Au cours du premier semestre 2026, l’Espagne a importé 83,34 millions de kilos de poivrons, dont 79,01 millions en provenance directe du Maroc, représentant 94,81 % de ses achats extérieurs de ce légume. Une dépendance forte qui coïncide aujourd’hui avec une flambée des prix et de graves difficultés dans les serres.
La campagne des poivrons s’annonce particulièrement difficile pour les producteurs espagnols. En Andalousie, de nombreux exploitants arrachent leurs cultures plus tôt que prévu ou retardent leurs nouvelles plantations face à la propagation agressive du Thrips parvispinus, un minuscule insecte ravageur redoutable et complexe à maîtriser.
Les répercussions économiques se font déjà sentir au-delà des exploitations. Tandis que les tomates espagnoles en grappes atteignent trois euros le kilo sur certains marchés européens, la tension sur l’offre pousse les professionnels à chercher de nouvelles solutions d’approvisionnement, quitte à envisager des implantations directes au Maroc ou à surveiller de près la production turque.
L’offensive des insectes ravageurs et la réponse de l’administration andalouse
La prolifération du Thrips parvispinus met à rude épreuve les serres andalouses. Nous voyons déjà certains producteurs vider leurs serres plus tôt que d’habitude à cause de graves infestations
, indique Luis Ramos, représentant de l’entreprise néerlandaise MG Fruit, dans un entretien publié le 29 octobre 2026 par le média spécialisé Bladi.
Face à cette crise sanitaire, les autorités régionales multiplient les contrôles. Le gouvernement andalou recensait ainsi 922 inspections et 272 sanctions le 15 octobre 2026, ciblant principalement le non-respect des mesures obligatoires d’arrachage des cultures infestées. En août de la même année, l’exécutif régional avait déjà débloqué 2,9 millions d’euros d’aides d’urgence à destination des agriculteurs ayant perdu la totalité de leurs récoltes de poivrons.
Le 27 octobre 2026, les organisations agricoles réclamaient de nouvelles solutions phytosanitaires. Le gouvernement espagnol a toutefois rejeté leur demande d’autorisation temporaire pour l’utilisation d’une substance active, le spirotétramate.
La production marocaine sous pression face à une demande européenne en hausse
Pour compenser ces pertes, les acheteurs européens se tournent massivement vers les producteurs marocains, en particulier pour les variétés Kapia et les poivrons carrés. La demande européenne, et espagnole en particulier, est exceptionnellement forte pour cette période de l’année
, constate Obeida Mansour, responsable de Universal Peppers, une structure active dans les cultures au Maroc et en Espagne.
Mais le Maroc fait face à son tour à un sérieux déficit de production. Dans la région de Souss-Massa, les volumes récoltés atteignent seulement 35 % des quantités habituelles pour cette période de la saison, une baisse imputée à des températures inadaptées. La chaleur excessive complique en effet la protection des serres contre les parasites, d’autant que les exploitants doivent impérativement respecter les seuils stricts de résidus de pesticides fixés par l’Union européenne.
Cette rareté des volumes conjuguée à la multiplicité des acheteurs — avec des commandes émanant également de Mauritanie et du Sénégal — provoque une envolée des cours. À la fin du mois d’octobre 2026, les poivrons marocains se négocient directement à la sortie des fermes à des tarifs deux fois plus élevés qu’un an auparavant, selon les données rapportées par Bladi.
Les chiffres clés des importations espagnoles de poivrons
Les statistiques douanières confirment l’ampleur du partenariat commercial entre les deux pays riverains de la Méditerranée, tout en soulignant la dépendance logistique de l’Espagne :
| Indicateur commercial | Données officielles |
|---|---|
| Part provenant du Maroc | 79,01 millions de kilos |
| Part de marché marocaine | 94,81 % |
| Valeur des achats marocains | 116,33 millions d’euros |
| Progression par rapport à 2017 | Hausse de plus de 134 % |
Face à ces tensions répétées sur les volumes, de nombreux exploitants espagnols étudient désormais la possibilité de s’implanter directement au Maroc ou de diversifier leurs sources d’approvisionnement en se tournant vers la Turquie. Les capacités de production marocaines pourraient toutefois retrouver un rythme normal d’ici deux semaines, sous réserve que la météo se stabilise et que le fléau des thrips trouve enfin un répit de l’autre côté de la Méditerranée.