Publié le 9 janvier 2026 à 01h10. L’Iran est secoué par des manifestations généralisées liées à la crise économique, tandis qu’une panne d’internet plonge le pays dans l’isolement. La répression des forces de l’ordre s’intensifie, faisant craindre une escalade de la violence.
- Une panne internet totale a frappé l’Iran jeudi soir, coïncidant avec une vague de protestations à l’échelle nationale.
- Au moins 45 manifestants, dont huit enfants, auraient été tués depuis le début des troubles fin décembre, selon l’ONG Iran Human Rights.
- Les commerçants ont observé une grève générale dans les régions kurdes et dans plusieurs autres villes, tandis que des manifestants ont détruit une statue de Qassem Soleimani.
L’Iran est confronté à une contestation sociale croissante, alimentée par une économie en difficulté et une dévaluation de sa monnaie. Les manifestations, qui se sont étendues à 31 provinces, représentent le mouvement de protestation le plus important depuis 2022. Les autorités ont réagi en coupant l’accès à internet, une tactique déjà employée par le passé pour étouffer les mouvements de contestation, selon NetBlocks, un organisme de surveillance de la liberté sur internet.
Les premières pannes de connexion ont été signalées dans la ville de Kermanshah, où les forces de sécurité ont intensifié leur répression. L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a fait état d’un bilan provisoire d’au moins 45 morts depuis le début des manifestations fin décembre, dont huit enfants. Les forces de sécurité iraniennes sont accusées d’utiliser une force excessive contre les manifestants, notamment dans les régions kurdes.
Les commerçants ont répondu à l’appel à la grève générale lancé par sept groupes politiques kurdes, fermant leurs magasins dans les provinces kurdes et dans de nombreuses autres villes du pays. Le groupe de défense des droits Hengaw a diffusé des images de commerces fermés dans les provinces occidentales d’Ilam, Kermanshah et Lorestan. Des informations font état de tirs des forces de l’ordre sur des manifestants à Kermanshah et à Kamyaran, faisant plusieurs blessés.
Un symbole fort de la contestation a été la destruction de la statue de Qassem Soleimani, ancien commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, dans la province méridionale du Fars. Des images largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants applaudissant la chute de la statue, considérée comme un héros par les partisans du gouvernement. Qassem Soleimani avait été tué en 2020 dans une frappe américaine.
Des rassemblements importants ont eu lieu jeudi soir à Téhéran et à Abadan, avec des manifestants klaxonnant pour exprimer leur soutien. Une femme manifestant à Abadan mercredi soir aurait été blessée à l’œil par un tir, selon IHR. L’ONG a qualifié mercredi de journée la plus sanglante du mouvement, avec 13 manifestants tués. Les manifestations sont alimentées par une crise économique sévère, avec une inflation galopante et une dévaluation de la monnaie iranienne.
Le prix moyen des produits alimentaires a augmenté de plus de 70 % au cours de l’année écoulée, et celui des médicaments d’environ 50 %. Le gouvernement iranien affirme que la résolution de la crise économique est en grande partie hors de son contrôle, imputant les difficultés aux sanctions internationales imposées en raison du programme nucléaire iranien.
Le président iranien Masoud Pezeshkian a appelé jeudi à la retenue dans la gestion des manifestations.
« Tout comportement violent ou coercitif doit être évité »
Masoud Pezeshkian, président iranien
Il a également appelé au “dialogue, à l’engagement et à l’écoute des demandes du peuple”.
Contrairement aux manifestations de 2022, qui s’étaient cristallisées autour de la mort de Mahsa Amini, les protestations actuelles semblent plus décentralisées et dépourvues d’un leader unique. Le prince héritier en exil, Reza Pahlavi, tente de combler ce vide en appelant les Iraniens à manifester depuis leurs fenêtres. Les manifestations de 2022 avaient été déclenchées par la mort de Mahsa Amini, décédée en garde à vue après avoir été arrêtée pour non-respect du code vestimentaire.
Les autorités iraniennes ont dénoncé les manifestants comme des “émeutiers” et des “saboteurs” soutenus par des forces étrangères. Un colonel de police aurait été poignardé près de Téhéran, et un poste de police à Chenaran, au nord-est de la capitale, a été attaqué mercredi soir, faisant cinq morts selon les médias d’État.
Les États-Unis ont exprimé leur soutien aux manifestants, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, déclarant que l’économie iranienne était “dans les cordes”. L’ancien président américain Donald Trump a menacé d’intervenir si les autorités iraniennes continuaient à tuer des manifestants. Le département d’État américain a également partagé des images de manifestants brandissant des autocollants à l’effigie de Trump.
L’Allemagne a condamné “le recours excessif à la force” par les autorités iraniennes. Le ministère iranien des Affaires étrangères et l’armée ont critiqué les propos de Trump, le chef de l’armée iranienne menaçant de mener des frappes préventives contre les pays qui menaceraient l’Iran.
Bien que la répression ne soit pas aussi intense qu’en 2022, les analystes estiment que l’État pourrait se sentir plus vulnérable, après les tensions récentes avec Israël.
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