Dans certaines régions d’Allemagne, les festivités débutent de manière surprenante dès le 11 novembre à 11h11. Cette date, loin d’être anodine, marque le coup d’envoi d’une saison carnavalesque riche en traditions et en symbolisme, bien que sa signification puisse sembler paradoxale au regard du contexte commémoratif de ce jour.
Le 11 novembre est, pour beaucoup, un jour de recueillement. À travers le monde, il est observé comme le Jour du Souvenir, une commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale. À 11 heures du matin, un moment de silence est observé pour honorer la mémoire des victimes des conflits. Des cérémonies sont également organisées le deuxième dimanche de novembre. Cette date coïncide également avec la Saint-Martin, une fête célébrée en Allemagne et dans d’autres pays européens.
Pourtant, dans certaines régions allemandes, le 11 novembre est synonyme de fête et de carnaval. Le début officiel de la saison est précisément fixé à 11h11, une heure singulière qui suscite interrogations et traditions. L’origine de cette coutume reste incertaine, mais plusieurs hypothèses coexistent.
Le chiffre 11 est souvent considéré comme un nombre porte-bonheur, voire un symbole de folie douce. Il se situe entre le 10, représentant les dix commandements, et le 12, symbole d’un nouveau départ avec les douze apôtres de Jésus. Cette position intermédiaire pourrait expliquer son choix pour marquer le début des festivités.
Historiquement, le 11 novembre est également lié à la Saint-Martin et à la période de jeûne qui précédait Noël. Avant l’abstinence du Carême, il était de coutume de consommer les dernières réserves de viande et de produits gourmands lors de fêtes. Le carnaval offrait ainsi une dernière occasion de célébrations exubérantes avant le début de la période de privation. D’ailleurs, le terme “carnaval” lui-même trouve son origine dans le moyen haut allemand “vachanc” ou “vaschang”, désignant la « dernière portion d’alcool avant le Carême ». L’expression latine “carne vale”, signifiant « adieu à la viande », est également à l’origine du terme plus courant.
Une autre théorie suggère que le 11 novembre marquait la fin de l’année agricole pour les agriculteurs, transformant les célébrations en une seconde fête des récoltes.
Aujourd’hui, le chiffre 11 reste central dans les célébrations. Les séances ne débutent pas à l’heure pile, mais 11 minutes plus tard, et sont dirigées par l’Elferrat, ou Conseil des Onze.
La manière dont le carnaval est célébré varie considérablement d’une région à l’autre. En Rhénanie, on parle de “carnavalt”, tandis qu’en Bavière ou en Saxe, on utilise plutôt le terme “Fasching”. En Hesse, en Sarre et en Souabe, on préfère “Fasnet” ou ses variantes.
Dans certaines villes, le 11 novembre est un événement majeur. À Cologne, des dizaines de milliers de personnes, souvent déguisées et maquillées, envahissent les rues, notamment le quartier étudiant animé autour de la Zülpicher Straße, pour boire, danser et écouter de la musique. À Mayence, des milliers d’habitants assistent à la lecture publique des statuts du carnaval. Dans de nombreuses villes de Franconie, les mairies sont prises d’assaut et les clés de la ville sont remises aux fêtards, tandis que les clubs présentent leurs “princes et princesses”.
La saison carnavalesque allemande, surnommée la “cinquième saison”, débute donc le 11 novembre à 11h11. Cependant, les festivités les plus importantes et les plus spectaculaires se déroulent généralement au cours de la nouvelle année, avec un point culminant lors des célèbres défilés du Rosenmontag, prévus le 16 février 2026. Dans certaines régions, comme le Bade-Wurtemberg, le 11 novembre n’a pas d’importance particulière. « Le Fasnet souabe-alémanique commence traditionnellement à l’Épiphanie », le 6 janvier, a déclaré un porte-parole de l’Association des guildes du carnaval souabe-alémanique à l’agence allemande DPA.
Sur le même sujet
