus King, il ne s’agirait pas d’une initiative américaine, mais plutôt d’une « liste de souhaits des Russes ». Rubio a par la suite démenti ces affirmations, affirmant que le plan avait été rédigé par les États-Unis, en s’appuyant sur les contributions de la Russie et de l’Ukraine.
Une délégation ukrainienne se rendra en Suisse pour discuter de la proposition avec des représentants américains. Par ailleurs, des envoyés de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et de l’UE devraient rejoindre les négociateurs ukrainiens à Genève dimanche. Le président russe Vladimir Poutine a reconnu avoir reçu le texte du plan, estimant qu’il pourrait constituer « la base d’un accord de paix final », mais a déploré le manque de discussions substantielles à ce stade, imputant cela à l’incapacité de l’administration américaine à obtenir l’accord de Kyiv.
Dans leur déclaration commune, les dirigeants occidentaux ont réaffirmé leur position sur le principe de l’intangibilité des frontières par la force et ont exprimé leur inquiétude quant aux limitations proposées pour les forces armées ukrainiennes, qui pourraient rendre le pays vulnérable à de futures agressions.
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