Publié le 30 octobre 2025 00:29:00. L’Argentine fait face aux conséquences financières d’une stratégie électorale basée sur l’utilisation des réserves de devises étrangères, avec un dollar instable et une diminution des recettes issues des exportations agricoles. Les prochaines années s’annoncent donc délicates pour les finances publiques.
- Le gouvernement a vendu l’équivalent de 2,1 milliards de dollars de réserves pour financer des opérations financières complexes.
- Les recettes en devises étrangères devraient diminuer de 3 à 5,5 milliards de dollars entre octobre et mars prochain, en raison d’une anticipation des exportations agricoles.
- Les règlements de devises provenant du secteur privé ont atteint 7,1 milliards de dollars, dont 5,5 milliards auraient été utilisés par le gouvernement.
L’Argentine doit désormais gérer les répercussions financières d’une stratégie visant à stimuler l’économie et à assurer la victoire du parti au pouvoir lors des élections de mi-mandat. Ces dernières semaines, le gouvernement a eu recours à des mécanismes complexes pour obtenir des devises étrangères, dont les coûts commencent à se faire sentir.
Selon des estimations privées, le Trésor argentin aurait vendu pour 2,1 milliards de dollars de ses réserves. Ces fonds auraient été utilisés pour acquérir des pesos, qui auraient ensuite été investis dans un titre émis par la Banque centrale. Les détails de ce titre – échéance et taux d’intérêt – restent confidentiels. Parallèlement, les modalités d’un accord avec le Trésor américain portant sur 20 milliards de dollars n’ont pas encore été rendues publiques.
Les flux de devises provenant du secteur privé argentin ont également été importants ces derniers mois, atteignant un total de 7,1 milliards de dollars. Le gouvernement aurait utilisé 5,5 milliards de ces fonds, selon les mêmes sources. Cette anticipation des exportations, notamment grâce aux mesures incitatives liées au “dollar soja” en juin et septembre, aura des conséquences sur les recettes futures.
RIA Consultores estime que, sur la période octobre-mars, les recettes en devises pourraient être inférieures de 3 à 5,5 milliards de dollars par rapport à 2024. Pour le mois d’octobre, les règlements sont estimés à 750 millions de dollars, un chiffre bien inférieur aux moyennes de 2 milliards au premier trimestre, 3 milliards au deuxième et troisième trimestre, et aux 4,3 milliards de dollars enregistrés en septembre, grâce à la suppression des droits de retenue sur le soja.
La situation devrait rester tendue en novembre, avant la récolte de blé de décembre. RIA Consultores prévoit des recettes en devises comprises entre 5,250 et 7,450 milliards de dollars entre octobre et février-mars 2026, en fonction de l’évolution des exportations de maïs, un secteur difficile à prévoir. À titre de comparaison, 10,72 milliards de dollars ont été générés par les exportations de céréales et de sous-produits en 2024.
Concernant le soja, les exportations ont atteint des niveaux records après les éditions “dollar soja” de juin et septembre, triplant quasiment les volumes par rapport à la moyenne historique. Jusqu’à présent en 2025, 12,3 millions de tonnes de soja ont été exportées, contre une moyenne de 4,8 millions de tonnes au cours des cinq dernières années.
Il reste encore environ 500 000 tonnes d’huile de soja et 3,5 millions de tonnes de farine de soja à liquider au premier trimestre 2026, ce qui représente un potentiel de revenus de 1,6 milliard de dollars aux prix actuels. La récolte de blé s’annonce également record, avec un solde exportable de 15 millions de tonnes, dont 7,5 millions pourraient être exportés entre décembre et février, générant 1,5 milliard de dollars supplémentaires.
L’orge et le tournesol devraient également contribuer, avec des estimations de 280 millions de dollars pour l’orge et 370 millions pour l’huile et la farine de tournesol. Le maïs, en revanche, est plus difficile à évaluer, le marché d’exportation étant peu actif en raison de la forte demande locale. Dans un scénario optimiste, 6 millions de tonnes pourraient être exportées entre novembre et février, générant 1,2 milliard de dollars.
La situation financière de l’Argentine reste donc fragile, et les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si le pays pourra surmonter les conséquences de sa stratégie électorale et assurer la stabilité de ses finances publiques.
Pour aller plus loin
