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« Nouvelle ère économique » : l’ABC lance un avertissement sévère

by Amélie Bernard

Publié le 25 octobre 2023 04:09:00. L’économiste en chef de la Commonwealth Bank tire la sonnette d’alarme : une nouvelle ère économique marquée par des tensions géopolitiques, la volatilité des marchés et la fin de la mondialisation telle que nous l’avons connue se profile à l’horizon.

  • La confiance entre les nations s’effrite, ouvrant la voie à une compétition stratégique accrue entre les grandes puissances.
  • La Chine et les États-Unis ne sont plus en négociation pour un simple accord commercial, mais s’engagent dans une lutte pour la suprématie à long terme.
  • Plusieurs facteurs, dont la transition énergétique, le développement de l’intelligence artificielle et le vieillissement démographique, exacerbent cette instabilité.

Selon Luke Yeaman, économiste en chef de la Commonwealth Bank, le monde économique est entré dans une phase de rupture profonde. Dans une note adressée aux investisseurs cette semaine, il souligne que les règles qui régissaient l’économie ces dernières décennies ne sont plus valables. Cette analyse est globalement pessimiste quant à l’avenir des marchés, du commerce et de l’économie mondiale.

M. Yeaman insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple effet de conjoncture, comparable à la présidence Trump, mais d’un « changement structurel profond ». Les frictions actuelles entre les États-Unis et la Chine en sont une illustration frappante. Il explique que ces deux pays ne cherchent plus à conclure un accord commercial classique, mais déploient leurs forces économiques et stratégiques dans une lutte pour l’hégémonie à long terme.

La plupart des investisseurs et des dirigeants d’entreprises ont bâti leur expérience durant une période de mondialisation relativement stable, s’étendant du milieu des années 1980 à la crise financière de 2008 (GFC). Cette époque était caractérisée par la confiance mutuelle entre les pays et la libre circulation des capitaux. Aujourd’hui, cette dynamique est rompue. La mondialisation est au point mort, les pays renforcent leurs défenses et investissent massivement pour reconstruire leurs capacités industrielles nationales.

M. Yeaman décrit un « ordre mondial multipolaire », où les deux plus grandes puissances mondiales s’affrontent ouvertement sur le plan stratégique. Il critique l’idée que la Chine poursuivrait ses réformes économiques en s’intégrant davantage à l’économie mondiale, la jugeant « naïve ». Au contraire, la Chine adopte une posture plus affirmée, cherchant à dominer des secteurs stratégiques, utilisant la pression économique pour atteindre ses objectifs politiques et renforçant ses liens avec la Russie, l’Iran et la Corée du Nord (CRINK).

Cette évolution géopolitique est aggravée par trois autres facteurs majeurs : la course au « zéro émission nette », l’essor de l’intelligence artificielle et le déclin démographique. M. Yeaman s’attend à une augmentation durable de la volatilité économique et des marchés, bien supérieure à celle observée pendant la période de « Grande Modération ». Il estime que les événements rares et aux conséquences importantes, les fameux « cygnes noirs », sont plus probables qu’ils ne l’étaient ces dernières décennies. Il préconise donc la diversification des investissements, la couverture des risques et d’autres formes d’assurance contre les chocs.

La mondialisation est, selon lui, « définitivement en recul ». Dans ce nouveau contexte, il anticipe davantage de restrictions au commerce et aux investissements, ainsi qu’une réglementation accrue.

Conscient de dresser un « tableau sombre », M. Yeaman nuance son analyse en soulignant que la combinaison de l’intelligence artificielle et d’autres technologies innovantes, ainsi que la transition vers le « zéro émission nette », pourraient générer une augmentation significative de la productivité mondiale, compensant ainsi certains des effets négatifs qu’il a décrits.

L’avertissement de M. Yeaman fait écho aux préoccupations d’autres experts. Anne-Marie Brady, spécialiste de la politique étrangère chinoise à l’Université de Canterbury, a récemment mis en lumière la stratégie chinoise visant à contrôler l’accès aux ressources clés – non seulement les terres rares, mais aussi l’uranium, l’or et d’autres matières premières stratégiques.

« Nous retournons à une ère de deux blocs », a déclaré Mme Brady à news.com.au. « La technologie stratégique et les minéraux stratégiques constitueront l’une des lignes de fracture majeures : d’un côté, les partisans d’un ordre multilatéral fondé sur des règles, de l’autre, les régimes autoritaires qui s’alignent sur un ordre centré sur la Chine. »

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s’est intensifiée début octobre avec de nouvelles restrictions imposées par Pékin sur les exportations de terres rares. La Chine contrôle une part importante de l’extraction et de la transformation de ces métaux. Dans le secteur de l’uranium, le gouvernement chinois s’efforce d’accumuler des stocks et d’accroître ses participations dans des mines étrangères, parallèlement à son vaste programme nucléaire. Il s’agit d’une stratégie à long terme, qui ne souffre pas des contraintes institutionnelles auxquelles sont confrontées les démocraties, obligeant les États-Unis à accélérer leurs efforts pour garantir leur propre approvisionnement en uranium.

La Chine a adopté des tactiques similaires avec le lithium, le cobalt et le nickel. Elle accumule également rapidement des réserves d’or, cherchant à diversifier ses réserves de change en dehors du dollar américain. Officiellement, Pékin détient plus de 2 200 tonnes d’or, mais les analystes estiment que le chiffre réel est bien plus élevé. Les pays BRICS (Chine, Russie, Inde et autres) ont même envisagé la création d’une nouvelle monnaie adossée à l’or, concurrente du dollar américain.

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