Publié le 19 novembre 2025 à 11h46. La suspension par les Pays-Bas de la prise de contrôle d’un fabricant de puces chinois, au cœur d’une crise diplomatique avec Pékin, vise à apaiser les tensions et à garantir l’approvisionnement de l’industrie automobile européenne, menacée de perturbations majeures.
- Les Pays-Bas ont suspendu leur décision de prendre le contrôle du fabricant de puces Nexperia, en signe de bonne volonté envers la Chine.
- Cette suspension intervient après que la Chine a levé une interdiction d’exportation de puces Nexperia, qui avait perturbé les chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile mondiale.
- Le gouvernement néerlandais se réserve le droit de réactiver la prise de contrôle si la production ou la propriété intellectuelle sont à nouveau menacées.
La crise avait débuté le 30 septembre avec l’annonce de la volonté des Pays-Bas de prendre le contrôle de Nexperia, une filiale du groupe chinois Wingtech Technology. Cette décision, justifiée par des préoccupations de sécurité nationale et la nécessité de protéger l’approvisionnement en semi-conducteurs, avait provoqué une réaction immédiate de Pékin. La Chine avait alors interdit les exportations de puces Nexperia, dont une part importante du processus de finition et d’emballage se déroule sur son territoire.
Cette interdiction avait rapidement eu des conséquences sur l’industrie automobile mondiale, avec des arrêts de production signalés au Mexique et des avertissements de constructeurs européens, qui craignaient de devoir stopper leur production en quelques jours. Volkswagen et Honda avaient notamment exprimé leur inquiétude face à la pénurie potentielle de composants essentiels.
Le 9 novembre, la Chine avait levé l’interdiction d’exportation, permettant ainsi à Nexperia de reprendre l’acheminement de ses puces vers les usines européennes et mexicaines. Cependant, les tensions diplomatiques étaient restées vives, avec un échange de déclarations acerbes entre le ministre néerlandais de l’Économie, Vincent Karremans, et le ministère chinois du Commerce. Une délégation néerlandaise s’était rendue à Pékin pour tenter de désamorcer la crise.
Mercredi, Vincent Karremans a annoncé la suspension de la prise de contrôle de Nexperia, expliquant qu’il considérait qu’il s’agissait d’un moment opportun pour prendre une mesure constructive.
« À la lumière des développements récents, je considère que c’est le bon moment pour prendre une mesure constructive en suspendant ma commande en vertu de la loi sur la disponibilité des marchandises. »
Vincent Karremans, ministre néerlandais de l’Économie
Il a souligné l’importance des discussions récentes avec les autorités chinoises et leur engagement à garantir l’approvisionnement en puces de l’Europe et du reste du monde.
Le ministre a précisé que les Pays-Bas avaient pris cette décision après consultation de la Commission européenne et d’autres partenaires. L’objectif initial de la prise de contrôle était de protéger la propriété intellectuelle et les actifs physiques de Nexperia, situés à Hambourg et à Nimègue, contre un éventuel transfert vers la Chine. Les Pays-Bas se réservent le droit de réactiver cette mesure si de nouvelles menaces devaient apparaître.
« Les Pays-Bas ont considéré que c’était le bon moment pour prendre une mesure constructive en suspendant la commande en vertu de la loi sur la disponibilité des marchandises, en étroite consultation avec les partenaires européens et internationaux. »
Vincent Karremans, ministre néerlandais de l’Économie
Un porte-parole de Wingtech a appelé le gouvernement néerlandais à se retirer d’une procédure judiciaire en cours, alléguant une mauvaise gestion au sein de l’entreprise. Les Pays-Bas restent impliqués dans cette affaire, qui a conduit à la destitution de l’ancien directeur général de Nexperia et fondateur de Wingtech, Zhang Xuezheng, une décision contestée par le groupe chinois. Pour en savoir plus sur les enjeux de cette crise.
Le ministre Karremans avait affirmé la semaine dernière qu’il ne regrettait pas l’utilisation de la loi sur la disponibilité des marchandises, un texte de la guerre froide rarement invoqué, conçu pour protéger la production européenne en cas de crise ou de conflit. Le ministère chinois du Commerce avait réagi en exprimant son « extrême déception » suite à ces déclarations.
