Home AffairesPour continuer à croître, « la Défense doit raconter une histoire honnête »

Pour continuer à croître, « la Défense doit raconter une histoire honnête »

by Amélie Bernard

Publié le 17 décembre 2025 à 18h03. Les effectifs de la Défense néerlandaise continuent de croître, poussés par une nouvelle stratégie de recrutement qui mise sur la transparence quant aux réalités du métier, y compris ses aspects les plus exigeants.

  • La Défense néerlandaise vise à atteindre les 100 000 effectifs d’ici 2030.
  • Une nouvelle approche de communication, plus honnête sur la nature du travail militaire, est mise en place.
  • L’invasion russe de l’Ukraine a marqué un tournant dans l’intérêt pour une carrière dans la Défense.

Les chiffres récents, demandés par NOS, confirment une augmentation continue des effectifs de la Défense. Le secrétaire d’État Tuinman mise sur une communication plus transparente pour atteindre l’objectif ambitieux de 100 000 collaborateurs d’ici 2030. Selon le professeur Tine Molendijk, de l’université de Radboud, il est crucial de ne pas édulcorer la réalité du travail au sein de l’armée, en particulier son caractère violent.

La croissance actuelle est attribuée aux nouvelles campagnes de recrutement, qui mettent en scène des images d’action percutantes. Ces vidéos, diffusées sur YouTube, visent à attirer de nouveaux candidats. Cependant, le professeur Molendijk souligne que cette croissance est également liée à des facteurs plus larges.

« Nous observons un besoin croissant de contribuer au collectif », explique-t-elle. « L’invasion russe de l’Ukraine a constitué un tournant pour la Défense. »

Klaas, un homme d’une trentaine d’années qui suit une formation pour devenir officier depuis plus d’un an, témoigne de cette évolution. Après avoir travaillé dans le secteur privé, il souhaitait développer ses compétences en leadership et se sentait en décalage avec les valeurs de son ancienne profession. « Je voulais apporter quelque chose, et la Défense en est l’exemple ultime », confie-t-il.

Une communication plus honnête sur le travail à la Défense

Les campagnes de recrutement précédentes avaient tendance à idéaliser le travail militaire, le présentant souvent comme une simple profession. L’accent était mis sur le développement personnel, au détriment d’une description réaliste des missions et des risques. Cette approche a conduit à des déceptions, selon Molendijk.

« Aujourd’hui, le discours est plus juste », affirme-t-elle. « La Défense n’est pas une organisation humanitaire, mais une institution qui détient le monopole de la violence. On peut y exercer différents métiers, de fantassin à informaticien, mais l’objectif ultime est de soutenir la puissance de combat. »

Klaas, l’officier en formation, confirme cette réalité. « Dès la première semaine, on nous apprend à entretenir notre arme, mais aussi à l’utiliser. Et on nous explique que le travail ne s’arrête pas à 17 heures : on est un soldat 24 heures sur 24. »

Un rôle socialement sensible

Il est essentiel que la Défense aborde ces questions de front, estime Molendijk. « Parce que le rôle de la Défense reste socialement sensible. » Cette fragilité se manifeste notamment lors d’accidents survenus lors d’exercices militaires. Dans ces moments-là, l’opinion publique peut rapidement se retourner contre l’armée.

« Cela peut vite devenir un scandale », observe la professeure. « Même s’il est logique que plus on effectue d’exercices, plus il y a de risques d’accidents. »

Selon Molendijk, il est de la responsabilité de la politique, de la société et de la Défense elle-même d’adopter un regard lucide sur l’organisation. « Nous nous préparons à des situations très dangereuses, avec des blessés et des morts. Il faut en être conscient. »

Fidéliser les soldats

Molendijk souligne que le travail militaire ne correspond pas toujours aux attentes des recrues. « Certains imaginent une action permanente, alors que la Défense est aussi une organisation où l’on peut s’ennuyer ou devoir attendre longtemps. »

Il est donc crucial que les futurs employés soient pleinement informés de la nature de l’organisation et de ses missions avant de s’engager. La Défense ne doit pas hésiter à montrer les difficultés du métier, car, selon Molendijk, « même des circonstances difficiles peuvent donner du sens au travail ».

Elle se montre optimiste quant au succès de l’année de service volontaire, qui permet aux jeunes de découvrir le fonctionnement de l’armée pendant un an. Selon elle, cette expérience offre aux participants un aperçu réaliste du travail de la Défense. Molendijk insiste sur l’importance de parler d’une « année de service » et non d’un simple « stage », car il s’agit véritablement d’une période d’engagement.

Elle évoque le discours prononcé en 2011 par l’ancien commandant des forces armées Peter van Uhm lors d’une conférence. Il était monté sur scène avec une arme à la main, provoquant un certain inconfort. « C’était précisément le but », explique Molendijk. « Ce sont ces ambiguïtés qui peuvent donner du sens à l’œuvre. »

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