Les alternatives végétales aux produits laitiers connaissent un essor fulgurant, portées par des considérations de santé, d’éthique et même de simple curiosité. Mais ces « laits » végétaux sont-ils réellement de bons substituts nutritionnels ? Et comment s’y retrouver face à la diversité des offres et des allégations marketing ?
Selon un rapport du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), une organisation à but non lucratif, 88 % des professionnels de la nutrition en Espagne considèrent les boissons végétales comme une alternative saine aux produits laitiers d’origine animale. Soja, avoine, amandes, riz, noix de coco… le choix ne cesse de s’élargir, répondant à une demande croissante liée à l’augmentation des intolérances et des allergies, à l’adoption d’un régime végétalien, ou simplement à une tendance de consommation.
Face à cette évolution, les marques s’adaptent et cherchent à rassurer les consommateurs. Alpro, par exemple, a développé un guide pratique en collaboration avec des experts en nutrition, dont Aitor Sánchez, nutritionniste, diététicien et chercheur, connu sur les réseaux sociaux sous le nom de @midietacojea. Ce guide vise à aider à faire des choix éclairés.
« La boisson au soja enrichie est celle qui se rapproche le plus du lait de vache », explique Aitor Sánchez. Mais est-ce que nous avons réellement besoin de lait sur le plan nutritionnel, ou s’agit-il davantage d’une habitude culturelle ? L’expert souligne que l’idée selon laquelle le lait est indispensable est largement le fruit d’intérêts industriels et de campagnes marketing, comme la célèbre campagne de la « petite moustache ». Il rappelle que de nombreuses populations, comme en Chine ou au Japon, se passent très bien de produits laitiers.
Si l’on choisit de ne pas consommer de produits laitiers, il est essentiel de veiller à obtenir les nutriments qu’ils fournissent, comme le calcium et les protéines, par d’autres sources. « Les produits laitiers doivent être considérés comme un aliment parmi d’autres. Si nous ne les consommons pas, nous devons nous assurer que leurs nutriments proviennent d’autres sources », précise Aitor Sánchez. Les légumes à feuilles vertes, les graines, les noix et les légumineuses sont de bonnes alternatives.
L’idée que le lait est une source unique de calcium est également un mythe. « Nous devons sortir de ce paradigme selon lequel le lait est essentiel », affirme le nutritionniste. Les amandes, le tofu, le brocoli, les pois chiches et les boissons végétales enrichies sont également de bonnes sources de calcium.
L’augmentation des cas d’intolérance au lactose est-elle réelle, ou est-ce simplement une question de meilleure détection ? Aitor Sánchez nuance : « Il y a plusieurs facteurs. Nous disposons désormais de meilleures méthodes de diagnostic, mais il y a aussi beaucoup de personnes qui s’auto-diagnostiquent ou qui sont mal conseillées par des professionnels. La pression de l’industrie du « sans lactose », qui propose des produits plus chers, y contribue également. »
Quant à l’évolution du lait animal, l’expert estime que les progrès technologiques ont permis d’obtenir un produit plus homogène et standardisé, moins dépendant de la saisonnalité et de la région. « Avant, une vache des Asturies ne produisait pas le même lait qu’une vache de la vallée de Pedroches », explique-t-il. L’industrie tend aujourd’hui à uniformiser ces différences.
Pour ceux qui optent pour une boisson végétale par choix, celle-ci peut-elle constituer un substitut complet ? « Cela dépend du type », répond Aitor Sánchez. « La boisson au soja enrichie est la plus proche du lait de vache en termes de profil nutritionnel. »
La boisson au soja souffre d’une mauvaise réputation, alimentée par des informations erronées circulant sur Internet, l’associant à un risque accru de cancer chez la femme. « En Espagne, il existe une certaine peur des aliments exotiques qui est totalement infondée », dénonce le nutritionniste. Il explique que ces craintes sont basées sur des interprétations erronées d’études sur le cancer de la thyroïde et du sein, mais que dans d’autres pays, le soja est reconnu pour ses propriétés protectrices.
« Au Japon, les enfants consomment du soja dès la naissance », souligne Aitor Sánchez. Il met en garde contre la focalisation excessive sur les risques potentiels du soja, alors que d’autres dangers, comme les nitrates dans les légumes ou les aliments ultra-transformés, sont souvent négligés.
Pour faire le bon choix, il est important de lire attentivement les étiquettes. Aitor Sánchez recommande de privilégier les boissons au soja enrichies en calcium et en vitamine D, et de limiter la consommation de sucres ajoutés (pas plus de 2 à 3 g pour 100 ml). Les boissons végétales non sucrées et enrichies constituent une excellente option.
Il précise qu’il n’y a pas de différence significative entre les termes « enrichi » et « fortifié ». Une boisson végétale fortifiée en calcium et en vitamines peut être un substitut valable au lait animal, surtout si l’on est habitué à une forte consommation de produits laitiers.
Enfin, Aitor Sánchez met en garde contre les allégations marketing trompeuses. « Sans sucre ajouté » ne signifie pas « sans sucre », car les fruits contiennent naturellement du sucre. Il est important de considérer le produit dans son ensemble, et non de se focaliser sur un seul argument de vente.
Concernant l’avenir des alternatives végétales, l’expert souligne qu’elles ne sont pas nécessairement un substitut à la santé, mais plutôt une réponse à des préoccupations de durabilité et d’éthique. Il insiste sur l’importance d’une alimentation équilibrée, basée sur des aliments entiers comme les légumineuses, les céréales et les légumes.
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