Home SantéPositionnement du CAV-AEP concernant la vaccination des nouveau-nés de mères traitées par anticorps monoclonaux et autres immunosuppresseurs

Positionnement du CAV-AEP concernant la vaccination des nouveau-nés de mères traitées par anticorps monoclonaux et autres immunosuppresseurs

by Sophie Martin

Publié le 2025-10-20 06:12:00. De nouvelles données scientifiques remettent en question les recommandations de prudence concernant la vaccination des nourrissons dont les mères ont reçu des traitements biologiques pendant la grossesse, notamment contre le rotavirus. Les experts de la Commission d’Accès aux Vaccins (CAV-AEP) préconisent désormais de suivre le calendrier vaccinal habituel, sans report systématique.

  • La vaccination contre le rotavirus est considérée comme sûre et efficace chez les nourrissons exposés in utero à certains traitements biologiques, comme l’infliximab ou l’adalimumab.
  • Les enfants exposés in utero à des anticorps anti-CD20 (rituximab, ocrélizumab et ofatumumab) nécessitent une surveillance spécifique avant la vaccination contre le rotavirus.
  • L’allaitement maternel est encouragé, car il ne présente pas de risques supplémentaires dans ce contexte.

Les traitements biologiques, utilisés pour certaines maladies auto-immunes, peuvent traverser le placenta et atteindre le fœtus. Cette situation a traditionnellement suscité des inquiétudes quant à la sécurité de la vaccination des nouveau-nés avec des vaccins vivants, comme celui contre le rotavirus. L’Agence européenne des médicaments (EMA) avait initialement recommandé de différer ces vaccinations par mesure de précaution, notamment dans le cas de l’infliximab, comme le rappelle son avis du 7-10 février 2022.

Cependant, les études récentes ont considérablement modifié cette évaluation. Une étude canadienne, publiée dans Lancet Child Adolesc Health en septembre 2023, a suivi 191 nourrissons exposés à différents traitements biologiques (infliximab, adalimumab, ustekinumab et vedolizumab). Les résultats n’ont révélé aucune anomalie significative dans les populations de lymphocytes, les immunoglobulines ou les réponses immunitaires. 187 nourrissons ont reçu le vaccin contre le rotavirus sans effets indésirables notables.

Une autre étude canadienne (Ernest-Suarez K, 2025) a confirmé ces résultats, démontrant une fonction immunitaire normale chez les nourrissons exposés in utero à ces traitements, même en présence de concentrations détectables de médicaments dans leur sang. Une revue systématique récente (Schell TL, 2025), analysant plus de 300 cas de vaccination, n’a pas non plus mis en évidence d’augmentation du risque d’effets indésirables.

Ces données suggèrent que la vaccination contre le rotavirus chez les nourrissons exposés in utero à des thérapies biologiques est non seulement sûre, mais aussi efficace et ne compromet pas leur système immunitaire. Retarder la vaccination expose les nourrissons au risque d’infections par des virus sauvages, potentiellement plus graves que la maladie vaccinale.

Néanmoins, une attention particulière doit être portée aux enfants exposés in utero à des anticorps anti-CD20 (rituximab, ocrélizumab et ofatumumab). Ces anticorps peuvent entraîner une diminution du nombre de lymphocytes B et T, et la vaccination contre le rotavirus doit être différée jusqu’à ce que les populations de lymphocytes soient surveillées et retrouvées normales. Des études sont en cours pour mieux comprendre le développement du système immunitaire humoral chez ces enfants.

Concernant les immunosuppresseurs tels que le méthotrexate, l’azathioprine et la 6-mercaptopurine, la vaccination est considérée comme sûre si les doses administrées pendant la grossesse sont considérées comme non immunosuppressives (méthotrexate ≤0,4 mg/kg/semaine, 6-mercaptopurine ≤1,5 mg/kg/jour ou azathioprine ≤3 mg/kg/jour). La demi-vie courte de ces médicaments limite également leur présence chez le nourrisson au moment de la vaccination.

En ce qui concerne l’allaitement maternel, bien que des traces de médicaments puissent parfois être détectées dans le lait maternel, les concentrations restent faibles et ne présentent pas de risques significatifs. La CAV-AEP, comme d’autres experts, se réfère au site e-lactancia pour confirmer la sécurité de l’allaitement dans ce contexte.

Vous pouvez consulter ici un tableau récapitulatif des effets des différents traitements biologiques administrés pendant la grossesse.

Sur la base de ces nouvelles données, la CAV-AEP recommande d’administrer le vaccin antirotavirus et les autres vaccins vivants selon le calendrier vaccinal habituel, sans report systématique, et de promouvoir l’allaitement maternel. Cette position diffère de celle de l’EMA, qui maintient une approche plus prudente.

Références bibliographiques

Pour plus d’informations sur ce sujet

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