Publié le 2025-12-02 12:22:00. La fin d’une ère monétaire se profile : la remontée des taux d’intérêt au Japon, après des décennies de liquidités bon marché, exerce une pression croissante sur les marchés émergents, notamment en Amérique latine, et pourrait déstabiliser les stratégies de financement à l’œuvre depuis des mois.
- Le rendement des obligations japonaises à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2008, signalant un tournant monétaire imminent.
- L’appréciation du yen et l’évolution de la courbe des taux japonais pourraient générer une volatilité accrue sur les devises et les dettes souveraines latino-américaines.
- Les économistes avertissent que le Japon n’est plus la source inépuisable de liquidités à bas coût qu’il a été par le passé.
Après des décennies de politique monétaire ultra-accommodante, le Japon semble s’apprêter à modifier sa stratégie. Le rendement des obligations d’État japonaises à 10 ans a franchi un seuil symbolique, atteignant son plus haut niveau depuis 2008. Ce mouvement renforce les anticipations d’un changement de cap de la Banque du Japon (BoJ) dès le mois de décembre, mettant fin à une époque où le pays offrait des liquidités à des conditions exceptionnellement favorables.
Ce revirement de la BoJ, conjugué à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, complexifie le paysage financier mondial. L’Amérique latine, qui a largement bénéficié de financements en yens à faible coût, commence à ressentir les premières secousses de ce nouvel environnement. La région est désormais confrontée à une période d’incertitude, où l’appréciation du yen et l’évolution de la courbe des taux japonais pourraient engendrer une volatilité accrue sur les marchés des changes, les taux d’intérêt et les dettes souveraines.
« Le changement clé est que le Japon n’est plus la source inépuisable de liquidités bon marché qu’il a été pendant des décennies. »
Jonathan Fortun, économiste à l’Institut de la Finance Internationale (IIF)
Selon Jonathan Fortun, même si le yen reste autour de 150 pour un dollar, le message de la Banque du Japon est clair : l’ère du financement quasi gratuit touche à sa fin.
L’impact de cette évolution se fait déjà sentir sur les flux de capitaux. Au cours de la première partie de l’année, les stratégies de carry trade dans la région ont été favorisées par des taux d’intérêt locaux attractifs et des financements japonais abondants et bon marché. Mais cette fenêtre d’opportunité semble se refermer.
Ignacio Mieres, responsable de la recherche chez XTB Latam, estime que le marché anticipe déjà un durcissement de la politique monétaire de la BoJ. Il observe que la banque centrale a déjà réduit ses achats d’obligations d’État et se prépare à relever ses taux d’intérêt dans un contexte de relance budgétaire.
Juan Camilo Quintana, analyste financier, souligne que l’appréciation du yen et la perspective d’une hausse des taux d’intérêt au Japon pourraient entraîner le démantèlement des opérations de carry trade, exerçant ainsi une forte pression sur les actifs à risque en Amérique latine.
Felipe Campos, directeur de recherche chez Alianza Valores, considère ce phénomène comme un changement structurel plus profond. Il explique que l’obligation japonaise représente un monde où le risque était minime et les rendements suffisants, un monde qui s’éloigne progressivement.
« La hausse des obligations est une nouvelle confirmation que nous entrons dans un autre monde. »
Felipe Campos, directeur de recherche chez Alianza Valores
Un seuil psychologique de 2 % sur l’obligation japonaise est perçu comme un point de bascule. Selon Campos, si ce niveau est franchi, le marché ne pourra l’ignorer.
Quintana met en garde sur le fait que l’appréciation du yen rendra plus coûteux le remboursement de la dette pour les investisseurs, ce qui pourrait entraîner des sorties de capitaux de la région.
Pour Fortun, le changement de régime de la monnaie qui finance une grande partie des opérations de carry trade mondiales entraîne une réorganisation de l’ensemble des flux financiers. Des devises comme le peso colombien ou le real brésilien, qui ont enregistré des gains par rapport au dollar au cours des trois premiers trimestres de 2025, ont été soutenues par des afflux vers les actifs locaux.
Les obligations souveraines en dollars ont également bénéficié d’une compression des spreads, en partie grâce à la perception d’une résilience budgétaire dans certains pays et à des rendements relatifs élevés. Mais l’évolution de la courbe des taux japonais introduit un nouveau facteur de risque qui pourrait freiner cette dynamique. Avec un coût global du capital plus élevé, les spreads latino-américains pourraient s’élargir.
Mieres souligne que le renforcement du yen et la hausse des coûts de financement rendent plus coûteux le maintien des positions à effet de levier, ce qui pourrait entraîner une volatilité accrue des taux de change et des courbes de taux locales.
Il insiste sur le fait que cette volatilité ne résulte pas de faiblesses locales, mais du nouvel environnement mondial. Le marché exige désormais une prime de risque plus élevée pour investir sur les marchés émergents, ce qui signifie que toute surprise macroéconomique pourrait être amplifiée par les taux de change.
Les banques centrales de la région sont confrontées à un dilemme complexe. Bien que beaucoup aient maintenu des taux réels élevés pour lutter contre l’inflation, leur marge de manœuvre se réduit. Le nouveau coût du capital exige une plus grande discipline budgétaire et politique, en particulier face à une base d’investisseurs plus sensible.
En conclusion, bien que l’Amérique latine puisse bénéficier d’un environnement favorable à la hausse des prix des matières premières, les risques liés à la fin de l’ère des taux d’intérêt quasi nuls au Japon sont réels et nécessitent une gestion prudente.
La Banque du Japon évoque la possibilité d’une hausse des taux en décembre
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