La pédiatrie développementale et comportementale (PDC) traverse une crise identitaire, conséquence d’un manque de leadership qui compromet la qualité des soins aux enfants, alerte un ancien pédiatre. Des coupes budgétaires et une incompréhension de la spécialité conduisent à un détournement des patients et à une dévalorisation de l’expertise, fragilisant un domaine essentiel.
Le Dr Ronald Lindsay, pédiatre développemental-comportemental à la retraite, témoigne d’une situation alarmante qu’il décrit comme un « syndrome de dumping ». Il explique que, lors de ses recherches d’emploi à Tucson et Jacksonville, il n’était pas sollicité pour ses compétences spécifiques en matière de troubles neurodéveloppementaux, mais plutôt considéré comme un lieu de transit pour les enfants présentant des problématiques psychiatriques complexes, souvent mal orientés par des administrateurs et des responsables dépourvus de connaissances en PDC. « Les dossiers étaient systématiquement mal acheminés vers moi », déplore-t-il, ce qui a entraîné un isolement professionnel, une forme de bouc émissaire et, finalement, un licenciement.
Ce phénomène, insiste le Dr Lindsay, n’est pas un diagnostic médical, mais une métaphore de l’ignorance systémique qui gangrène le secteur. Autrefois, des figures de proue de la PDC définissaient les standards, rédigeaient des manuels et donnaient à la spécialité une identité claire. Leur autorité permettait de faire reconnaître l’importance et la portée de la PDC au sein des institutions.
Aujourd’hui, cette génération de leaders a été marginalisée, voire ostracisée. Le Dr Lindsay relate ses difficultés à faire publier des travaux sur l’autisme – un trouble qui touche 3 % des enfants de huit ans, un chiffre en constante augmentation, atteignant jusqu’à 5 % – car les éditeurs considéraient le sujet comme peu pertinent pour leur public. Il souligne que le refus n’était pas lié à la qualité scientifique de ses recherches, mais à une réticence à aborder les exigences réelles des soins liés à l’autisme.
La PDC actuelle est fragmentée, dépourvue de leaders influents et d’une voix unifiée. Elle est devenue une sous-spécialité méconnue, reléguée au second plan, ce qui conduit les administrateurs à ignorer son rôle et sa valeur. Sans leadership, la spécialité perd son identité et les enfants, leurs défenseurs.
Cette logique de réduction des coûts se traduit également par une tentative de remplacement de l’expertise par une main-d’œuvre moins chère. Le Dr Lindsay évoque son expérience à OSU, Peoria, Madigan et Tucson, où les administrateurs le considéraient comme un coût trop élevé et ont cherché à le remplacer. Ces tentatives se sont généralement soldées par des échecs, Tucson ayant même abandonné son remplaçant peu après son recrutement.
L’expertise en PDC ne peut être simplifiée ou remplacée par des généralistes. Les économies réalisées en supprimant les soins spécialisés se révèlent illusoires, car les remplacements incompétents entraînent des coûts supplémentaires et aggravent le dysfonctionnement des systèmes de soins.
Pour illustrer son propos, le Dr Lindsay établit un parallèle avec l’armée américaine. Autrefois, des figures emblématiques comme George Marshall, Dwight Eisenhower, Omar Bradley et Colin Powell incarnaient la clarté, la stratégie et l’autorité morale. Aujourd’hui, le leadership est souvent confié à des dirigeants d’entreprise ou à des personnalités médiatiques, marquant un glissement du commandement professionnel vers le spectacle et les intérêts transactionnels. Les conséquences sont désastreuses, les ennemis exploitant les faiblesses de Washington et retournant ses propres stratégies contre elle.
Cette érosion de la culture du commandement reflète l’érosion du leadership en PDC : les deux domaines sont passés de figures tutélaires à des successeurs fragmentés, dépourvus d’autorité, de vision et de crédibilité. La leçon est claire : lorsque les dirigeants reculent, les institutions s’effondrent. La PDC a perdu son identité parce que les leaders ont cessé de la définir, laissant les administrateurs combler le vide par l’ignorance et le détournement de patients. L’armée a perdu sa culture du commandement parce que les géants ont été remplacés par des personnages fragmentés ou opportunistes, permettant aux ennemis d’exploiter ses faiblesses.
Le Dr Lindsay insiste sur le fait que son témoignage ne concerne pas uniquement son propre parcours, mais les conséquences systémiques d’une perte de leadership. La PDC a besoin de leaders capables de restaurer son identité, de définir son champ d’action et de faire reconnaître sa valeur par les institutions. Sans cela, la spécialité restera invisible, incomprise et abandonnée. L’effondrement du leadership n’est pas une abstraction : il se manifeste dans l’abandon des enfants à des soins inadéquats, dans la dévalorisation de l’expertise au profit de fausses économies et dans l’exploitation des nations par des ennemis qui comprennent mieux l’attrition que leurs cibles. La perte d’identité de la PDC est un avertissement. Il est urgent d’agir pour rétablir la clarté avant que l’effondrement ne devienne irréversible.
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