Publié le 7 décembre 2025 18h29:00. Une conférence à Wellesley College a exploré les racines historiques et juridiques de la discrimination envers les peuples autochtones, révélant comment des doctrines anciennes continuent d’influencer le droit américain contemporain.
Dans le cadre du Mois du patrimoine amérindien et autochtone, Wellesley College a accueilli le Dr Taino J. Palermo, expert en droit autochtone, pour une intervention éclairante sur les liens entre colonisation, suprématie blanche et système juridique. L’événement, organisé par le Bureau de l’éducation interculturelle et la Native American and Indigenous Student Association (NAISA), visait à sensibiliser les étudiants à l’histoire et à la culture des populations autochtones.
Le Dr Palermo, directeur juridique et co-fondateur du Centre pour les droits des peuples autochtones et professeur adjoint à la faculté de droit de l’Université Roger Williams, a mis en évidence une formule qui, selon lui, a fondé l’idéologie de la suprématie blanche au XVe siècle : « Européen + Chrétien = Supérieur aux yeux de Dieu = Colonisation justifiée ». Il a toutefois précisé que cette idéologie ne se limite pas aux personnes blanches, mais qu’elle est plutôt enracinée dans les justifications juridiques de la colonisation.
Selon le Dr Palermo, le système juridique américain est profondément ancré dans le droit colonial anglais, qui portait en lui un langage et des pratiques discriminatoires envers les peuples autochtones. Il a notamment évoqué une bulle papale du pape Nicolas V, datant du début du XVe siècle, qui autorisait le roi du Portugal à asservir les non-chrétiens, jetant ainsi les bases de la traite transatlantique des esclaves. Il a expliqué :
« Le premier point de cette bulle papale est qu’elle accordait au Portugal le droit d’envahir, de rechercher, de capturer et de vaincre. Le deuxième point est de répandre la bonne parole et de soumettre ceux qui ne sont pas croyants. »
Dr Taino J. Palermo, directeur juridique et co-fondateur du Centre pour les droits des peuples autochtones
La doctrine de la découverte, apparue à la fin du XVe siècle, a également été pointée du doigt. Elle justifiait non seulement la conquête, mais autorisait également à s’approprier les terres et les biens des populations autochtones. Le Dr Palermo a souligné que cette doctrine a été invoquée plus de quatre siècles plus tard dans l’affaire historique Johnson c. M’Intosh (1823) devant la Cour suprême, qui a établi un précédent juridique défavorable aux Amérindiens en accordant aux États-Unis le droit exclusif d’éteindre leurs droits d’occupation. Il a également dénoncé le recours à des idées pseudoscientifiques par le tribunal, qui décrivait les peuples autochtones comme « féroces » et « sauvages ».
L’affaire Cas insulaires, jugée au début du XXe siècle, a également été analysée. Cette affaire concernait l’attribution de la nationalité aux habitants de Porto Rico, de Saipan, de Guam et d’autres territoires conquis par les États-Unis lors de la guerre hispano-américaine. Le Dr Palermo a souligné que les décisions rendues dans cette affaire ont servi de base à la définition du droit de naissance aux États-Unis. Il a cité un extrait de la décision :
« Même si le danger de nationalisation des tribus sauvages ne peut pas survenir, il semble y avoir un terrain d’entente où leurs enfants, qu’ils soient sauvages ou civilisés, ont droit à la citoyenneté et à tous les droits. »
Extrait de l’arrêt Cas insulaires
Lors de la séance de questions-réponses, le Dr Palermo a abordé la pertinence de l’affaire Cas insulaires au regard des débats actuels sur l’immigration, notant que même à une époque marquée par le racisme, certains reconnaissaient la valeur de la citoyenneté de droit. Il a également présenté les « Huit étapes du déni colonialiste des colons blancs », issues des travaux de The Aboriginal Policy Studies, qui illustrent les différentes façons dont les décisions anti-autochtones sont justifiées aujourd’hui.
En conclusion, le Dr Palermo a encouragé les étudiants à accepter la complexité des enjeux et à reconnaître que des individus peuvent incarner des idéologies contradictoires. Il a souligné que la lutte pour la souveraineté tribale est un combat permanent, et que la vigilance est de mise.
« Vous devez apprendre à détenir deux vérités, et c’est difficile pour les gens de le faire. RBG en est un exemple parfait. Vous pouvez être à la fois un pourvoyeur de l’idéologie de la suprématie blanche et un champion des droits des femmes. Ainsi, le combat ne s’arrête jamais, [car] il n’y a jamais de moment sûr pour la souveraineté tribale. »
Dr Taino J. Palermo, directeur juridique et co-fondateur du Centre pour les droits des peuples autochtones
Contactez les responsables de cet article : Hira Khan, Chelsea Tarringer.
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