Publié le 2024-02-29 14:35:00. Les médicaments injectables comme l’Ozempic, initialement prescrits pour le diabète, sont de plus en plus utilisés pour la perte de poids, soulevant la question de savoir si les économies réalisées sur les dépenses alimentaires peuvent compenser leur coût élevé.
- Une étude américaine révèle que les utilisateurs de médicaments GLP-1 (comme l’Ozempic) réduisent leurs dépenses alimentaires, mais rarement suffisamment pour couvrir le prix du traitement.
- Les ménages à revenus plus élevés bénéficient de réductions de dépenses plus importantes, ce qui suggère un effet régressif de ces médicaments.
- L’expiration prochaine des brevets de certains médicaments pourrait entraîner une baisse des prix et modifier ce calcul économique.
Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Marketing Research aux États-Unis examine l’impact financier de l’utilisation de médicaments tels que l’Ozempic et le Mounjaro sur les dépenses des ménages. Ces médicaments, appartenant à la classe des agonistes des récepteurs du GLP-1, sont prescrits pour traiter le diabète de type 2, mais sont également de plus en plus utilisés hors indication pour favoriser la perte de poids en réduisant l’appétit.
Il est crucial de souligner que la décision de recourir à ces médicaments relève d’une considération médicale et de santé primordiale. Avant d’envisager un traitement par GLP-1, il est impératif de consulter un professionnel de la santé. L’avis d’un conseiller financier sur ce sujet doit être considéré comme secondaire.
L’étude, basée sur l’analyse des dépenses de plus de 22 000 foyers américains (dont plus de 10 % comptaient au moins une personne sous traitement GLP-1), a révélé une diminution des dépenses d’épicerie de 390 dollars par an en moyenne au cours des six premiers mois suivant le début du traitement. Pour un foyer dépensant en moyenne 7 400 dollars par an en produits alimentaires, cela représente une économie d’un peu plus de 5 %. Des réductions ont également été observées dans les dépenses liées aux repas pris au restaurant, notamment dans les établissements de restauration rapide, avec une baisse de 8 % sur la même période.
L’étude précise que cette réduction des dépenses alimentaires est principalement due à une diminution du volume global d’achats, plutôt qu’à un simple passage à des produits moins chers. Certaines catégories, comme les barres nutritionnelles, les fruits frais et les yaourts, ont même vu leurs dépenses augmenter.
Un aspect particulièrement intéressant est que les économies réalisées sont plus importantes pour les ménages à revenus plus élevés. Les foyers gagnant plus de 125 000 dollars américains par an ont vu leurs dépenses diminuer plus du double de celles des foyers gagnant moins de 125 000 dollars. Une explication possible est que les ménages les plus aisés ont davantage de dépenses alimentaires discrétionnaires, telles que les suppléments, les frais de livraison ou les achats impulsifs, qui tendent à diminuer lorsque l’appétit est réduit.
Cette disparité suggère que les GLP-1 pourraient avoir un effet régressif sur le plan financier : ceux qui sont les plus susceptibles de pouvoir se permettre le médicament sont également ceux qui en tirent les plus grandes économies. Au Canada, le prix catalogue de l’Ozempic est d’environ 3 000 dollars par an et celui du Wegovy d’environ 5 000 dollars par an en 2025, avant les frais de distribution, bien que la couverture d’assurance puisse varier considérablement.
Pour les personnes qui continuent à prendre des GLP-1 sur le long terme, la réduction continue des dépenses alimentaires pourrait être compensée par d’autres coûts, comme la nécessité de renouveler leur garde-robe.
Il est également important de prendre en compte un facteur souvent négligé : l’obésité est associée à des salaires plus faibles et à une discrimination accrue, en particulier chez les femmes. Une utilisation réussie des GLP-1 pourrait donc entraîner une augmentation des revenus, ce qui modifierait le calcul du retour sur investissement. Une étude récente souligne l’existence de cette discrimination.
En conclusion, l’étude ne recommande pas de prendre ces médicaments dans le cadre d’une planification financière. Elle met plutôt en évidence une tendance : les personnes qui utilisent des GLP-1 ont tendance à acheter moins de nourriture et à manger moins au restaurant, surtout au début du traitement. Cependant, les économies réalisées ne sont généralement pas suffisantes pour justifier l’utilisation de ces médicaments uniquement sur la base de considérations financières.
L’arrivée prochaine de versions génériques moins chères de l’Ozempic et du Wegovy, suite à l’expiration du brevet du sémaglutide au Canada, pourrait modifier cette équation et rendre ces traitements plus accessibles. Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’une décision de santé, dont les effets secondaires peuvent inclure une réduction des dépenses alimentaires.
Preet Banerjee est un consultant dans le secteur de la gestion de patrimoine, spécialisé dans les applications commerciales de la recherche en finance comportementale.
