Publié le 8 décembre 2025 17h34. Malgré des droits de douane américains considérables, la Chine a non seulement atteint ses objectifs commerciaux pour 2025, mais a également enregistré un excédent commercial record, tiré par une diversification de ses marchés et une dévaluation de sa monnaie.
- L’excédent commercial de la Chine a dépassé les 1 000 milliards de dollars (environ 920 milliards d’euros) pour l’année à ce jour.
- Les exportations chinoises ont augmenté de 5,9 % en novembre par rapport à l’année précédente, malgré les tarifs douaniers américains.
- La France, par la voix d’Emmanuel Macron, met en garde contre un excédent commercial chinois “insoutenable” avec l’Europe et évoque la possibilité de mesures protectionnistes.
La Chine a fait preuve d’une résilience commerciale surprenante en 2025, atteignant des niveaux d’exportation et d’excédent commercial sans précédent, et ce, malgré une année marquée par des tensions commerciales accrues avec les États-Unis. Les chiffres publiés lundi par les douanes chinoises révèlent une capacité d’adaptation et une diversification des marchés qui ont permis de compenser les effets des droits de douane imposés par Washington.
En novembre, les exportations chinoises de biens ont progressé de 5,9 % sur un an. Plus significatif encore, l’excédent commercial de la Chine a franchi le cap symbolique du 1 000 milliards de dollars (environ 920 milliards d’euros) pour l’ensemble de l’année, avec encore un mois à venir pour consolider ce résultat. L’année précédente, cet excédent s’était établi à 992,2 milliards de dollars.
Les droits de douane américains, qui ont parfois dépassé les 100 % sur certains produits chinois, ont indéniablement pesé sur les exportations vers les États-Unis. En novembre, celles-ci ont diminué de 28,6 % par rapport à l’année précédente, et de 18,9 % sur l’ensemble de 2025. Cependant, cette baisse a été largement compensée par une augmentation des ventes vers d’autres régions du monde.
Les analystes soulignent que les exportations vers les pays de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) – en hausse de 8 % en novembre par rapport à 2024 – pourraient en réalité être en partie destinées au marché américain, via des détournements de marchandises. L’Union européenne est également devenue un marché clé pour la Chine, avec une augmentation des importations de près de 15 % le mois dernier, soit plus de 8 % sur les onze premiers mois de 2025. L’Europe est désormais le premier débouché commercial de la Chine.
Cette performance est également facilitée par la dépréciation du renminbi (la monnaie chinoise) par rapport à l’euro, tandis qu’il se renforce face au dollar. L’institut allemand de recherche économique IW a même émis des soupçons, dans une étude publiée cet été, selon lesquels la banque centrale chinoise interviendrait pour maintenir artificiellement bas les taux d’intérêt. Rapport de l’IW sur les avantages concurrentiels de la Chine.
Le président français Emmanuel Macron a récemment qualifié l’excédent commercial de la Chine avec l’Europe d'”insoutenable”. Lors d’une interview accordée au journal Les Échos, il a averti que des taxes à l’importation pourraient être envisagées si les échanges commerciaux ne retrouvaient pas un équilibre, à l’instar de ce qui se passe aux États-Unis. Il a précisé être en contact avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à ce sujet. Cependant, il a reconnu la difficulté politique de mettre en œuvre de telles mesures, notamment en raison de la forte présence des entreprises allemandes en Chine.
Au-delà de la croissance des exportations, l’important excédent commercial chinois est également lié à une baisse des importations. Bien qu’en légère hausse en novembre par rapport à l’année précédente, elles affichent une diminution de 0,6 % sur l’ensemble de 2025. Lynn Song, économiste en chef pour la Chine chez ING, explique dans une analyse que cela s’explique en partie par la forte position des constructeurs automobiles chinois sur leur marché intérieur, ce qui réduit la demande de véhicules importés. De même, le ralentissement du secteur immobilier entraîne une baisse de la demande de matériaux de construction comme le bois et l’acier.
Les exportations restent néanmoins cruciales pour l’économie chinoise, car la consommation intérieure reste en retrait. Le Bureau politique du Parti communiste chinois a souligné lundi, après une réunion consacrée aux orientations de la politique économique pour l’année à venir, la nécessité de “continuer à donner la priorité à la demande intérieure et à construire un marché intérieur solide”, face aux “luttes commerciales et économiques internationales”. Les détails de cette stratégie devraient être précisés lors de la Conférence centrale sur le travail économique, prévue plus tard en décembre.
