Publié le 2024-12-04 18:32:00. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande l’utilisation de médicaments initialement conçus pour le diabète dans la lutte contre l’obésité, une crise sanitaire mondiale en pleine expansion, tout en soulignant la nécessité d’un accès équitable et d’une gestion prudente de leur utilisation.
- L’OMS recommande trois analogues du GLP-1 (sémaglutide, liraglutide, tirzépatide) pour le traitement de l’obésité chez l’adulte.
- Cette recommandation intervient face à une crise mondiale de l’obésité, associée à des millions de décès et à des coûts de santé considérables.
- L’OMS met en garde contre les pénuries potentielles, les coûts élevés et le risque d’inégalités d’accès à ces traitements.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a émis ce lundi une recommandation favorable à l’utilisation de trois médicaments, des analogues du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), initialement développés pour traiter le diabète de type 2. Ces médicaments pourraient désormais jouer un rôle dans la prise en charge de l’obésité, une maladie qui touche près d’un milliard de personnes dans le monde, un chiffre qui pourrait doubler en cinq ans seulement.
Il s’agit de sémaglutide, liraglutide et tirzépatide, des traitements qui imitent les hormones intestinales, réduisant ainsi l’appétit, ralentissant la vidange gastrique et améliorant la régulation du glucose. Si leur efficacité pour aider à la perte de poids est reconnue, leur utilisation à cette fin a suscité des débats.
L’un des principaux problèmes soulevés est la demande accrue pour ces médicaments, initialement destinés aux patients diabétiques, en raison de leur popularité pour la perte de poids. Cette situation a entraîné des pénuries pour les personnes atteintes de diabète. Parallèlement, des questions éthiques se posent quant à leur utilisation à des fins esthétiques et à leur coût élevé pour les systèmes de santé nationaux.
L’efficacité de ces thérapies à long terme est également remise en question, car une reprise de poids est souvent observée après l’arrêt du traitement, ce qui pourrait en faire une solution à visée chronique.
Cette recommandation intervient alors que l’obésité est devenue un véritable problème de santé publique mondiale. L’OMS estime que cette maladie est associée à 3,7 millions de décès en 2024 et que son coût atteindra trois milliards de dollars d’ici 2030. L’obésité est également un facteur de risque majeur pour les maladies non transmissibles, telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers, et peut aggraver l’évolution des maladies infectieuses.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré : « Même si les médicaments à eux seuls ne résoudront pas la crise sanitaire mondiale, les thérapies basées sur les analogues du GLP-1 peuvent aider des millions de personnes à lutter contre l’obésité et à réduire ses conséquences néfastes. »
Sur la base des données issues d’essais cliniques, l’OMS recommande l’utilisation de ces analogues du GLP-1 chez les adultes (à l’exclusion des femmes enceintes) pour un traitement à long terme de l’obésité, soit pendant au moins six mois.
Cependant, cette recommandation est qualifiée de « conditionnelle » en raison du manque d’informations sur l’efficacité et la sécurité à long terme, des coûts actuels élevés, de la préparation insuffisante des systèmes de santé et des potentielles implications en matière d’équité.
L’OMS souligne également l’importance de combiner ces thérapies avec une alimentation saine et une activité physique régulière pour les adultes atteints d’obésité qui se voient prescrire des analogues du GLP-1, bien que les preuves de l’amélioration des résultats du traitement grâce à cette approche soient limitées.
L’organisation insiste également sur la nécessité de garantir un accès équitable à ces traitements et de préparer les systèmes de santé à leur utilisation. « Sans des politiques appropriées, l’accès à ces thérapies pourrait exacerber les disparités en matière de santé existantes », prévient l’OMS.
Même en cas d’augmentation rapide de la production, les thérapies GLP-1 ne devraient atteindre que moins de 10 % des personnes susceptibles d’en bénéficier d’ici 2030. Des stratégies sont donc proposées pour améliorer l’accès, telles que des achats groupés, des prix différenciés ou des accords de licence permettant à d’autres entreprises de fabriquer et de vendre ces médicaments à des prix plus abordables.
