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Noël est le moment de nous rappeler de ne pas nous fier à nos émotions pour prendre des décisions – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 20 décembre 2023. La période des fêtes, synonyme de joie et de générosité, est aussi un terrain fertile pour les décisions impulsives et les dépenses excessives. Nos émotions, souvent plus fortes qu’à l’ordinaire, peuvent nous conduire à des choix que nous regretterons ensuite.

  • Les économistes comportementaux expliquent que nous avons tendance à prendre des décisions basées sur nos sentiments plutôt que sur une analyse rationnelle.
  • Ce biais, appelé « heuristique de l’affect », peut nous amener à sous-estimer ou à surestimer les risques, et à mal prédire nos propres réactions émotionnelles.
  • Comprendre ces mécanismes peut nous aider à faire des choix plus éclairés, même pendant les fêtes.

Noël évoque des souvenirs d’enfance, un sentiment d’excitation et de bonheur que nous cherchons à retrouver, que ce soit pour nous-mêmes ou pour nos enfants. Cette nostalgie, combinée à la pression sociale et à l’ambiance festive, nous pousse souvent à agir de manière irrationnelle. Nous sommes moins enclins à peser le pour et le contre, et plus à nous laisser guider par nos émotions.

Les spécialistes du comportement humain appellent ce phénomène l’« heuristique de l’affect » – un raccourci mental que nous utilisons pour simplifier la prise de décision. Si cette méthode peut être utile pour accélérer le processus, elle peut également nous induire en erreur. Face à une liste interminable de préparatifs, il est tentant de se fier à son intuition, mais cela peut avoir des conséquences néfastes.

La plupart de nos choix sont pris dans l’incertitude. Nous ne pouvons jamais être sûrs des résultats de nos actions. Prenons l’exemple des parents qui hésitent à inscrire leur enfant à un stage de ski. Une décision rationnelle impliquerait de comparer les coûts du stage à ses bénéfices potentiels. Cependant, l’incertitude plane : l’enfant aimera-t-il le ski ? Ne risque-t-il pas de se blesser ?

Si les parents se laissent influencer par leur « ressenti », ils risquent de prendre une décision biaisée. Un skieur expérimenté, qui n’a jamais connu d’accident, aura tendance à minimiser les risques. À l’inverse, une personne qui s’est déjà cassé une jambe en skiant aura une perception plus négative et surestimera les dangers. Dans les deux cas, l’évaluation des risques est déformée, s’éloignant d’un calcul objectif.

Nos sentiments influencent également nos décisions par le biais de nos prévisions émotionnelles. Nous anticipons la façon dont nous nous sentirons dans des situations futures. Ainsi, une personne qui envisage de changer d’emploi ne se contentera pas d’évaluer les avantages et les inconvénients matériels. Elle imaginera également les émotions qu’elle ressentira lors des entretiens, ou en quittant son poste actuel. Si elle anticipe du stress et de la tristesse, elle pourrait renoncer à ce projet. Si elle se projette dans un état d’enthousiasme et de confiance, elle sera plus encline à tenter sa chance.

La recherche montre que ces « prévisions affectives » jouent un rôle important dans de nombreux domaines, des relations amoureuses aux choix sportifs, en passant par l’engagement en faveur de l’environnement. Il est cependant frappant de constater que nous sommes souvent mauvais pour prédire nos propres émotions. Nous avons tendance à surestimer l’intensité de nos réactions, qu’elles soient positives ou négatives, mais cette erreur est particulièrement marquée pour les émotions négatives.

Une explication à ce phénomène est le « biais d’impact » : nous imaginons des réponses émotionnelles plus fortes et plus durables qu’elles ne le sont en réalité. Si je m’attends à être très nerveux dans une situation donnée, il est probable que je le sois, mais moins intensément et pendant une période plus courte que prévu. Un autre facteur est la « négligence immunitaire » : nous sous-estimons notre capacité à faire face aux difficultés et aux événements négatifs. Nous oublions que, lorsque quelque chose de désagréable se produit, nos mécanismes de défense se mettent en marche, atténuant ainsi la souffrance.

Une étude menée auprès d’athlètes avant une course a révélé que leurs prédictions émotionnelles en cas d’échec étaient plus pessimistes que leurs réactions réelles après la course. Fait surprenant, le biais d’impact était plus important chez les athlètes expérimentés, ce qui suggère que l’expérience ne nous rend pas nécessairement meilleurs pour anticiper nos émotions. Au contraire, une exposition répétée à des résultats négatifs peut renforcer nos peurs et nous amener à surestimer les émotions négatives potentielles.

En ce qui concerne les émotions positives, un autre biais, appelé « focalisme », nous conduit également à surestimer nos sentiments futurs. Imaginez que l’Irlande batte la République tchèque en barrages, puis gagne à nouveau cinq jours plus tard, se qualifiant ainsi pour la Coupe du monde. En imaginant ce scénario, vous vous concentrez probablement sur la joie et l’excitation de la victoire, sans tenir compte des autres aspects de votre vie. En mars prochain, vous pourriez être stressé au travail, en conflit avec votre partenaire, ou vos enfants pourraient vous reprocher de regarder le match à la télévision. Ainsi, même si les émotions positives seront bien présentes, d’autres facteurs pourraient en atténuer l’intensité ou en réduire la durée.

Il existe de nombreuses raisons de ne pas se fier aveuglément à nos émotions, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes. Nos choix seront inévitablement biaisés, en particulier si nous anticipons nos réactions émotionnelles. Nous ne pouvons pas supprimer nos émotions, mais nous pouvons apprendre à corriger ces biais pour faire des choix plus éclairés.

Alors, si vous êtes tenté de dépenser trop ou d’emprunter de l’argent pour offrir à votre famille un Noël parfait, sachez que vous ne ressentirez probablement pas autant de bonheur que vous l’imaginez. Mais rassurez-vous, si vous redoutez la fête de Noël au bureau et que vous envisagez de la sauter, cela ne sera probablement pas aussi terrible que vous le craignez.

Emma Howard est maître de conférences en économie à l’Université technologique de Dublin.

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