Publié le 8 décembre 2025 à 14h03. L’Union européenne a adopté un durcissement de sa politique migratoire, ouvrant la voie à la création de « centres de retour » pour les demandeurs d’asile dont les demandes ont été rejetées et à une liste initiale de « pays sûrs » pour accélérer les procédures de renvoi.
- Les ministres de l’Intérieur de l’UE se sont accordés sur de nouvelles règles concernant les « pays tiers sûrs » et les retours de migrants.
- Des centres de rétention seront établis hors de l’UE pour accueillir les personnes ayant vu leur demande d’asile refusée.
- Une première liste de pays considérés comme sûrs a été approuvée, incluant le Maroc, la Colombie, le Bangladesh, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo et la Tunisie.
Bruxelles a franchi une étape décisive dans la réforme de sa politique d’immigration et d’asile. Réunis ce lundi, les ministres de l’Intérieur des 27 États membres ont donné leur feu vert à un ensemble de mesures visant à accélérer les procédures et à faciliter le retour des migrants dont les demandes ne sont pas recevables. Cette décision intervient dans un contexte de montée des tensions politiques liées à l’immigration dans plusieurs pays européens.
Au cœur de ce nouveau dispositif figure la notion de « pays tiers sûr ». Le règlement révisé élargit les conditions dans lesquelles une demande d’asile peut être déclarée irrecevable, sans qu’il soit nécessaire d’établir un lien direct entre le demandeur et le pays en question. Parallèlement, les États membres ont validé une première liste de pays d’origine considérés comme sûrs, ouvrant la voie à des renvois plus rapides vers ces destinations.
Selon le Conseil de l’Union européenne, ces nouvelles lois visent à établir des procédures d’asile « plus rapides et plus efficaces » pour ceux qui ne remplissent pas les conditions pour bénéficier d’une protection sur le territoire européen. Le commissaire européen à l’Intérieur, Magnus Brunner, a affirmé que ces mesures « permettront de traiter plus efficacement les demandes et de réduire la pression sur les systèmes d’asile ».
L’accord prévoit également des sanctions plus sévères à l’encontre des personnes qui refusent de quitter le territoire européen après un refus de demande d’asile. Il est important de noter que ces mesures doivent encore être approuvées par le Parlement européen avant d’entrer en vigueur.
Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont immédiatement dénoncé ces nouvelles réglementations, les qualifiant de contraires aux droits fondamentaux. PICUM, une ONG qui œuvre pour la défense des migrants en situation irrégulière, a déclaré :
« Au lieu d’investir dans la sécurité, la protection et l’inclusion, l’UE opte pour des politiques qui exposeront davantage de personnes au danger et à l’insécurité juridique. »
Silvia Carta, PICUM
L’Espagne, la France et le Portugal se sont opposés à certaines dispositions, notamment concernant l’absence d’obligation de notifier aux autres États membres les accords conclus avec des pays tiers en matière de retours. La France a également demandé à ce que le financement européen des accords bilatéraux avec des pays tiers dans ce domaine soit exclu. L’Allemagne, en revanche, a soutenu la proposition, estimant qu’elle offrait un « cadre beaucoup plus pragmatique qui respecte nos obligations internationales ».
La présidence tournante du Conseil de l’UE, assurée par le Danemark, a joué un rôle déterminant dans la conclusion de cet accord, qu’elle défend depuis longtemps. La Commission européenne devra désormais surveiller la situation dans les pays candidats à l’adhésion à l’UE et informer les États membres en cas de changements susceptibles de remettre en question leur statut de pays sûrs. Elle pourra également suspendre la désignation d’un pays d’origine sûr, en totalité ou partiellement, si la situation le justifie.
CP (afp, efe, dpa)
