Publié le 2 novembre 2023 18:32:00. L’Union européenne a finalement adopté un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040, mais a intégré des mécanismes controversés permettant d’atténuer cet engagement, à l’approche de la COP30 au Brésil.
- L’UE s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 90 % par rapport aux niveaux de 1990, avec la possibilité de compenser jusqu’à 5 points de pourcentage via l’achat de crédits carbone à l’étranger.
- Un objectif intermédiaire de réduction des émissions de 66,25 à 72,5 % est également prévu pour 2035.
- Le lancement du nouveau système d’échange de quotas d’émission (ETS2) pour les transports et le chauffage est repoussé à 2028.
Après plus de 18 heures de négociations acharnées à Bruxelles, les ministres européens de l’Environnement ont réussi à trouver un compromis sur l’objectif climatique pour 2040. L’accord, conclu mercredi, prévoit une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cependant, cet objectif sera en partie atteint grâce à l’acquisition de certificats climatiques auprès de pays tiers, une mesure qui a suscité de vives critiques.
En réalité, cet artifice pourrait ramener la réduction effective des émissions de l’UE à 85 %. Les ministres se sont également entendus sur un objectif intermédiaire pour 2035, fixant une fourchette de réduction des émissions entre 66,25 % et 72,5 %. Par ailleurs, le déploiement du nouveau système d’échange de quotas d’émission (ETS2), destiné à inclure les secteurs des transports et du chauffage, a été repoussé à 2028.
La Commission européenne avait initialement proposé une réduction de 90 % des émissions, avec une marge maximale de 3 % pour l’utilisation de certificats provenant de pays extérieurs à l’UE. L’accord final est le fruit de concessions importantes, face à l’opposition de pays tels que la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie, qui ont voté contre le compromis, sans toutefois parvenir à bloquer la majorité qualifiée nécessaire à son adoption.
L’UE souhaitait se doter d’un objectif climatique ambitieux avant la conférence mondiale sur le climat, la COP30, qui se tiendra au Brésil le 6 novembre. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, y rencontrera d’autres chefs d’État et de gouvernement. Selon la ministre espagnole de l’Environnement, Sara Aagesen,
« Nous avons beaucoup à perdre. Nous risquons de perdre notre rôle de leader international. »
Sara Aagesen, ministre espagnole de l’Environnement
Le ministre autrichien de l’Environnement, Norbert Totschnig, s’est félicité de cet accord, soulignant qu’il permet à l’UE de maintenir sa compétitivité tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles importées.
« À mon avis, c’est un signal très clair et fort que l’Europe apportera à la COP30 à Belem. »
Norbert Totschnig, ministre autrichien de l’Environnement
L’organisation environnementale WWF a, quant à elle, dénoncé un « compromis pourri ». Selon Reinhard Uhrig, porte-parole du WWF pour le climat,
« La réduction promise des émissions de 90 % d’ici 2040 est édulcorée par des astuces et des clauses. La politique permet des failles coûteuses et des solutions fictives telles que l’achat de certificats. En outre, il existe de nouvelles passerelles pour des ralentissements et des blocages afin d’empêcher une véritable protection du climat. »
Reinhard Uhrig, porte-parole du WWF pour le climat
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