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L’hiver au Bangladesh s’estompe, mais le monde reste indifférent

by Clara Dubois

Publié le 24 novembre 2025 à 03h45. Le Bangladesh pourrait voir disparaître l’hiver d’ici 2100, une perte qui irait bien au-delà d’un simple changement climatique et menacerait l’identité culturelle, l’agriculture et la sécurité du delta du Bengale.

  • Des études prévoient une augmentation de la température moyenne au Bangladesh de jusqu’à 4,5 °C d’ici 2100.
  • La disparition de l’hiver aura des conséquences sur l’agriculture, la biodiversité et la santé publique, notamment l’aggravation des maladies transmises par les moustiques.
  • Le Bangladesh, bien que peu responsable des émissions mondiales, est l’une des nations les plus vulnérables au changement climatique et appelle à une justice climatique.

L’hiver, autrefois une saison bien définie entre l’automne et le printemps, avec ses champs de moutarde dorés, ses foires de village animées et ses douceurs à base de jus de datte, est en train de devenir un souvenir. Cette nostalgie, partagée par toute une génération, pourrait bientôt être le seul lien avec l’hiver pour les générations futures, alerte le Dr Shamsad Mortuza, professeur d’anglais à l’Université de Dhaka.

Selon des climatologues cités par The Daily Star, l’hiver pourrait disparaître du cycle saisonnier du Bangladesh d’ici 2100. Cette perspective, bien que lointaine, est déjà perceptible : le Bangladesh se réchauffe d’environ 0,16 °C par décennie, et les nuits d’hiver à Dhaka augmentent de près de 0,45 °C par décennie. Alors que les températures restent anormalement douces en novembre, et que les ventilateurs tournent encore, le professeur Mortuza craint que les prévisions alarmistes des scientifiques ne se réalisent.

L’hiver est bien plus qu’une saison au Bangladesh ; c’est un élément central de son mode de vie et de ses traditions. Sa disparition affectera non seulement les activités de plein air et les vêtements d’hiver, mais aussi l’agriculture, qui dépend de températures basses pour la culture du riz, du blé, de la moutarde et des légumes d’hiver. Les animaux qui hibernent seront perturbés, ce qui aura un impact sur la pollinisation et les cycles de floraison. De plus, le manque de froid favorisera la prolifération des moustiques et l’augmentation des maladies comme la dengue et le chikungunya.

Le rapport conjointement préparé par le Département météorologique du Bangladesh et l’Institut météorologique norvégien prévoit également une augmentation de la fréquence et de la durée des vagues de chaleur, notamment dans les régions occidentales du pays. D’ici 2070, ces vagues de chaleur pourraient durer jusqu’à 20 jours, et jusqu’à 70 jours sur 90 pendant la saison pré-mousson d’ici la fin du siècle. Parallèlement, les glaciers himalayens, qui alimentent les principaux fleuves du Bangladesh (Padma, Jamuna et Meghna), fondent à un rythme alarmant, menaçant la disponibilité de l’eau et la stabilité du delta.

La fonte des glaciers pourrait initialement augmenter le débit des rivières, mais à long terme, elle entraînera une réduction des ressources en eau pendant la saison sèche, des inondations plus fréquentes et des perturbations des cycles sédimentaires. Combinée à l’élévation du niveau de la mer – le golfe du Bengale se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale – cette situation pourrait entraîner la perte de 12 à 18 % des zones côtières d’ici 2100 et menacer l’existence même des Sundarbans, cette forêt de mangroves unique au monde.

Dans ce contexte alarmant, le Bangladesh, qui contribue très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, se retrouve en première ligne des conséquences du changement climatique. Le professeur Mortuza souligne l’injustice de cette situation et appelle à une action urgente de la communauté internationale. Il plaide pour un transfert de technologie, un accès équitable aux innovations en matière d’énergies propres et un système de crédits climatiques juste qui permette aux pays vulnérables comme le Bangladesh de s’adapter et de prospérer.

Cependant, le Bangladesh ne peut pas attendre que le monde résolve son problème. Il est impératif de renforcer l’éducation climatique, en sensibilisant les jeunes générations aux enjeux du changement climatique et en les encourageant à adopter des comportements responsables. La justice climatique n’est pas une faveur, mais un droit, et la perte de l’hiver ne représente pas seulement la disparition d’une saison, mais aussi la perte d’un équilibre naturel, d’une identité, d’une mémoire et d’un héritage.

Dr Shamsad Mortuza est professeur d’anglais à l’Université de Dhaka.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur.

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